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torrentielles aux mêmes endroits. A la suite de cette débâcle on avait creusé au torrent un lit nouveau, qui est le lit actuel, au milieu du village, tandis que le lit ancien s'en détachait vers la gauche, à hauteur de l'église, et se jetait dans l'Arc à 600 mètres en aval. Si l'on rétablit par la pensée cette topographie ancienne, on s'explique que le gros des blocs et de la masse boueuse, arrivés au sommet du cône, vers l'église, se soient jetés sur la gauche et aient repris leur ancien lit, contournant le village sans l'entamer beaucoup, sauf au-dessus de la voie ferrée, où des constructions ont été rasées (fig. 6). Ce qui a contribué à rejeter la lave vers l'aval, c'est que la crue du Saint-Antoine, crue d'eau et non plus de boue, avait cheminé plus vite que la lave du Gharmaix, et qu'elle avait élevé le niveau de l'Arc de (50 centimètres, barrant le Charmaix et le faisant refluer par dessus les ponts de la route et du chemin de fer. Ainsi la lave s'avançait sur toute la largeur du cône de déjections, que limite à droite le cours actuel du Charmaix, et la masse principale s'écoulait à gauche, par ce qui avait été le lit primitif.

La voie ferrée franchit le cône en tranchée. La lave divagant sur le cône rencontra cette tranchée devant elle et la combla entièrement; au delà se déposait seulement une couche de boue de 80 centimètres qui comblait les caves sans renverser les maisons. On peut juger de la masse de matériaux enfouie dans la tranchée par le fait suivant : la circulation ne fut rétablie que le 16 août, c'est-à-dire trois semaines après, et sur une seule voie; pour dégager cette voie on avait dû retirer 15 à 18000 mètres cubes de débris, et employé de 100 à 200 ouvriers travaillant jour et nuit. Dans l'intervalle, la masse de boue et de pierres avait fait prise comme du béton, revêtant l'aspect d'un dépôt déjà ancien, et il fallut l'attaquer à la pioche et au pic.

Quelle quantité d'eau et de boue a roulée, le 23 juillet, le Charmaix? On ne peut le savoir au juste. Voici pourtant une donnée relative à l'un des trois torrents qui le constituent, celui d'Arrondaz. Le « pont traversier » avait 8 mètres de haut, sur 10 de large; soit 80 mètres carrés de section. Par suite de la débâcle, le lit a été creusé par en-dessous, et l'eau a coulé par-dessus de 3 mètres environ, soit une section supplémentaire d'au moins 60 mètres carrés, au total 140 mètres carrés. Si l'on admet comme vitesse 3 mètres par seconde, — on est encore dans la partie en forte pente, — c'est un débit de 420 mètres cubes par seconde. Et le bassin de l'Arrondaz est peu de chose comme superficie, le quart ou le cinquième tout au plus, par rapport à celui du Grand Vallon.

On se demandera quel a été, dans cette manifestation torrentielle, le rôle de la forêt? Il se trouve que le bassin du Charmaix est de toute la Maurienne la région la mieux tenue au point de vue de la forêt, qui atteint là son altitude maximum, 2 200 mètres environ pour la forêt continue, 2 300 mètres pour les pieds isolés de pins à crochets et d'aroles. Dans la zone des gorges, qui a été celle des barrages, elle a limité les éboulements, et si les versants de part et d'autre ne sont pas tombés tout entiers dans le lit du torrent, c'est que les racines des sapins ont retenu le sol sur des pentes sapées et minées par en bas. Mais la forêt n'a pas accès dans la zone au-dessus de 2 200 mètres, qui est de beaucoup la plus étendue, la région boisée ne formant, en surface, qu'une portion minime du bassin des deux torrents, 600 bectares. Or, c'est dans cette zone des bassins de réception que se concentrent les filets d'eau et que se forment les torrents. L'herbe seule peut retenir les terres sur les pentes, et les gazons y sont en très mauvais état par suite des abus du pâturage et des

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FIG. 1U. — COMMKNT SE FORME UNE TERRASSE DE 3 MÈTRES DE HAUT (TORRENT DU CHARMAIX.) DERRIERE IN RAtlRAGE SEST FORMÉ IX LAC DE » LAVE » ET DE DOLE : QUAND LE UAHRACE A CÉDÉ, LE TOIIHENT SEST CREUSÉ UN LIT PLUS PROFOND DANS CE DÉPÔT. LE TOUT S'est FAIT EN DEUX HEURES. LE SAPIN

A Droite MARQUE L'aval. (Reproduction d'une photographie de M. Paul Girardin.)

moutons de Provence qui viennent jus jue-là : Modane est le terme de leur transhumance en Maurienne. A cette altitude le forestier n'a qu'un auxiliaire, c'est la neige, qui, tant qu'elle occupe le sol, suspend le ravinement. C'est à la présence du [tout de neige sur le Saint-Antoine, que Modane-Ville a dû d'être préservée. Retenons ce rôle conservateur de la neige par rapport aux terrains meubles.

