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boueuse à plusieurs mètres au-dessus du lit, marque encore le niveau auquel a atteint l'Arrondaz. Au poste du Fréjus (2,ol)0 m.), où la chute a été

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moindre, on a enregistré 63 millimètres d'eau en deux heures. Cette chute d'eau n'aurait rien d'anormal, ni de dangereux en plaine : à Paris même, l'orage du 28 mai 1901 a versé 80 millimètres d'eau sur le quartier SaintVictor, en une heure, et celui du 13 juillet 1901, 92 millimètres en une heure

et demie à Saint-Denis. Mais sur ces pentes déclives et non boisées, l'eau ruisselle instantanément, et d'autre part la forme en entonnoir de ces anciens cirques glaciaires devenus bassins de réception torrentiels favorisait la concentration de l'eau au pied des versants.

Pareille localisation avait été observée dans les orages de juillet 1905 (.50 juin et 28 juillet) qui avaient coupé la route du Mont-Cenis entre ModaneGare et Modane-Villc, et en face de l'Esseillon. Cette fois le Cbarmaix n'avait pas donné, mais le Rieu-Roux, qui sort de tufs ébouleux, avait bouleversé les travaux de captation de la rizerie, et le Saint-Antoine avait divagué sur son cône de déjections, semant çà et là des blocs énormes; l'Arc avait été en partie barré. A la suite de l'orage on a pu constater que les rigoles qui forment le Saint-Antoine, dans son bassin de réception, constitué par des gypses et coupé de loin en loin par des barres calcaires, s'étaient brusquement approfondies et changées en ravins, dans la zone située au-dessus de la forêt. Nous allons retrouver les mêmes cas de ravinement et d'érosion rapide dans l'orage du 28 juillet. Ce jour-là, si la partie basse du Saint-Antoine fut épargnée, c'est moins aux travaux de défense actuellement en cours qu'on le doit, qu'au fait que toute la partie moyenne du couloir était couverte, entre 1,900 et 2,200 mètres, par un immense pont de neige, qui a soustrait le bas des versants au ravinement.

Pour comprendre le pouvoir d'entraînement et de destruction de l'eau le 23 juillet, il faut avoir présent le fait des barrages le long du torrent. Aux Fourneaux, ce qui a causé la catastrophe comme toutes celles du même genre, c'est qu'il s'est formé en travers du torrent un barrage temporaire derrière lequel l'eau a reflué en une sorte de lac, lequel a rompu sa digue et s'est vidé brusquement, entraînant avec lui pierres et blocs. A Saint-Gervais de même une poche d'eau s'était formée derrière un barrage de glace, qui a cédé; à Bozel le barrage était fait des troncs d'arbres d'une coupe récente, rassemblés etentassés par l'eau. Aux Fourneaux, vers six heures du soir, le torrent cessa un instant de couler, ce qui avertit les habitants de l'arrivée de la crue.

Surplace nous avons reconnu les traces non pas d'un, mais de plusieurs barrages, indiqués sur la carte (tig. 5). Voici le mécanisme de leur formation: Ils sont faits de troncs d'arbres, qui se mettent en travers du torrent, et qui retiennent dans leurs branches des pierres, des blocs et de la boue. Ils se font et se défont sans cesse, mais aux mêmes endroits. Tous se trouvent, sur les deux torrents, dans une situation analogue, en contre-bas des bassins de réception évasés en forme de cirque, dans la gorge qui conduit au torrent principal, à l'endroit par conséquent où, par suite de la pente et de la masse en mouvement, les eaux avaient leur puissance mécanique maximum. Aussi, sur le torrentdu Grand-Vallon, en aval des Houillettes, et sur celui d'Arrondaz, au « pont traversier », le lit a-t-il été approfondi de plusieurs mètres, 5 à

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HG. 6. — PARTIE Df VILLAGE DES FOURNEAUX, DAN» LE VOISINAGE DE I. ÉGLISE- LA « LAVE » ET LES BLfiCS RECOUVRENT DES JARDINS. C'EST LA QUE LE TORRENT S'EST 01V1SÉ EN DEUX BRAS.

Reproduction d'une photographie do M. Montaz, photographe à Modane.

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LE TORRENT DU CHARMAIS A L ENDROIT OU IL DEBOUCHE SUR LE VILLAGE DES FOURNEAUX.
CHEUSEMENT EN AMONT, DANS LA FORET, ET, DEPOT EN AVAL.

Reproduction d'une photographie de M. Monta/, photographe à Modane.

