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qu'il s'en présentera de bonne volonté, afin de passer avec lui aux terres et îles par lui précédemment découvertes au nom et par le commandement de Sa Majesté. Anghiéra nous apprend que Cabot fit lui-même les frais d'armement de deux navires (duo is sibi navigz‘a propria pecunia in Britannia ipsa instruit); trois autres furent armés par des marchands, et les comptes de la cassette du roi permettent de recueillir, à cet égard, les noms de Lancelot Thirkill, de Thomas Bradley, et de Jean Carter.

Quelle que soit la raison qui vint, au‘ moment décisif,

mettre obstacle à ce que Jean Cabot conduisit lui-même Î’expédition disposée en vertu des lettres royales délivrées a son nom personnel — (on peut conjecturer assez plausiblement que cette raison cé fut sa mort inopinée), — la clause de style qui lui substituait éventuellement son représentant dûment autorisé trouva en cette circonstance son application effective, et ce fut son fils Sébastien, alors âgé de vingt-cinq ans selon mon estime, qui prit, au lieu et place du titulaire, le commandement de la petite flotte de cinq navires portant trois cents hommes et approvisionnée pour un an, qui partit de Bristol au commencement de l'été (in the beginning of summer), c'est-à-dire approximativement le 24 juin, dans le but d'aller coloniser les terres transat— lantiques où I'Angleterre venait de planter son drapeau, et avec l'espoir de pénétrer au delà jusqu'à la région des épiceries (pensa de quelle loco occupato andarsene sempre a riva più verso et levante , tante che’l sia al opposito de une isola da lui chiamata Cipango posta in la regione equinoctiale, dooe credo che nas— cano tutte le speciarie del monde). Un coup de vent les assaillit au départ, et l'un des navires, fort maltraité par la tempête, fut obligé de se réfugier en Irlande; mais les autres continuèrent leur route. On arriva en vue de terre plus tôt qu'on ne s'y atten— dait, par une hauteur d’environ 45°; on suivit d'abord la côte, qui se prolongeait au nord, et l'on alla ainsi jusque vers 55°, 66° ou 58°; la côte alors semblait tourneràl’est,et quoiqu'on fut au mois de juillet, on rencontra de telles masses de glaces que l’on fut obligé de virer de bord ; on relâcha, pour se refaire, à la Terre des Bacallaos, que Cabot appela ainsi d'après l’abon

dance des gros ‘poissons auxquels les indigènes donnaient ce nom; il redescendit ensuite la côte au sud—ouest jusque vers la hauteur du détroit de Gibraltar, par une longitude à peu près égale à celle de la pointe de Cuba; et de la, se trouvant à court de vivres, il reprit la route d’Angleterre; on l'y attendait dés le mois de septembre, mais il n'y était pas encore rentré à la fin d’octobre. Sa campagne avait en peu de succès : il avait, dit-on, perdu la majeure partie de son monde, et n'avait pu découvrir de passage pour arriver au pays des épices comme il l'avait annoncé: aussi ne reçut—il a son retour qu'un froid accueil, qui.ne lui laissa que de tristes souvenirs. ‘

Il se fait alors un long silence sur ce qu'il advint de lui. Gontinua-t—il à son compte d'autres voyages? Prit—il quelque partà ceux que firent de nouvelles associations mercantiles où étaient admis des Portugais des Açores, et qui obtinrent des lettres— .patentes de concession, d'abord le 49 mars 4 504 , puis le 9 décem— bre 4502? Le champ est ouvert à. la conjecture, mais nul indice de quelque valeur ne s'est encore produit; et mieux vaut Sauter à piedsj‘oints par dessus cette lacune historique.