Ce « sac d'eau » de Modane n'est qu'un épisode de la recrudescence de torrentialité que l'on observe eu Savoie, en particulier dans la Maurienne plus sèche, depuis cinquante ans. On y assiste, comme dans les Pvrénées, à l'apparition de torrents qui, nés d'un orage à la suite d'une coupe de bois, ravinent tout un versant, comme la Grollaz en Maurienne et le Sécberon en Tarentaise, lesquels datent d'après l'annexion. Le torrent de Saint-Julien a repoussé l'Arc de 170 mètres depuis 1836. C'est dans la « région contestée » entre la limite inférieure des neiges et la limite supérieure des forêts, région d'autant plus desséchée que névés et glaciers sont en régression et que les abus de pâturage viennent s'ajouter au manque d'eau, que le sol se dépouille et se dénude. En haut la zone des éhoulis : casses, clapiers, pierriers, empiète sur celle des pelouses, tandis qu'en has se creuse une de ses* ravenas » telle que celle qui se forme aux « Belles Places », au-dessus deTermignon, dans le gypse.

Même dans la zone de la forêt et au « revers », sur le versant à l'ombra. des vides se produisent, surtout dans les quartzites qui sont une proie pour l'éboulement en masse ou bloc par bloc. Au-dessus de la gare de Modane, on remarque dans la forêt quatre plaies béantes, débris de quartzites blanchâtres sans cesse en mouvement, et gros blocs suspendus à 400 mètres au-dessus des voies. Ces éboulements, qu'on appelle « le Saut », ne dateraient que de vingt à trente ans au dire des habitants.

Enfin, les bois reculent, au lieu de s'étendre. A part la Forêt d'Arc, soignée comme un parc, là où la forêt est dense, elle se clairière, et là où elle se clairière, elle disparaît. Partout où elle n'est pas soumise au régime forestier, les habitants abattent avec inconscience bois d'oeuvre et de chauffage. Peutêtre aussi ce régime n'est-il pas assez libéral, et, en privant presque les habitants de bois, les contraint-il à aller chercher le bois indispensable là où il est, en haut des communaux, dans les « parcelles » de forêts que l'on n'a pas jugé bon de soumettre au régime, là pourtant où il est le plus utile à la conservation du sol. La ruine des « parcelles » boisées est aussi néfaste que celle des forêts. Voilà pourquoi la zone des « boisés » a rétrogradé de 300 mètres depuis l'époque historique. Cette zone d'arbres morts, de troncs desséchés qu'on traverse au-dessus de la forêt actuelle, ce sont les bergers qui les ont coupés pour faire du feu, faute d'autre bois. D'autre part, des propriétaires, qui n'ont pas l'excuse de la nécessité, abusent de leur droit de propriété et des lacunes de notre législation pour raser des forêts entières, comme on vient de le faire à Mont-Denis. Dans le canton de Lans-le-Bourç. on aurait coupé 3 000 hectares de bois depuis l'annexion, entre autres une forêt sur la rive droite du Doron, en face Termignon, et tous les pins de montagne qui se trouvaient sur le chemin d'Entre-Deux-Eaux, vers Saint-Antoine, où la limite de la forêt s'est abaissée de 200 mètres en quatre ou cinq ans. A quoi sert tout ce bois? à l'usage des chalets, ou bien à alimenter la fabrique de pâte à papier de Modane, qui dévore de 2i à 20 stères de bois par jour. Dans la région d'Albertville, les papeteries provoquent la même déforestation '.

Action destructrice de l'homme, action destructrice de l'eau coopèrent ainsi à la transformation rapide delà morphologie superficielle de la haute montagne.

Paul Gikardin,

Professeur à l'Université île Fribourp.

i. Je dois des remerciments tout particuliers à M, ,lc Rnchebrune, garde général des Foréls. qui m'a permis de l'accompagner dans sa visite à la région des barrages des Mouillettes et de l'Arrondai.

Les bijoux indigènes au Maroc
en Algérie et en Tunisie

11 semblerait au premier abord que l'ethnographie n'ait plus rien à glaner sur le littoral nord-africain dont une si belle partie est aujourd'hui terre française. Cependant personne, avant ces dernières années, n'avait songé à étudier les bijoux arabes, marocains ou tunisiens, si intéressants au double point de vue de l'histoire des arts et de l'évolution des races.