6 mètres par endroits, en deux heures (fig. 9). Le « pont traversier » était jeté à 8 mètres au-dessus du lit; aujourd'hui les fondations en maçonnerie sont à jour, et la hauteur au-dessus du torrent est de 12 mètres. Par suite de ce creusement, les talus, déjà très raides qui dominent le torrent, n'ont plus leur profil d'équilibre; la limite d'inclinaison étant dépassée, ils s'éboulent, et leurs matériaux viennent obstruer le lit. C'est donc par sapement des talus que se forment les barrages, derrière lesquels l'eau a reflué jusqu'à une hauteur indiquée par une laisse noire de boue et par les herbes foulées. On voit la place fraîche de pans entiers qui se sont éboulés, d'autres suivront, car ils sont à moitié détachés déjà des berges, et la ligne de séparation est indiquée par des crevasses qui courent sur le sol, masquées parfois par le tapis des mousses, et dans lesquelles on enfonce jusqu'à mi-corps. Une racine de sapin, qui se trouvait sur le parcours d'une crevasse, a eu son écorce arrachée et a été fendue sur toute sa longueur. Des arbres, déracinés, sont couchés la tête en bas. Tous ces barrages ont été rompus, mais les plus gros blocs sont restés en place ainsi que des terrasses de matériaux plus meubles, ayant jusqu'à 2 mètres de haut, et formées aussi en deux heures, qui marquent la place de ces lacs temporaires. Creusement du lit, érosion latérale par éboulement, formation de lacs, construction de terrasses (fig. 1, 8, 9), voilà toute une phase de l'histoire d'un cours d'eau qu'on pourrait être tenté plus tard d'imputer à une longue période, et qui a tenu en moins de deux heures, sous nos yeux. C'est là une contribution nouvelle à ce dossier des faits positifs que nous devons soigneusement constituer pour démontrer à quel point les eaux courantes produisent en un temps très limité d'énormes effets d'érosion '.

Tout barrage cède, à la fin, et livre passage au « sac d'eau » ou « tonnerre d'eau ». On appelle ainsi la masse boueuse qui se précipite sur la vallée, boue épaisse et noire à la surface de laquelle flottent des blocs, et poussant devant elle un barrage mouvant, fait de gros blocs et de troncs d'arbres, qui s'avance avec un fracas assourdissant, pas assez vite pourtant pour qu'on n'ait le temps de se mettre à l'abri. Ce qui passe d'abord, ce sont les troncs et les blocs, quelques-uns gros de 10, 20, 30 mètres cubes et plus — les dimensions de 3 mètres en tous sens sont fréquentes, — et qui peuvent progresser grâce à cette mise en suspension dans un milieu mi-solide, mi-liquide, puis une boue compacte portant de menus matériaux à sa surface, — c'est la a lave » proprement dite, — et encore des troncs d'arbres, puis l'eau, de moins en moins trouble, le torrent ne coulant clair qu'après plusieurs jours.

Le village de Fourneaux se compose de deux parties : la partie récente,

1. M. Jean Brunhes a signalé a ce point de vue des faits très typiques, notamment en ce qui concerne les marmites du barrage de la Maigrauce (Comptes rendus Académie Sciences, CXXVI. 1898, p. 551-560); il a résumé ici même (La Géographie, VI, 1902, p. 423-424), sous le titre de Un cas remarquable de très rapide érosion, les observations faites par 8. Boss, près de Schmanlen en Courlande.

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LAVE ■ DU TORRENT DES HOMLLETTES, VENANT BUTTER CONTRE CE BLOC DE HOCHER HAUT DS 20 MÈTRES, L'a BHISÉ EN DEUX DANS TOUTE SA HAUTEUR.

Reproduction d'une photographie de M. l'aul Girardin.

contemporaine de la" gare internationale, construite en bordure de la route, le long de l'Arc et en partie sur le torrent, et la partie ancienne, autour de l'église, bâtie sur le cône de déjections du Charmaix, sur des blocs énormes qui témoignent de débâcles semblables aux siècles passés, dont de vagues traditions conservent d'ailleurs le souvenir1. On sait qu'une catastroplie s'est déjà produite en 1644 : comme à Bozel, comme à Saint-Jean-de-Maurienne, comme à Bourg-Saint-Maurice2, on assiste à la répétition des mêmes actions

1. On parlait de tout temps, à Modane-Fourneaux, — nous avons recueilli ces bruits l'année dernière, en 1905, — de « poches d'eau > qui se forment dans la montagne, et l'on entendait, disait-on, l'eau circuler; aujourd'hui que la catastrophe s'est produite, on persiste de plus belle à l'attribuer à une « poche qui se serait vidée.

2. P. Mnugin, Histoire d'un torrent, l'Arbonne, in llevue des Eaux et Forets, Xliv, 1.1, 1* août 1905. Voir aussi Charles Rabot, Glacial Réservoirs and Iheir OutbursU in The Geographical Journal, xxv, 5, mai 1905.

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