Il est un fait secondaire, allèrent a l'année 4502, annoté par le chroniqueur Fabian, et que Hakluyt a, de son chef, mis sur le compte de Cabot, et que même il a ultérieurement, par inadvertance (si cen’est simplement un lapsus typographique), attribué à l'année 4499, savoir, la présentation, au roi, de trois sauvages ramenés de Terre—Neuve; mais l’équivoque se découvre en remontant à la source, et l'on reconnaît bientôt que c'est a l'association de 4504 qu'il faut restituer le fait du transport en Angleterre de ces trois sauvages. '

Le renom de Sébastien Cabot n'était point resté concentré dans les îles Britanniques; dès longtemps les correspondances ofiicicllcs des ambassadeurs l'avaient signalé à la cour d'Espagne; peut—être cherchait—il lui—même de ce côté une revanche de l'indifférence et de l'oubli dont on payait ses services en Angleterre. Lorsqu'après la mort de Henri Vil, son successeur, devenu le gendre de Ferdinand le Catholique, fut entré dans la ligue de 4544 contre la France, pendant que Jacques d’Ecosse e‘mb‘ràssfit ié parti oppo‘sé, ‘Cabot se tourna résolûment vers l’Espa,gfle, ‘et ‘Fe’rdinand ‘écrivit, le 43 Septembre 4542, a lord Wil‘lougbby,corflmandant en chef des troupes anglaises transportées en ltàlie parla flotte espagnole, pour lui demander de lui envoyer le navigateur vénitien (qui sans doute se trouvait en ce moment a sa disposition), ce qui se fit sans difficulté. Sébastien ‘Cabot, venir en Castille, y reçut aussitôt, par cédule royale datée de Log‘roño, le 20 octobre ‘titi 2, le grade de capitaine, aux aj>pdihtements de 50,000 'maravédis, avec Séville pour résidence en attenäaht ses ordres. C'est la qu'il se lia avec le célèbre con— seille’r des Indes, Pierre-Martyr d’Anghiéra, qui le recevait familièrement Chez lui, le logeait parfois sous son toit, et avec lequel il se trouvait en cour (concuriah‘s noste7‘) vers la fin de tôt5, dans l’attente des résolutions royales touchant une expédition projetée pour le mois de mars de l'année suivante. Mais Ferdinand mourut le 23 janvier 454 6, avant que les dispositions nécessaires eussent été faites pour l'expédition projetée, et Cabot \ obtint aisément sans doute un congé pour se rendre en Angleterre, en Ëattendant que le jeune successeur du roi défunt fût venu prendre possession de l’héritage qui lui était échu. ,

Le célèbre navigateur avait—il déjà reçu , de la part de Henri Vlll, ou de son chancelier le cardinal Wolsey, quelque favorable ouverture? Toujours est-il que, longtemps après, dans une épîtredédicatoire à très-haut et très—puissant prince Sa Grâce le duc de Northumberland, précédant la version anglaise d'un extrait de la Gosmographie de Sébastien Munster (4553), son poore Orator, Richard Eden, rappelle qu'en‘ la huitième année, environ, du règne de Henri VIII (laquelle est à. compter du 22 avril 4546 a pareil jour de 4547), ce monarque avait équipé et expédié certains navires sous la conduite de Sébastien Cabot et de sir Thomas Pert, dont le manque de courage fut cause que le voyage n'eut point de résultat. Ramusio de son côté, dans une épître à Fracastoro, servant de préface au troisième volume de son recueil de Navigatz’am’ et vz‘aggi (4556), rappelle que Sébastien Cabot lui avait autrefois écrit s'être avancé au;r nord, le long de la côte transatlantique, jusqu'à 62° 4/2 dé\1ÆfiÜ

