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laissé son empreinte. Cependant le goût turc domine, avec des réminiscences fâcheuses de modèles européens apportés jadis par les corsaires barbaresques,

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ou imposés par les esclaves chrétiens qui refaisaient dans les prisons du dey les bijoux de leur pays natal. Naturellement la conquête française n'a fait qu'accentuer cette dégénérescence de l'art algérien. Pour trouver maintenant des types originaux, il faut s'enfoncer vers le sud et faire ouvrir le trésor de quelque marabouta renommée, comme l'a fait M. Paul Eudel, ou avoir la bonne fortune de contempler les femmes de l'agha de M'sila parées de tous leurs bijoux:

1. Cf. les bijoux rapportés par M. le baron de Baye de sa mission en Crimée et au Daghestan. Bull, de la Soc. des Antiquaires de France, 1899, p. 190 et 215.

« Sur la tète, le djebine, diadème à deux rangs constellé de pierreries, « tandis que Yassaba d'Alger n'a qu'un rang de plaques découpées et incrustées « de diamants (fig. 14). Aux oreilles des mchareff, boucles faites d'un fil d'or « enroulé en cercle avec une garniture en dents de scie. Aux poignets des « souaq (fig. 15), à pointes hérissées, qui peuvent devenir à l'occasion une arme « de gladiateur. De chaque côté de la figure, les laklila, « beauté de la joue », « grandes boucles agrémentées d'une grappe de pendeloques de corail, de « boucles d'or, de sequins, de plaques émaillées1. »

De quelle époque datent ces bijoux? De deux siècles ou de trente ans, nul ne saurait le dire dans un pays où les orfèvres emploient encore les instruments qui servirent à décorer les armes de Barberousse. Mais on peut hardiment pencher pour l'ancienneté de la fabrication si l'on se reporte aux modèles exposés de nos jours par les bijoutiers d'Alger, d'Oran, ou de Constantine. Tout est au goût européen, maladroitement adapté aux formes indigènes. C'est le bijou pour touristes et voyageurs des grandes agences.

Par bonheur l'Algérie a conservé sur un point privilégié de son domaine un art prime-sautier, original, d'une pureté et d'une sobriété de style incomparables. C'est dans la Grande Kabylie, ce massif montagneux du Djurjura où les Béni Yenni exercent leur industrie depuis des siècles.

Rien ne peut donner une idée des bijoux de cette race indépendante, belliqueuse, habituée aux durs travaux. L'argent est le seul métal employé, un argent mat, sans poli ni brillant, mais que l'ingéniosité du Kabyle sait rehausser d'émaux bleus, jaunes, verts, chaudement colorés, et de cabochons de corail qui éveillent invinciblement à l'esprit le souvenir d'orfèvreries mérovingiennes. Plus de silhouettes frêles, d'ornementation recherchée. Des plaques solides, épaisses, taillées en rond, en rectangle, en triangle, en losange, des bijoux lourds comme des armures et qui semblent plutôt la parure d'une amazone que celle d'une petite maîtresse. Jamais l'orfèvre algérien, mâtiné de Turc et d'Européen, n'aurait conçu cette décoration sévère, d'un équilibre étonnant, presque exclusivement empruntée aux formes géométriques2.

Le plus curieux, c'est que l'ouvrier kabyle ignore les procédés de fabrication moderne. C'est par routine qu'il fond ces ibzimen émaillés qui retiennent le hatk à la façon des fibules dont les Grecques drapaient leur peplos, ces tabzimt couverts de cabochons de corail et d'incrustations de perles que les femmes des Béni Yenni exhibent comme une ferronnière sur leur front, lorsqu'elles ont donné un défenseur au village. Pour émailler ces pièces, il a gardé le geste des orfèvres byzantins amenés jadis en Afrique par l'armée de Bélisaire. Il garnit sa plaque de cloisons en filigrane qu'il fait adhérer par

1. D'Aider ii Rou-Soada, p. 72.

■2. Revue de l'Art ancien et moderne, avril 1903, article par Henri Clouzot.— Le Musée d'elhnographie au Trocadéro possède de leaux spécimens d'orfèvrerie habile provenant du maréchal Handon.

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Fio. 14. — Assaba, Diadème, (algeb.)

une soudure au chalumeau. Dans les compartiments, il dépose de la poudre d'émail délayée en pâte. Voilà le bijou au feu. L'émail fond. L'ouvrier le retire juste au moment précis où l'argent à son tour entrerait en fusion et coulerait dans le foyer. Le bijou sort du réchaud diapré sous sa robe d'émail. Les maîtres limousins, qui décoraient les croix, les pixydes et les reliquaires de nos cathédrales au moyen âge, n'opéraient pas autrement.

Cet îlot ethnique est une exception. Tout à côté la Petite Kabylie, avec ses ports ouverts au commerce de toutes les nations, subit de plus en plus

l'influence européenne. Quand on arrive en Tunisie, la décadence est complète. Ici c'est l'art italien avec sa grâce facile, son brio, ses formes décoratives, mais aussi sa recherche et son afféterie. La Tunisienne aime à piquer dans ses cheveux des épingles trembleuses à larges têtes de fleurs garnies de brillants (ouarda, littéralement une rose), qui rappellent les affiquets des Précieuses au xvn* siècle. Elle adore les épis de diamants (sonboula). Elle porte au cou des colliers sur ruban garnis d'un triple rang de pendentifs en forme de grains d'orge ou de poissons (chaïria). De chaque côté de son visage pendent des laklila si chargés de chaînettes, de sequins, et de breloques qu'elle les fixe par un crochet à sa coiffure.

