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avait déjà été signalé par de nombreux savants dans la Géorgie du Sud, dans la terre de Graham, dans l'Amérique du Nord, au Spitzberg, en Scandinavie, dans le Tibet, etc.1. Tout le monde avant le savant géologue suédois regardait ce phénomène comme une simple curiosité, et personne n'avait songé à le considérer comme un agent très important de la dénudation.

Dans les régions couvertes de végétation le déplacement de la couverture superficielle du sol est très lent et la dénudation se fait très lentement. Par suite, ces régions n'arriveront que très tardivement à l'état de pénéplaine. Dans celles, au contraire, où la végétation est rare, le sol meuble se déplace plus vite et la dénudation subaérienne est plus rapide.

Dans l'île des Ours, la stérilité est presque complète dans l'aire où se produit la solilluction. Les plantes sont noyées dans la boue mouvante.

Les régions polaires et subpolaires, et les régions alpines, où s'accumulent en hiver de puissantes masses de neiges qui fondent en été, sont les régions les plus favorables à la production du phénomène de la solilluction.

Les hautes montagnes, où cet agent de destruction agit avec le plus d'intensité, sont les points du globe qui vivent le moins longtemps. De ce fait, M. Andersson se demande si la pénéplanation pourrait être complète dans une région où la solilluction ne viendrait pas en aide à l'action des eaux courantes.

Quoi qu'il en soit, la solifluction est un puissant agent de dénudation, et la connaissance de ce phénomène aidera à bien faire comprendre la topagraphie si variée et si compliquée de notre planète. G. Garde.

OCÉANOGRAPHIE

L'eau morte2. — Les marines Scandinaves donnent le non de dodvand ou eaumorte (dead-waler en anglais, totwasser en allemand), à un phénomène étrange quelquefois observé sur leurs côtes et qui sans cause apparente fait perdre à un navire sa vitesse et le fait refuser d'obéir à sa barre. Tout ce que l'on savait à ce sujet était que cet effet ne se produit que dans les endroits où la mer est recouverte d'une couche d'eau douce ou saumàtre.

Au cours de sou célèbre voyage, à trois reprises dans les parages de l'île Taïmour (côte nord de Sibérie), le Fram rencontra de 1' « eau morte ». Au retour, le professeur Fridtjof Nansen ayant consulté le professeur Bjerknes sur ce phénomène remarquable, celui-ci émit l'idée que la perte de vitesse pouvait être due à la résistance produite par les ondulations à la limite des deux liquides. Le Dr V. Walfrid Ekman fut chargé de recueillir les observations faites par les navigateurs et d'étudier la question expérimentalement. De la part de ce savant océanographe, cette question, qui pour beaucoup a été longtemps une fantaisie ou un mythe, vient d'être l'objet d'une enquête systématique et d'une expérimentation très suivie. Les

1. La mission française de la Martinique l'a également signalé à la montagne Pelée où la couverture de cendres glissait sur les pentes ponceuses qu'elle polissait et moutonnait. Récemment, dans La Géoi/raphie, XIV, 2, 15 août 1906, p. 109, M. Mougin montrait la fréquence et l'ampleur du phénomène dans les Alpes de la Maurienne.

2. The Nonveginn North Polar Expédition 1S93-1896. Scientific Resulis ediled by Fridtjof Nansen. — XV. On Dead. water, by V. Woalfrid Ekman.

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résultats obtenus, d'un haut intérêt scientifique complètent d'une façon très heureuse la théorie des ondes à la limite de deux liquides de densités différentes, résultats que les expériences de Scott Russell et l'analyse mathématique de G. Stokes et de Lord Kelvin avaient déjà anticipés.

Le phénomène apparaît seulement près des côtes, aux endroits ou une couche d'eau douce ou saumàtre repose, sans se mélanger, sur l'eau de mer plus lourde. Un voilier dans un tel endroit perd sa vitesse et il devient impossible à gouverner; les navires à vapeur obéissent encore à la barre, mais l'effet se traduit par une telle résistance qu'ils perdent presque complètement leur vitesse et cela soudainement sans qu'aucune cause apparente avertisse la navigation. Dans le cas du Fram cité plus haut, le navire eut sa vitesse réduite de 4 1/2 nœuds à 1 nœud seulement. Lorsque le navire arrive à se dégager, il reprend aussitôt sa vitesse normale; plusieurs cas sont connus où un bâtiment est resté ainsi engagé pendant un jour entier.

Lorsqu'un navire « entre en eau-morte » la surface de la mer prend un aspect particulier; en général, on voit, traversant le sillage du navire, une série de rides et d'ondulations caractéristiques s'étendant parfois jusqu'à une assez grande distance de part et d'autre. L'aspect de ces rides varie suivant la force du vent et les courants de surface; elles sont souvent asymétriques. Sous la poupe, au contraire, et autour de l'arrière, une surface d'eau unie semble être entraînée et suivre le mouvement du navire, de telle sorte qu'un bateau en remorque à une petite distance est comme transporté en avant, vers le navire remorqueur.

