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en voluptés, comme un sultan blasé à travers des salles de festin et des harems fantastiques (1). Il jette ses visions en pâture à tous les ambitieux déçus, à tous les corrompus, à tous les mécontents; il leur inspire la haine de toute supériorité, le dégoût du présent et du passé, la fureur des jouissances. Un jour la foule descend en armes dans la rue : l'utopie devient de l'anarchie, le rêve s'achève dans les ruines, le roman finit dans le sang!

Léopold d'Autriche et son épouse continuaient de vivre en saints et ne contribuaient pas peu, par leurs bonnes œuvres, à attirer sur Othon et sur Morimond les bénédictions du ciel. Ils lisaient ensemble l'Ecriture-Sainte, se levaient la nuit pour vaquer à la prière et à la méditation : ils auraient désiré l'un et l'autre pouvoir chanter continuellement les louanges du Seigneur et faire une oraison perpétuelle aux pieds des autels; mais, comme les obligations de leur état les retenaient dans le monde, ils fondèrent deux monastères dont les religieux pussent à leur place remplir nuit et jour ces fonctions angéli- ques : l'un de chanoines réguliers, dont nous avons déjà parlé, et l'autre de l'ordre de Cîteaux, à quelques milles de Vienne, prèsdu château de Kalnperg, où ils faisaient leur résidence (2).

Le pieux marquis, ne pouvant aller à Morimond, voulut, autant que possible, transporter Morimond près de lui, et demanda à son fils des religieux formés par ses leçons et ses exemples, et au niveau de leur vocation sublime. Ainsi commença la célèbre abbaye de Sainte-Croix, mère de beaucoup d'autres en Autriche, en Bohême et en Hongrie. Conrad, l'un des fils de saint Léopold, y entra comme simple religieux et en devint

(1) Four., Théor. des quatre mouvem., pp. 61-67 ;— Voy. en Icarie, ITMpartie, ce. 4 et 5; — Rob. Owen, The book ofthe new mor. world., 1TM partie.

(2) Sainte-Croix n'était qu'à trois milles au midi de Vienne, in nemore Vienaensi. —Voir la carte géographique des établissements cisterciens en Autriche, Sartor., Cist. Bistert., interpp. 970 et 971.

abbé; nous le verrons plus tard promu successivementau siége épiscopal de Passaw et à l'archevêché de Saltzbourg (1).

La parole de saint Bernard, plus pénétrante que le glaive, aussi retentissante que le tonnerre, irrésistible comme la foudre, s'était fait entendre à la cour des ducs de Lorraine et y avait produit des fruits admirables de salut (2). La duchesse Adélaïde lui écrivit pour lui offrir une terre propre à la construction d'un monastère; mais, soit qu'elle eût été contrariée dans ses vues par le duc Simon, son époux, uni à Othon par les liens du sang, soit que saint Bernard, retenu alors en Italie, ne pût en prendre possession comme il l'avait promis, on s'adressa à l'abbé de Morimond, qui accepta la donation et envoya des religieux fonder cette nouvelle maison, qui prit le nom de Beaupré, au diocèse de Toul, sur la Meurthe, à peu de distance deLunéville. Ses autres principaux bienfaiteurs furent : Folmare, comte de Metz; Henri, comte de Salm; etc.

On voyait dans son église les mausolées magnifiques d'un grand nombre de ducs et duchesses de Lorraine : de Simon Ier, d'Agnès de Bar; de Frédéric II, le Chauve, et de Marguerite de Navarre; de Thierry, de Frédéric III et d'Elisabeth d'Autriche; de Raoul, tué parles Anglais à la bataille deCrécy (3), etc. C'était au milieu de la poussière de toutes ces grandeurs, de toutes ces altesses humiliées , anéanties jusque dans l'orgueil de leurs tombeaux, que les moines, les yeux et les mains levés au ciel, pouvaient répéter en toute vérité et avec un àpropos sublime : Tu solus altissimus !...

(1) Godescard, Vie des saints, 15 nov. ; — Annal, cist., t. 1, p. 254.

(2) Epistt. 119 et 120.

(3) Jongcl, Notit. Abbat. cist. per orb. univ. (prov. Lothar.); l'épitaphe de Raoul porte Crecquy ; Ami. cist., t. 1, p. 285; — D. Calmet, Uist. ecclés. et civil, de Lorraine, t. 2, p. 79.

Les autres établissements cisterciens du duché de Lorraine dans la filiation de Morimond étaient:

Freystro/f, k peu de distance de Metz, fondé par les sires de Valcourt et avec le secours du duc Simon et d'Adélaïde son épouse. Le duc Mathieu remplaça en 1147 les religieux par des religieuses; mais, les premiers y rentrèrent en 1300,et se mirent dans la dépendancede Morimond.—Benoît, Hist. de Lorr.. p. 220; — D. Calmet, Hist. de Lorr., t. 2, p. 5; — Gall.christ.. t. 13, p. 943.

2" Vlsle-en-Barroi\, fondée par Ulric de Lisle dans sa terre d'Anglecourt, pour des chanoines réguliers de Moustier-en-Argonne. Ceux-ci l'ayant abandonnée, elle passa aux cisterciens vers l'an 1150, du consentement de Reynier

Jusqu'alors Morimond semble doué d'une aussi prodigieuse fécondité que Clairvaux, et Othon paraît rivaliser avec saint Bernard comme fondateur de monastères. Les novices arrivaient de toutes parts en si grande quantité, et Othon savait si bien préparer et disposer toutes choses à l'avance, que dans l'espace de six mois, en 1137, il fit partir quatre colonies dans le midi de la France et jusqu'aux pieds des Pyrénées, pour que ces avant-postes de l'armée cistercienne pussent, au premier signal et à l'heure fixée par la Providence, franchir les monts et livrer au mahométisme ces combats terribles qui ont fait triompher pour toujours la foi chrétienne dans cette partie de l'Europe.

