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premières syllabes ; il se relève au second hémistiche; il monte à la fin jusques dans le plus haut des airs, avec la voix du bûcheron.

Dans les deux derniers vers , le poète s'est peut-être surpassé. On remarque quelque chose de plus rauque dans ces mots, interea raucæ , tua cura , et quelque chose de plus doux dans ceux-ci , nec gemere aëriá , turtur ab ulmo. Ceux qui ont long-temps vécu à la campagne , savent que le roucoulement des pigeons est plus rauque et plus sourd, entendu de près, et qu'il s'adoucit lorsqu'on l'entend de loin. Les vers de Virgile , par la seule harmonie , font distinguer la voix des ramiers qui chantent dans la cour du pasteur, et celle des colombes qui chantent un peu plus loin sur les ormeaux.

1) PAGE 84, VERS 11.

En umquam patrios longo post tempore fines,
Pauperis et tugurî congestum cespite culmen,

Post aliquot, mea regna videns, mirabor aristas ? Le sentiment exprimé dans ces vers est heureusement pris dans la nature. L'espoir de revoir la patrie nous suit toujours dans l'exil. Écoutez ces plaintes des Hébreux :

O rives du Jourdain! ô champs aimés des cieux !

Sacrés monts, fertiles vallées,
Par cent miracles signalées,
Du doux pays de nos aïeux
Serons-nous toujours exilées ?

. (ESTHER, trag )

Combien de fois les malheureux Français, que la révolution avait proscrits, n'ont-ils pas jeté leurs regards vers la France ! Ils portalent partout l'espoir de revoir leur patrie, et tous étaient animés du même sentiment que Mélibée. On trouve encore, dans ce discours de Mélibée, un sentiment qui n'est pas moins touchant que l'amour de la patrie, c'est la modération des võux du berger. Un toit de chaume est tout ce qu'il regrette; mais combien l'objet de ses regrets n’acquiert-il pas de prix par ces mots : mea regna videns ? Les mots de pauvre et de royaume , pauperis et regna, forment le plus heureux des contrastes. Kacan a pris, dans ce passage de Virgile, l'idée d'une de ses stances sur le bonheur de la vie champêtre :

Roi de ses passions, il a ce qu'il désire;
Son fertile domaine est son petit empire.
Sa cabane est son Louvre et son Fontainebleau.
Ses champs et ses jardins sont autant de provinces,
Et, sans porter envie à la pompe des princes,
Il est content chez lui de les voir en tableau.

Ce qui fait le brillant de cette strophe, dit l'abbé le Batteux, est l'opposition du grand avec le petit : ce qui en fait le beau et la vérité, est le sentiment. Louvre et Fontainebleau, qui sont comme les épithètes de cabanes, présentent une image riante; mais l'image de Virgile frappe davantage, en ce qu'elle est plus en situation, et qu'elle est rendue avec plus de précision et d'énergie.

Ces regrets et ces espérances de Mélibée amènent heureusement les imprécations qu'il fait contre les barbares qui se sont eniparés de son domaine. Son bonheur était si grand, sa joie si innocente, que le lecteur est très disposé à écouter ses plaintes et à partager son désespoir.

8)PAGE 84, VIRS 10.

Ite meæ, felix quondam pecus, ite capellæ :
Non ego vos posthac, viridi projectus in antro,
Dumosâ pendere procul de rupe videbo:
Carmina nulla canam : non, me pascente, capellæ,
Florentem cytisum et salices carpetis amaras.

Mélibée a déploré, dans les vers précédents , la perte de ses moissons, barbarus has segètes ; il a regretté les bois et les vignes qu'il avait plantés, insere nunc , Meliboe, piros , pone ordine vites ! Il ne lui reste plus que son troupeau et il s'adresse à lui, il voudrait lui faire partager tous ses regrets; felix quondam pecus est une exclamation touchante. Le sort du troupeau est tellement lié à celui du berger, qu'il semble frappé des mêmes coups.

Tout ce morceau est plein de délicatesse ; les images y sont toutes fondues dans le sentiment; on doit surtout remarquer cet hémistiche qui coupe brusquement la phrase, et qui paraît comme un son interrompu par les soupirs : carmina nulla canam; « je ne chanterai plus. » Le berger ne peut s'arrêter à cette idée déchirante, et il revient encore à plaindre ses chèvres.

Rien n'est si naturel que les sentiments de Mélibée : l'homme est toujours porté à croire que les êtres qui l'environnent partagent sa douleur ou sa joie. Théocrite fait dire à un de ses bergers qui vient de remporter le prix du chant: Mes chèvres, réjouissez-vous, bondissez jusqu'aux cieux. La bergère Iris, dans madame Deshoulières, s'adresse ainsi à ses moutons :

Errez, mes chers moutons , errez à l'aventure,
J'ai perdu mon berger, ma houlette et mon chien, etc.

Bernardin de St.-Pierre a heureusement employé cette idée dans son roman de Paul et Virginie. Virginie vient de quitter l'île de France; Paul est désespéré, et il s'adresse aux animaux qui sont autour de lui, surtout à ses chèvres et à leurs petits chevreaux , qui le suivent en bêlant: « Que me demandez-vous ? Vous ne reverrez plus avec » moi celle qui vous donnait à manger dans sa main. » Il fut au repos de Virginie ; et à la vue des oiseaux qui voltigeaient autour, il s'écria : « Pauvres oiseaux ! vous n'irez » plus au-devant de celle qui était votre bonne nourrice. » En voyant Fidèle qui flairait çà et là, et marchait devant lui en quêtant, il soupira et lui dit: « Oh ! tu ne la retrou» veras plus jamais. »

9) PAGE 86, vers 5.

Sunt nobis mitia poma,
Castaneæ molles, et pressi copia lactis :

Naunius, un des critiques de Virgile ( car Virgile a eu

aussi des critiques ) blâme vivement ces paroles de Tityre ; et il prétend qu'une pareille ostentation était injurieuse à Mélibée. Tityre offre des pommes, des châtaignes et du lait ; il n'y a point la d'ostentation : le berger parle de ses richesses, mais il n'en parle que pour les partager. Il ne dit point : sunt mihi , mais sunt nobis. Son langage est en tout conforme à la délicatesse et à la candeur des moeurs pastor rales.

Cette première églogue de Virgile est une des plus intéressantes par son sujet et par les sentiments qui y sont exprimés. La poésie est partout digne du sujet ; et nous ne croyons pas que dans aucune autre églogue on trouve un plus grand nombre de beaux vers. Virgile y montre à la fois tout ce que la vie champêtre a de plus gracieux, et tout ce que le malheur a de plus touchant. Auguste fut le bienfaiteur de Virgile, mais Virgile a immortalisé ses dons; il nous semble que le poète a fait plus pour le maître du monde , que le maître du mc le n'a fait pour le poète.

Si la poésie bucolique était destinée à revivre parmi nous, c'est cette première églogue qu'on devrait prendre pour modèle : placées au milieu des guerres civiles, les meurs pastorales prennent un nouvel attrait par leur contraste avec des scènes tristes et affligeantes; mais nous craignons que, le genre de l'églogue ne soit perdu pour les modernes.

Les anciens vivaient beaucoup à la campagne; le spectacle de la nature y inspirait les poètes. Théocrite et Virgile étaient bergers ; les meurs ne sont plus les inêmes; no’s vivons dans les villes, et nous ne paraissons,guère à la cam

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