Savait-on seulement qu'il existait des bijoux indigènes, en dehors de ces soltanis en argent doré, de ces bagues en métal blanc, de ces coupe-papier en forme de yatagan, vendus par des Arabes des Batignolles dans nos expositions universelles? Connaissait-on en Afrique d'autres parures que cette pacotille allemande de contrebande, importée dans les bazars algériens pour leurrer les touristes? Soupçonnait-on les orfèvres de Biskra, de Tlemcen, de Boghari, de Laghouat, dans le demi-jour de leurs vieilles échoppes, avec leurs procédés surannés et leurs outils primitifs, de fabriquer autre chose que ces pauvres joyaux, qualifiés dédaigneusement « d'art pour sauvages «parles premiers administrateurs de la conquête? Les artisans d'aujourd'hui faisaient oublier les orfèvres d'autrefois, et les grossiers bijoux fondus dans les douars, les admirables parures conservées jadis dans les anciennes familles arabes.

Ce sont ces joyaux, jalousement gardés dans les harems de quelques grands chefs, descendants des favoris du dey, qu'un curieux d'art, M. Paul Eudel, a entrepris de faire connaître. Chargé par le ministère de l'Instruction publique d'étudier les diverses manifestations de l'art arabe, il a eu la bonne idée de se limiter, dans un champ d'études aussi vaste, à l'orfèvrerie. Il s'est livré à une enquête de plusieurs années sur ces trésors disparus un à un devant la ruine et la misère croissante, vendus aux bijoutiers européens, engagés chez des israélites ou au Mont-de-Piété d'Alger, mis à la fonte sans respect pour leurs formes délicates et le fini de leur ornementation. Il a consigné le résultat de ses recherches dans trois volumes, très différents de composition, mais également intéressants, tous trois copieusement illustrés de reproductions d'après nature : une étude sur l'orfèvrerie, un récit de voyage dans le sud Algérien, et un dictionnaire des bijoux1.

La question est désormais posée. Sans espérer arriver dès maintenant à des conclusions définitives, on peut dégager quelques données générales sur cet art ignoré et sur la répartition par régions ou provinces de ces bijoux aux formes traditionnelles et immuables, sans cesse recommencés par.les mêmes procédés, suivant les mêmes modèles, par des générations sans nombre.

Les bijoux nord-africains peuvent se ranger en trois grandes familles, correspondant à trois centres distincts de fabrication : le Maroc, l'Algérie, et la Tunisie.

Incontestablement le foyer le plus intense de l'orfèvrerie musulmane a son siège au Maroc. C'est sur cette terre classique de l'Islam, jalousement fermée aux influences européennes, que se sont perpétuées les formes les plus pures. Les bijoux des femmes de Fez ou de Mogador ont gardé une ampleur, une richesse, une majesté de lignes qui ne se retrouve nulle part ailleurs. Quelle étonnante parure que ces grandes boucles d'or (akarech), portées par les jeunes mariées, qui s'accrochent à la coiffure de chaque côté du visage, encadrent l'oreille d'un anneau à demi fermé, et se terminent en pendeloques retombant comme des larmes (fig. 12)? Quel somptueux diadème que ce bandeau d'or (tddj), composé de plaques découpées et incrustées de pierres précieuses, qui rappelle à la fois le bandeau étrusque et le fronteau du xive siècle 2? Et ces anneaux de pied {redi,) en argent revêtu d'appliques et d'émaux polychromes (fig. 11)? Et ces talismans en forme de main ouverte (khamsa), ajourés et émaillés pour servir de porte-bonheur aux filles et aux garçons (fig. 13)?

De tels bijoux font penser à des maîtres d'un art avancé, et l'on remonte jusqu'aux orfèvres hispano-mauresques, qui, chassés d'Espagne au xve siècle, revinrent demander asile à celte terre d'Afrique d'où ils avaient pris leur essor. Seuls les artisans de Cordoue et de Grenade ont pu concevoir le faste harmonieux de ces parures; seuls ils ont pu enseigner ce merveilleux travail d'émail et d'or que les orfèvres marocains, avec leur tradilionnalisme rebelle aux influences du dehors, ont perpétué, sans y rien changer, à travers les siècles. L Algérie, aussi bien que le Maroc, a connu d'admirables ouvriers. Mais leur art est plus composite. Sur cette vieille terre africaine qui a vu se succéder toutes les civilisations : Phéniciens, Numides, Romains, Vandales, Byzantins, Arabes et Turcs, chaque peuple conquérant ou colonisateur, a

1. L'or frire rie algérienne et tunisienne, illustrée de dessins, chromolithographies et cartes. Alger, Jourdan, 1902, gr. in-!S". — D'Alger à Rou-Saada, illustrations de H. Eudel. Paris, Challamel, l'j04, in-12. — Dictionnaire des bijoux de l'Afrique du Sord. Maroc, Algérie, Tunisie, Tripolilaine. Paris, Leroux, 1U06, in-8", illustré d'un très grand nombre de ligures. Les intéressantes illustrations jointes à cette notice, sont empruntés à ce dernier ouvrage.

2. La valeur du tddj peut s'élever de 10 à lii 000 francs.

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