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Rivieres ils inventérent la ligne, & le hame. çon; & devinrent pêcheurs & Ichtyophages. Dans les forêts ils se firent des arcs & des fléches, & devinrent Chasseurs & Gụerriers; Dans les Pays froids ils se couvrirent des peaux des bêtes qu'ils avoient tuées; Le tonnerre, un Volcan, ou quelque heureux hazard leur fit connoître le feu, nouvelle resfource contre la rigueur de l'hyver: Ils apprirent à conserver cet element, puis à le reproduire, & enfin à en préparer les viandes qu'auparavant ils dévoroient crues.

Cette application réiterée des êtres divers à lui-même, & les uns aux autres, dut naturellement engendrer dans l'esprit de l'homme les perceptions de certains raports. Ces relations que nous exprimons par les mots de grand, de petit, de fort, de foible,

de

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de vîte, de lent, de peureux, de hardi, & d'autres idées pareilles, comparées au besoin, & presque fans y fonger, produisirent enfin chez lui quelque sorte de réflexion , ou plûtôt une prudence machinale qui lui indiquoit les précautions les plus nécessaires à fa fùreté...

Les nouvelles lumiéres qui résultérent de ce développement, augmentérent sa supériorité sur les autres animaux, en la lui faisant connoître. Il s'exerça à leur dresser des piéges, il leur donna le change en mille maniéres, & quoique plusieurs le surpassassent en force au combat, ou en vîtesse à la course; de ceux qui pouvoient lui servir ou lui nuire, il devint avec le tems le maître des uns, & le fleau des autres. C'est ainsi

que

le

premier regard qu'il porta sur lui-même, y pro.

duifit

duisit le premier mouvement d'orgueil; c'est ainsi que sçachant encore à peine distinguer les rangs, & fe contemplant au premier par son espéce, il se préparoit de loin à y prétendre par son individu.

Quoique ses semblables ne fussent pas pour lui ce qu'ils font pour nous, & qu'il n'eût gueres plus de commerce avec eux qu'avec les autres animaux, ils ne furent pas oubliés dans ses obfervations. Les conformités

que

le

temps put lui faire appercevoir entre eux, fa femelle & lui-même, le firent juger de celles qu'il n'appercevoit pas, & voyant qu'ils se conduisoient tous , comme il auroit fait en de pareilles circonstances, il conclut que leur maniére de penser & de sentir étoit entierement conforme à la fienne, & cette importante vérité bien établie

dans

dans son esprit, lui fit fuivre par un pressen. timent aussi sûr & plus prompt que la Dialectique, les meilleures régles de conduite que pour son avantage & sa sureté il lui convînt de garder avec eux.

INSTRUIT par l'expérience que l'amour du bien-être est le seul mobile des actions humaines, il se trouva en état de distinguer les occasions rares où l'intérêt commun devoit le faire compter sur l'assistance de ses semblables, & celles plus rares encore où la concurrence devoit le faire défier d'eux. Dans le premier cas il s'unissoit avec eux en 'troupeau, ou tout au plus par quelque sorte d'afsociation libre qui n'obligeoit personne, & qui ne duroit qu'autant que le besoin passager qui l'avoit formée. Dans le second chacun cherchoit à prendre ses avantages, soit

à force

à force ouverte s'il croyoit le pouvoir ; soit par adresse & fubtilité s'il se sentoit le plus foible.

VOILA comment les hommes purent insensiblement acquerir quelque idée grossiére des engagemens mutuels, & de l'avantage de les remplir , mais seulement autant que pouvoit l'exiger l'intérêt présent & fensible ; car la prévoyance n'étoit rien pour eux, & loin de s'occuper d'un avenir éloigné, ils ne fongeoient pas même au lendemain. S'agissoit il de prendre un Cerf, chacun sentoit bien qu'il devoit pour cela garder fidellement son poste; mais fi un liévre venoit à passer à la portée de l'un d'eux, il ne faut pas douter qu'il ne le poursuivît fans fcrupule, & qu'ayant atteint sa proye il ne se souciât fort peu

de faire manquer la leur à ses Compagnons.

H Н.

IL

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