La première se rendit, au mois de juillet, près de SaintPaul-Trois-Châteaux, dans une vallée inculte, entourée de trois collines couvertes de forêts et de roches nues, où Gonl tard de Loup, seigneur de Rochefort, avait fait construire quelques cabanes pour la recevoir. Cette vallée prit d'abord le nom de Vallis honesta; mais ses nouveaux habitants lui donnèrent ensuite celui d'Aiguebelle, nom gracieux qui lui convenait add'Apremont et de sa femme Helvide. Elle a conservé le nom de son fondateur. — D.Calm., p. 3, t. 2.

Yaux-en-Ornois. Cette fondation des sires de Joinville fut confirmée en 1140 par Henri de Lorraine, évèque deToul.Ebal de Montfort, neveu du comte de Champagne, donna 500 écus pour les bâtiments (Archidiaconé de Ligny). — Gall. christ., t. 13, p. 1113.

4° Escurrey, sur la petite rivière deSaulx, entre Morley et Moustier-snr-Saulx, frontière de Champagne, en Barrois, fondée parles sires de Joinville, sous le sceau de Guy,évêque de Châlons.—D. Calm.,Hist. de Lorr., t. 2, ad calcem 323

Nous parlerons ailleurs de Clairlieuet de Haute-Seille.

mirablement, car de tous côtés on entendait le bruit des eaux qui descendaient des rochers, et on voyait leurs flots limpides baigner l'enclos du monastère. Là, après tant d'orages et tant d'années, Morimond se survit à lui-même; là, à cette heure, sont réunis sous l'observance primitive de Cîteaux deux cents religieux connus sous le nom de trappistes : chrétiens fervents qui, au sein d'un siècle sensuel et sceptique, nous retracent dans leur vie les mœurs austères et pures de l'ancienne Thébaïde (1).

La seconde, au mois d'octobre, descendit jusqu'aux sources de l'Adour, et s'installa dans une grange qui avait été donnée à Gauthier, deuxième abbé de Morimond, par un seigneur nommé Forton, du consentement de Pierre, comte de Bigorre, et de Béatrix son épouse. Elle avait pour abbé frère Bertrand, religieux d'un esprit vif, énergique, infatigable à la peine. Au moment de son départ, Othon avait pris sur l'autel et lui avait remis la croix de bois qui devait faire pâlir le croissant et le remplacer au haut des minarets de Grenade et de Cordoue (2). Cette maison fut appelée l'Echelle-Dieu, sans doute par un pressentiment de ses glorieuses destinées; car ce fut véritablement l'échelle divine avec laquelle l'islamisme a été escaladé et pris d'assaut.

Au mois de novembre suivant, Morimond présenta un spectacle peut-être unique dans l'ordre de Cîteaux : vingt-six religieux partirent en même temps, la veille de la Saint-Martin, et allèrent fonder Le Berdouës, au diocèse d'Auch, et Bonne

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font, au diocèse de Comminges ( 1 ). Lorsque les moines, réunis à l'oratoire selon l'usage, virent cette troupe de frères si tendrement aimés quitter leurs stalles, ils fondirent en larmes, et la voix des chantres fut étouffée par les sanglots. On les accompagna jusqu'à la porte, dans un silence lugubre : ils sortirent deux à deux; la porte s'étant refermée, la communauté retourna à l'oratoire, et les pèlerins du Christ et de la civilisation, plus forts que la nature, continuèrent le chant d'adieu en gravissant le versant du vallon (2).

Parmi ces hommes qui s'en allaient, avec la croix seule, prier, pleurer et travailler sur les bords des fleuves, dans les marais, les forêts et les déserts, plusieurs avaient été mariés et s'étaient séparés de leurs épouses par un consentement mutuel. L'Eglise, dans sa sagesse , n'admettait l'homme dans le cloître qu'autant que la femme embrassait l'état religieux dans une autre communauté. Or, l'abbé Arnould, ayant reçu du vicomte de Clémont une terre non loin du château de Montigny, sur le versant oriental de la montagne, avait eu l'heureuse idée d'y faire bâtir une maison destinée à servir d'asile aux femmes dont les maris entreraient à Morimond, leur donnant la règle de Cîteaux, afin de conserver entre les époux séparés une communauté d'observances, de prières et de vie mystique. Cet établissement naissant avait beaucoup souffert de la fuite d'Arnould; mais Othon le releva, l'agrandit, et y fit entrer plus de trente nobles dames de France et d'Allemagne (3).

Ce monastère, à trois lieues seulement au sud-ouest de Morimond, situé dans un beau vallon coupé d'un ruisseau, dé

fi) Il parait que le terrain et les granges avaient été donnés dès le temps de l'abbé Gauthier. — Voyez Gall. christ., t. 1, int. Inst., p. 192, col. 2; — id., p. 179, col. 1.

(2) Tabul. Morim., ad ann. 1137.

(3) Archiv. de la Haute-Marne, Arcul.Belfays, alias Belfail, vel Beaufaës.

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