Tout cela est léger, gracieux, d'une variété charmante, mais avec une

La Géographie. — T. XIV, 100C. 10

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FIG. 15.

SOUaq, BRACELET DE BISKRA.

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impression de clinquant et de préciosité qui fait regretter les belles formes du Maroc et même de l'Algérie. Un seul point semble avoir échappé à cet art de dégénérescence italienne, c'est Djerba, l'antique île des Lotophages, où les compagnons d'Ulysse oublièrent leur pays natal. Les orfèvres de cet îlot voisin de la Tripolitaine fabriquent des bijoux très originaux, tels que Yagàl qui s'accroche dans la chevelure, et retombe en grappe sur le cou '.

Arrôtons-nous. Nous ne pouvons émettre la prétention de donner une classification absolue des bijoux du nord de l'Afrique, ni d'en fixer la répartition comme les zones de production de la vigne ou de l'alfa. Comment tracer des limites précises à des objets de parure dont la mode se transmet d'une province à l'autre par la migration incessante des tribus, ou par le déplacement des orfèvres qui continuent à fabriquer dans leur nouvelle résidence les bijoux qu'ils avaient coutume de façonner dans leur pays d'origine? Comment surtout baser un classement rigoureux sur une exploration qui n'en est encore qu'à ses débuts? Le Maroc est à peine connu. Sait-on quelles surprises il réserve?

La publication d'un dictionnaire semble elle même un peu prématurée. Mais c'est pourtant le seul moyen pratique de faire avancer la question. Comme chaque bijou se trouve figuré à côté de son nom arabe et de sa provenance, les explorateurs de l'avenir auront une base solide qu'ils pourront contrôler, compléter et rectifier. Ils s'en serviront à la façon d'un herbier qui présente sur chaque feuille la plante elle-même avec l'indication de son terrain de culture.

Mais qu'ils se hâtent de faire leur récolte de types originaux. L'industrie du bijou qui occupe encore, dans l'Algérie seule, des milliers d'ouvriers, est en train de disparaître. L'Arabe adore toujours la parure pour ses femmes, mais à force d'être trompé par des marchands peu scrupuleux qui lui vendent du celluloïd à la place de corail, des verroteries en guise de pierres précieuses et des alliages à bas titre au lieu d'or et d'argent, il renonce peu à peu à placer son trésor d'épargne en bijoux. Bientôt on ne verra plus, dans les années de disette, s'aligner aux guichets du Mont-de-Piété, dans des foulards noués aux quatre angles, de véritables trésors de perles et de joyaux. Il faudra, pour étudier le bijou indigène, avoir recours aux musées ou à de trop rares collections particulières.

Henri Clouzot.

\. 11 faut ajouter Moknin (province de Sousse). Une tribu juive isolée y fabrique des bijoux où l'on retrouve l'influence byzantine et punique. Cf. Communication de M. Gauckler à la Société des antiquaires de France, 6 juillet 181tS.

Géographie et Géotechnique

La géotechnique est l'application pratique de la géographie. Après être longtemps restées, l'une trop empirique, l'autre trop académique, les deux sciences ont enfin trouvé leurs liens de parenté, et de leur collaboration, en réalité très récente, sont sortis dès résultats remarquables.

De géotechnique rétrograde nous avons trop d'exemples autour de nous pour qu'il soit utile d'insister longuement. Voici, cependant, deux cas bien frappants et pleins d'actualité d'utilisation du sol égoïste et à courte vue. Après de longs siècles d'infortune, les Highlands d'Ecosse sont restés ruinés et déserts. De plus en plus on en retire le mouton lui-même pour faire place au cerf et à la grousr, en sorte que le bénéfice net d'un nombre croissant de milliers d'hectares consiste en quelques milliers de têtes et de peaux de cerfs. Sans s'inquiéter autrement des nécessités actuelles et prochaines, et des possibilités énormes que confirment toutes les données naturelles et toutes les expériences d'amélioration, les pouvoirs publics réitèrent chaque année une profession d'indifférence parfaite et de scepticisme apathique : Laissez aller.

Dans l'île de Terre-Neuve, un territoire aussi vaste que la moitié des Galles, soustrait désormais à toute autorité publique, va récapituler en quelques années, la longue évolution de ruine des montagnes d'Ecosse : Laissez faire.

Voilà une première attitude géotechnique.

D'autre part, les autorités des Etats-Unis s'empressent de faire l'inventaire des richesses du sol et du sous-sol, d'étudier les meilleurs moyens de mettre ces ressources en valeur et de préserver l'équilibre nécessaire de la nature, en vue d'encourager, d'éclairer, de guider, d'harmoniser les intérêts et les initiatives privées. Cette seconde attitude géolechnique est concrétisée par le département de l'Agriculture de la grande république américaine et, spécialement, dans les cas qui vont nous occuper, par son administration des Forêts dirigée par M. Gifford Pinchot.

Choisissons trois cas de géographie forestière appliquée, qui pourraient trouver leur contrepartie, l'un dans les pays centre-ouest de l'Europe et notamment dans notre massif central, le deuxième dans nos régions et colonies méditerranéennes, le troisième dans nos possessions orientales.

Le massif des montagnes Blanches, dans la partie nord du New-Hampshirc, entre la rivière Connecticut et l'Etat du Maine, présente beaucoup de traits de ressemblance avec les Highlands d'Ecosse, comme eux formé de gneiss et de granité recouverts de dépôts glaciaires; il est découpé très irrégulièrement, tantôt en chaînes

La Géographie. — T. XIV, 1906.

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