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tude septentrionale, où il se trouvait le 42 juin, ayant devant lui la mer libre, et croyant fermement possible de passer par cette voie jusqu'au Catay; ce qu'il aurait, disait—il, exécuté, si l'opposition du patron et des matelots révoltésne l’eût forcé à rebrous— ser chemin. Il était amplement déjà fait allusion à cette entre-— prise avortée dans un mémoire adressé au roi Henri Vlll, en 4527, par Robert Thorne, marchand anglais établi a Séville, qui prêche l'exploration des routes du nord avec une ardeur qu’ildéclare avoir héritée de son père (le vieux Nicolas Thorne ?), associé de Hugues Eliot de Bristol, découvreurs, eux aussi, des TerresNeuves, par lesquelles, on le sait maintenant, si les marins avaient été dociles et avaient suivi les desseins de leur pilote, ou aurait gagné les Indes occidentales d'où vient l'or. Tout cela a été parfaitement exposé, il y a presque une quarantaine d'années, par votre docte et sagace compatriote Richard Biddle de Pittsburg, Pensylvanie, dont le livre sur Sébastien Cabot, tout suranné qu'il est en certaines parties, n'en conserve pas moins une valeur considérable, et me semble donner, sur plusieurs

points, notamment sur celui-ci, la solution a laquelle il faut s'en tenir.

Au retour de cette expédition , Cabot revint sans doute immédiatement en Espagne, où il ne tarda. point d'être nommé pilote major, par cédule royale datée de Valladolid le 5 février 4548, avec un traitement additionnel de 50,000 maravédis, plus 25,000 maravédis a titrefld’indemnité de dépenses (ayuda de caste), recevant ainsi ‘en total un salaire annuel de 4 25,000 maravédis, équivalant à environ 300 ducats.

Cependant il était encore l'année suivante, en vertu d'un Congé, en Angleterre, où il recevait du cardinal Wolsey des offres avantageuses pour conduire une nouvelle expédition de décou— vertes, en vue de laquelle les navires étaient presque parés,i avec 30,000 ducats destinés aux besoins de l'entreprise. 1 répondit que, dans sa position au service du roi d'Espagne, il ne pouvait, ans la permission formelle de celui-ci, accepter cette

Jropos' on ; et, comme‘il avait en tête d'autres visées,il eut soin

de provoquer secrètement son rappel, et vint reprendre en Espagne l’exercice de ses fonctions.

La se termine tout ce qui, dans la carrière de Sébastien Cabot, appartient aux navigations terreneuviennes, etquelqueintérêt que puisse avoir pour son biographe le reste d'une vie qui se prolongea près de quarante années encore dans une incessante activité, l’Amérique du nord n'a plus a y chercher d'autres lambeaux de sa propre histoire. Ici donc doit aussi s'arrêter ma réponse a la question sur laquelle vous m'avez fait l'honneur de provoquer de ma part un nouvel examen.

Vous voyez que, sauf quelques détails secondaires sur les— quels une étude plus attentive a rectifié mes premières déterminations, j'ai trouvé dans les documents exhumés, en ces'dix der— nières années, des archives d’ltalie, d'Espagne et d’Angleterre, une précieuse confirmation de ce que vous vouliez bien appeler ma plausible théorie. Chacune des quatre campagnes de découvertes que j'avais distinguées dans mes notices de 4857 et de 4863, se trouve présenter, en effet, quelque trait caractéris— tique servant à la différencier des trois autres. Et d'abord il faut les classer en deux groupes, l'un pour la part de Jean Cabot, l'autre pour la part de Sébastien; puis, venant aux distinctions spéciales: ’

Dans la part de Jean Cabot (qui avait avec lui son fils) :

La première campagne (qu'avaient déjà précédée plusieurs tentatives infructueuses dont nous devons la révélation aux fouilles de M. Bcrgenroth dans les archives de Simancaé) est directement attestée par le témoignage irrécusablc de Sébastien Cabot, qui ne prétend à rien de plus, cette fois, qu'à une pre— mt'ère vue de terre, avec une île située tout auprès, à. la date du 24juin4494;

La seconde campagne, qui a duré du commencement de mai au commencement d’aoùt 4497, est caractérisée par une avi

‘ gation de trois cents lieues le long d'une côte dont le dessin con—

temporain, reproduit sur la'carte monumentale de Jean de la

Cosa, nous montre la bannière britannique au Cap d’Angleterre

(que l'on dut atteindre dès la fin de mai 4497, ou au plus tard ANNÉE 4869. 4

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