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de Bergen avec celles de même nature effectuées par la Commission internationale pour l'exploration de la mer. C'est par la même application du principe fécond de l'entente internationale qu'après les avoir corrigées et réduites, nous avons confié à l'institut météorologique de Copenhague les observations météorologiques que nous avons faites de deux en deux heures, pendant toute la durée de notre croisière. Ces observations ont certes leur valeur intrinsèque, mais c'est seulement par leur comparaison avec celles recueillies dans les stations danoises d'Islande et du Gronland qu'on en pourra dégager tous les renseignements qu'elles comportent.

Le tracé que nous avons fait de la côte nord-est du Gronland jusqu'à 120 milles au nord du cap Bismarck' n'est, comme nous l'avons dit [déjà, qu'une simple indication dont il y aurait quelque présomption à exagérer l'importance. Sans doute sera-t-il profondément modifié par l'expédition danoise de M. Mylius Erichsen qui assume en ce moment la tâche de compléter, avec tout le soin et en prenant tout le temps que comporte un tel travail, le levé topographique de cette côte. Néanmoins nos observations nous ont permis de fournir d'utiles renseignements au promoteur et chef de cette expédition; notre croisière et notre heureux retour semblent même avoir hâté la réalisation de cette expédition en fournissant à celui qui en avait conçu le projet des preuves irréfutables de réalisation. N'est-ce pas là encore un fait dont il y ait lieu de nous réjouir?... Grâce à la libéralité du duc d'Orléans, les résultats techniques de nos travaux seront consignés dans une belle publication qui paraîtra au commencement de l'année prochaine; elle montrera aux savants, je l'espère, que cette campagne n'aura pas été inutile au progrès des connaissances géographiques.

1. Ce Iracé diffère légèrement de celui porte sur la nouvelle carte danoise du Gronland d'après les indications que nous avons fournies un peu hâtivement aux cartographes danois dès notre retour.

A. DE Gerlache.

Sondages effectués par le commandant de Gerlache entre le Spitsberg et le Gronland au cours du voyage de la Belgica en 1905.

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La débâcle du Charmaix, aux Fourneaux

dite « éboulement de Modane »
(23 Juillet 1906)

Juillet est le mois des orages et des catastrophes en Savoie : celle de Saint-Gervais a eu lieu en juillet 1892, celle de Bozel le 18 juillet 1904, l'irruption du torrent de laGriaz dans la vallée de Chamonix le 28 juillet 1905, la coulée du Saint-Antoine à Modane-Ville, le même jour, et le 23 juillet dernier a eu lieu la débâcle du torrent du Charmaix qui a emporté une partie des Fourneaux ou Modane-Gare.

Modane, on le voit, est souvent éprouvée. C'est que les orages ne se produisent pas au hasard, ils ont une marche déterminée, remontant ou descendant le cours d'une vallée, décrivant même un circuit fermé. En Maurienne, la région des orages est la partie étroite, entre Saint-Michel et Modane, là où la vallée se resserre dans la traversée de la zone houillère. Là ont lieu aussi les chutes de grêle. Ces orages, qui se forment en Italie, remontent la Guisanne et passent en Valloire par le Galihier, puis dans la vallée de l'Arc et buttent contre le tournant de Modane où ils éclatent, enfin s'échappent par les cols de la chaîne-frontière : cols de la Roue, du Fréjus, de la Vallée Étroite. Une partie pénètre par le col de Chavières dans la vallée de Pralognan, qui a reçu la queue de l'orage du 23 juillet, 17 millimètres d'eau. Sur les pentes gypseuses du Petit-Mont-Blanc, le chemin a été emporté en quatre endroits par les coulées de boue. Tel est le circuit habituel des orages. Le tournant de Modane est donc, en même temps que le point le plus sec de la Maurienne, le coin le plus orageux1.

