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autrui, regnent dans le Corps de nos Ministres. Peut-être appartient-il à la seule ville de Genève de montrer l'exemple édifiant d'une aussi parfaite union entre une Société de Théologiens & de Gens de Lettres; c'eft en grande partie sur leur sagesse & leur modération reconnues, c'est sur leur zele pour la prospérité de l'Etat que je fonde l'espoir de fon éternelle tranquillité; & je remarque avec un plaisir mêlé d'étonnement & deref. pect, combien ils ont d'horreur pour les affreuses maximes de ces hommes sacrés & barbares dont l'Histoire fournit plus d'un exemple, & qui, pour soutenir les prétendus droits de Dieu, c'est-à-dire, leurs inté. rêts, étoient d'autant moins avares du fang humain qu'ils se flattoient que le leur seroit toujours respecté.

Pourrois-je oublier cette précieuse moitié de la République qui fait le bonheur de l'au. tre, & dont la douceur & la sagesse y maintiennent la paix & les bonnes meurs ? Aia mables & vertueuses citoyennes, le fort de votre sexe fera toujours de gouverner le nô. tre. Heureux! quand votre chaste pouvoir exercé seulement dans l'union conjugale ne se fait sentir que pour la gloire de l'Etat & le bonheur public. C'est ainsi que les femmes commandoient à Sparte, & c'est ainsi

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que vous méritez de commander à Genève
Quel homme barbare pourroit résister à la
voix de l'honneur & de la raison dans la
bouche d'une tendre épouse; & qui ne mépri-
feroit un vain luxe; en voyant votre simple
&modeste parure, qui par l'éclat qu'elle tient
de vous, semble être la plus favorable à la
beauté ? C'est à vous de maintenir toujours
par votre aimable & innocent empire & par
votre esprit insinuant l'amour des loix dans
l'Etat & la concorde parmi les citoyens; de
réunir par d'heureux mariages les familles
divisées; & fur-tout de corriger par la per-
suasive douceur de vos leçons- & par les
graces modeftes de votre entretien, les tra-
vers que nos jeunes Gens vont prendre en
d'autres pays, d'où, au lieu de tant de cho-
ses utiles dont ils pourroient profiter , ils ne
rapportent, avec un ton puérile & des airs
ridicules pris parmi des femmes perdues,
que l'admiration de je ne sais quelles préten-
dues grandeurs, frivoles dédommagemens
de la servitude, qui ne vaudront jamais l'au.
guste liberté. Soyez donc toujours ce que
vous êtes, les chastes gardiennes des mreurs
& les doux liens de la paix, & continuez
de faire valoir en toute occasion les droits
du ceur & de la Nature au profit du devoir
& de la vertuor

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Je me flate de n'être point démenti par l'évenement, en fondant sur de tels garands l'espoir du bonheur commun des Citoyens & de la gloire de la République. J'avoue qu'avec tous ces avantages, elle ne brillera pas de cet éclat dont la plâpart des yeux "font éblouis & dont le puérile & funeste goût est le plus mortel ennemi du bonheur & de la liberté. Qu'une jeunesse dissolue aille chercher ailleurs des plaisirs faciles & de longs repentirs.- Que les prétendus gens de goût admirent en d'autres lieux la gran. deur des palais, la beauté des équipages, les superbes ameublemens, la pompe des spectacles, & tous les rafinemens de la moleffe & du luxe, A Genève, on ne trouvera que des hommes ; mais pourtant un tel fpectacle a bien fon prix, & ceux qui lerechercheront vaudront bien les admirateurs du reste.

Daignez; MAGNIFIQUES, Tre's-HONORES ET SOUVERAINS SEIGNEURS, recevoir tous avec la même bonté les ref. pectueux témoignages de l'intérêt que je prends à votre prospérité commune. Si j'é tois affez malheureux pour être coupable de quelque transport indiscret dans cette vive effusion de mon cour, je vous supplie de le pardonner à la tendre affection d'un vrai

Patriote, & au zele ardent & légitime d'un homme qui n'envisage point de plus grand bonheur pour lui- même que celui de vous voir tous heureux.

Je suis avec le plus profond respect.

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MAGNIFIQUES TRÉS HONORÉS

ET SOUVERAINS SEIGNEURS.

d Chamberi, le là Juin 1754

Votre très-humble & tres obéir.

fant serviteur & Concitoyen.

JEAN JAQUES ROUSSEAU.

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LA A plus utile & la moins avancée de toutes les connoissances humaines me paroît être cel. le de l'homme (* 2.), & j'ose dire que la seule infcription du Temple de Delphes contenoit un précepte plus important & plus difficile que tous les gros livres des Moraliites. Aussi je regarde le sujet de ce discours comme une des questions les plus intéressantes que la Philolophie puisse proposer, & malheureusement pour nous comme une des plus épineuses que les Philosophes puiffent résoudre : car coinment connoître la source de l'inégalité parmi les hommes , si l'on ne commence par les connoître eux - mêines ? & comment l'homine viendra-t-il à bout de se voir tel que l'a formé la Nature, à travers tous les changemens que la succellion des tems & des choses a dû produire dans la constitution originelle, & de démêler ce qu'il tient de son propre fond d'avec ce que les cire constances & ses progrès ont ajoûté ou changé à son état primitif? Semblable à la statue de Glaucus que le tems , la mer & les orages an voient tellement défigurée, qu'elle ressembloit moins à un Dieu qu'à une bête féroce, l'ame humaine altérée au sein de la société par mille causes sans cesse renaissantes, par l'acquisi

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