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Aussitôt qu'une Eglise s'est jetée hors du sein de l'unité, les sources de la science, de la virginité et de la charité se tarissent en elle. D'abord la doctrine, au lieu d'être développée par les lumières d'un enseignement légitime, reste inerte et frappée de stérilité. Ensuite, l'erreur étant l'adultère de l'ame, il ne reste plus dans une religion fausse que la virginité du corps, qui sans l'autre est incomplète et impossible. Enfin, le foyer de charité qui va toujours se dilatant dans le catholicisme et se reproduisant chaque jour, par les mille inventions de l'esprit de sacrifice, est glacé et se retire des institutions mêmes où d'ordinaire il se manifeste avec le plus d'effusion.

Ainsi, la gloire de la vie monastique vient s'ajouter sur le front de l'Église romaine seule à toutes les autres gloires. De grandes et de terribles épreuves nous sont encore réservées; mais, quand le désordre sera arrivé parmi nous à son apogée, quand tous seront abattus, quand tous baiseront la poussière, qui restera debout sur les débris et tendra la main à l'humanité renversée? —Un moine catholique, un second S. Benoît, sortant de quelque caverne sauvage et ignorée, et apparaisant comme un ange de paix et d'espérance au milieu des ruines faites par les barbares !...

DE L'ABBAYE DE MOBIMOND.

CHAPITRE PREMIER.

De l'origine, de la marche, du développement et des transformations de l'esprit monastique dans le diocèse de Langres et le nord-est de la France, jusqu'à la fondation de Cîteaux et de Morimond.

L'église de Langres, une des plus anciennes du nord-est de la France, fut fondée par saint Bénigne, disciple de saint Polycarpe, sous le règne de Marc-Aurèle (1); puis, fécondée presqu'aussitôt par le sang le plus pur de ses évêques et de ses enfants, elle grandit rapidement, et se dressa en face du paganisme, du haut de son rocher immobile (2), où la Providence semble l'avoir jetée dès le commencement comme une digue

(1) Nous nous en tenons à cette date, même après avoir lu les Origines Dijmnaises de M. de Belloguet. Voir notre note au commencement des Pièces justificatives.

(2) Lengres sur ce rocher ferme je suis assize,
Ayant tousjours gardé l'inviolable foy,

Des François très-chrestiens et de la sainte Eglise,
Et la fidélité que je dois à mon Roy.

(Gaultherot, Lengres Chrestienne, p. 484.)

sur le passage des barbares (1) et comme une avant-garde du christianisme vers les forêts de la Germanie.

Bientôt sur cette terre bénie se développèrent toutes les plus belles institutions du catholicisme : à la suite de plusieurs saints pontifes, tels que saint Didier, saint Urbain, saint Grégoire, etc., une foule d'ames d'élite s'essayèrent dans les voies les plus élevées du mysticisme, et s'envolèrent, semblables à de chastes colombes, dans les vallons solitaires, dans les forêts silencieuses, afin d'y chercher le lieu de leur repos, et de continuer, pour l'exemple et le salut du monde, la vie de fraternité, d'égalité et de communauté volontaire des premiers jours du christianisme.

Ainsi l'Eglise est constituée : pour marcher à travers les peuples, les sanctifier et les civiliser, il faut qu'elle ait à sa droite un prêtre et à sa gauche un moine; le second appui lui est presque aussi nécessaire que le premier, et, lorsqu'elle en est privée, elle ne peut plus que se traîner péniblement : son action est entravée; c'est l'action d'un corps auquel il manque un membre. Aussi Dieu, qui voulait opérer de grandes choses par l'église de Langres, y souffla de bonne heure l'esprit monastique.

Dès l'an 440, lorsque Clodion régnait sur les Francs et Gondioc sur les Burgundes, saint Hilaire et Quiète son épouse, tous deux de l'ordre sénatorial, firent construire l'abbaye de Béome (Moutier-Saint-Jean), à peu de distance des murs croulants de la vieille Alize, ce grand tombeau du druidisme et de ses derniers défenseurs, en faveur de Jean leur fils, qui en fut le premier abbé, avec la règle de saint Macaire, et l'on vit les

(1) Ce fut sous les murs de Langres que Constance-Chlore, vers l'an 301, arrêta 60,000 Germains et les mit en déroute. — Eutrop., Hist. Rom., 1.9; — Eumen., Panégyr. ad Const.. c. î1.

merveilles des laures de la Thébaïde se renouveler sous le ciel dela Bourgogne (1).

Il paraît que le Tonnerrois, un des douze pagi qui formaient la province lingone sous les Romains, était plus à l'abri que les autres des incursions barbaresques, surtout dans sa partie située entre le Serein et l'Armançon (2). Ce fut dans cette contrée , alors paisible, que les premiers ascètes langrois se réfugièrent, comme dans une anse hospitalière, loin du bruit et de l'orage. Là où avait fini le monde païen, là commença le monde monastique.

Aussitôt que le catholicisme a arraché un peuple à la barbarie , il le confie à la garde des moines pour qu'il se dépouille de son âpre écorce et achève sa transformation sous l'influence religieuse et civilisatrice du froc. Or les Bourguignons, quoique convertis dès l'an 414, et devenus par cela même les plus doux des barbares, n'en avaient pas moins conservé la plupart de leurs habitudes grossières : c'étaient encore, à la fin du Ve siècle, du temps de saint Sidoine Apollinaire, des géants de sept pieds (Burgundio septipes), couverts de peaux et de larges braies, armés de massues et de framées, adonnés à l'ivrognerie , hurlant des chants sauvages, les cheveux graissés avec du beurre acide, exhalant l'odeur empestée de l'ail et de l'oignon, etc. (3). Ce fut au sein de cette horde, sur le front de laquelle

(1) Gall. christ., t. 4, p. 658;— Reomaus, seu Hist. S. Joannis Reom., 1637,in-4°.

(2) Voir sur ces douze pagi le P. Jacques Vignier, Décade historique, Ms.; — les Recueils de M. Mathieu, t. 1, Ms.; — Migneret, Précis de l 'Histoire de Umgres, p. 26; — enfin, les Pièces justificatives de cet ouvrage. On nous reprochera peut-être de ne pas signaler l'abbaye, de St-Etienne. Sans doute, la crypte de St-Etienne est le plus ancien monument chrétien de Dijon ; mais les fidèles ayant élevé un oratoire sur cette crypte vers l'an 343, les évêques de Langres envoyèrent des clercs de leur église pour y remplir les fonctions du ministère pastoral; ces clercs, vivant ensemble, formaient une communauté ecclésiastique et non une communauté monastique.— Fyot, Hist. de l'Egl. ubb. etcollég. de St-Estienne, p. 21, in-fol.

(3) Apoll., carm. 12.

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