Qu'on ajoute, à ces conditions climatiques, des circonstances de pente et de sol de nature à favoriser les actions torrentielles, et le ruissellement des eaux sauvages provoquera la désagrégation des matériaux du sol et leur entraînement sur les pentes. Or, des deux types de sols qui, en Savoie, offrent le moins de résistance à la désagrégation et au ravinement, les dépôts

1. Le service des Forêts, sous la direction de M. Mou gin, va installer six pluviomètres à différentes altitudes, dans la région de Modane.

La Géographie. — T. XIV, 1906.

glaciaires et le gypse, tous deux sont représentés dans le bassin du Charmaix. Le gypse surtout est le grand coupable, en Maurienne et en Tarentaise, et toutes les dévastations de ces années dernières lui sont imputables. A Bozel, c'est dans un bassin raviné « où l'érosion des gypses et des cargneules du sous-sol a entaillé de profonds et blancs ulcères », que la lave de 1904 a pris naissance '. La coulée de la Griaz, qui a barré l'Arve aux Houches, est une érosion dans le gypse, comme l'indique le nom même du torrent, « la Griaz » étant l'appellation locale du gypse dans la vallée de Chamonix2. Le gypse est si attaquable au ravinement que, soit au Petit-Mont-Blanc de Pralognan, dont il forme toute la masse, soit dans la vallée de l'Arc en amont de Modane ou à l'entrée de la combe de Bramans, ses affleurements, de teinte alternativement blancbàtre ou rosée, se présentent à nu, la végétation n'ayant pas le temps d'en prendre possession entre deux éboulements3. En terrain plat le gypse forme, par dissolution cbimique, des effondrements qui se trahissent à la surface par des entonnoirs disposés comme des trous de loup : on trouvera précisément ces entonnoirs figurés sur la carte de l'Etat-major, assez sobre d'indications de ce genre, en plein bassin du Charmaix, sous le mot « gorges d'Arrondaz ». Il y a là, en effet, un affleurement de gypse. D'autre part, ces vallées latérales de l'Arc sont, dans leurs fonds, gorgées de moraine. En ces points là, doivent se produire des coulées à toute averse importante.

Un caractère commun à tous ces orages de montagne, c'est qu'ils sont étroitement localisés. L'aire d'extension de celui du 23 juillet a été circonscrite au bassin du Charmaix, y compris le Rieux-Roux, et à celui de SaintAntoine, et en partie au versant droit de la vallée. Le torrent de Bissorte, sur la Praz, a été épargnée. La zone de pluie diluvienne étant délimitée par la crête des Sarrazins, le Thabor, le Fréjus, la cime du Grand Vallon, la Belle Plinier et la Norma, soit environ 6,500 hectares, situés pour la plus grande part à une altitude trop haute pour être boisée*. Dans ces limites, la chute d'eau a été très inégale : le Charmaix est constitué par trois torrents secondaires, ceux de la Combe de la Montagne, del'Arrondaz et du Grand Vallon : le premier, qui vient du Lavoir, n'a pas été grossi outre mesure, car, au confluent avec l'Arrondaz qui l'a refoulé derrière la digue édifiée par ses matériaux, il coulait clair. C'est le cirque de l'Arrondaz et celui du Grand-Vallon qui ont reçu le plus d'eau : une trace noire dans les herbes, laissée par l'eau

1. L.-A. Fabre, La végétation spontanée et le régime des eaux, 1905, p. 25.

2. D'après M. Henri Vallot.

3. Là où le gypse porte des bois, ses affleurements se signalent par des peuplements de pins, pins sylvestres surtout dans la vallée de l'Arc. Le pied du Petit Mont-Blanc porte encore quelques pins de montagne, et les flancs ont dû être boisés presque jusqu'au sommet : nous avons trouvé en 1905 une souche d'arole sous les éboulis à 2 300 mètres d'altitude. Il a été question, à l'administralion des Forêts, d'acquérir toute la montagne pour la reboiser, mais le conseil municipal de Pralognan ne s'y est pas prêté.

4. Les forêts au-dessus de la Praz, dans la région de Bissorte, viennent d'être ravagées par l'incendie, à la suite de la sécheresse de l'été.

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