Dans les fjords norvégiens, longs et étroits, sans fort courants de marées, les conditions sont particulièrement favorables pour que l'eau de rivière s'étende, sans se mélanger, sur l'eau de mer; aussi, dans ces régions, le phénomène est loin d'être rare. Dans le Kattégat, au contraire, où la densité de l'eau de mer est plus faible, les cas sont moins fréquents, et, dans la Baltique, où la densité de l'eau de mer est plus faible encore, on ne l'observe que très rarement. Une carte jointe au mémoire du Dr Ekman (PI. II) montre la distribution géographique des cas d' « eau morte » observés sur les côtes de la Scandinavie.

On reconnaît aussi que 1' « eau morte » est plus forte lorsque le vent souffle de la mer; car, l'eau étant retenue près de la côte, son épaisseur est plus grande, le vent de terre, au contraire, l'emportant vers le large où le mélange des eaux ne tarde pas à se produire.

Certains endroits sont connus pour leur fréquence en « eau-morte » : l'embouchure du Glommen, par exemple, où sa présence est souvent une cause de difficultés pour la navigation, très active dans ces parages, les fjords de Kristiania, de Varanger, de Romsdal, etc. Des effets semblables ont été observés dans d'autres parties du monde, mais beaucoup plus rarement : l'embouchure de l'Orénoque et celle du Congo, les détroits de Vancouver, sur la côte mourmane et celle du Labrador. Cependant le déversement de grandes quantités d'eau douce par les fleuves n'est pas une cause suffisante pour produire le phénomène : la configuration de ces embouchures et les courants de marées qui s'y font sentir favorisent le mélange rapide des eaux de densités différentes. Cela explique la rareté relative des cas d' « eau morte ».

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Il convient de féliciter M. Ekman des expériences qu'il a faites avec le plus grand soinet d'avoir montré l'exactitude de l'explication suggérée parle professeur Bjerknes. Un modèle du Fram se mouvait sur un liquide composé de couches de densités différentes et diversement colorées; la photographie a permis ainsi d'avoir des documents d'une grande exactitude sur une question aussi compliquée. On sait qu'un navire en mouvement, dans des conditions ordinaires, produit des ondulations, des vagues dont la résistance a pour effet de retarder sa marche. — De même, dans le cas qui nous occupe, il se produit, à la limite des deux liquides, des ondulations très caractérisées dont l'effet, étant donnée l'énergie nécessaire à leur conservation, produit la résistance observée. Les résultats de ces expériences fournissent une explication très simple des différentes phases du phénomène : perte soudaine de la vitesse, aspect de la surface de la mer ainsi que son mouvement autour du navire, enfin la difficulté de gouverner. Ce dernier point est très important: l'eau douce autour du gouvernail avançant avec la même vitesse que le navire, l'eau salée en-dessous a problement une direction opposée; l'épaisseur de la couche d'eau douce étant relativement très grande (sommet d'une ondulation), il en résulte que la plus grande partie du gouvernail se trouve dans une couche d'eau se mouvant avec la même vitesse et dans la même direction que le navire lui-même, ce qui explique le refus d'obéissance du navire à la barre.

Le travail de M. Ekman comptera parmi les plus intéressants de ceux que nous a fournis l'expédition norvégienne et sera étudié avec fruit par tous ceux qui s'occupent d'océanographie. Manley-bendall.

GÉNÉRALITÉS

Bibliographie. — Le Service géographique de la Grande-Bretagne (Ordnance Survey) a publié récemment un catalogue des cartes à grande échelle du RoyaumeUni publiées par cet Institut, lequel sera très utile aux géographes comme à toute personne désireuse de se documenter sur la cartographie officielle britannique '.

L'œuvre de YOrdnance Survey comprend:

1° Une carte du Royaume-Uni au 1000 000e, dite de i5,782 miles lo one inchi;

2° Une carte du Royaume-Uni au 033600'" dite de ten miles to one inch 3.

3° Une carte du Royaume-Uni au 253440°, dite de four miles to one inch '; deux éditions dont une en couleur.

4° Une carte de l'Angleterre et du pays de Galles au 126 720", dite de tiro miles to one inch*. En couleurs. Cette carte n'est pas terminée. Les feuilles du nord de l'Angleterre manquent.

1. Catalogue of the 6-inch and i5-inch counly maps and town plans of England and Walt» Ihe isle of Man and of the one inch und smaller seule maps and other publications of the Ordnance Suney of the United Kingdom to st January 1906, Colonel U.-C. Hellard, R.-E., Director General of Ihe Ordnance Surveys. Londres, 1906.

2. Un inch pour 15,782 milles terrestres anglais.

3. Un inch pour 10 milles.

4. Un inch pour 4 milles.

5. Un inch pour 2 milles.

5° Une carte du Royaume-Uni au 63360'', dite de one mile to one inch >, en quatre éditions; l'édition en couleurs la plus complète en voie d'achèvement.

6° Des cartes des comtés du Royaume-Uni au 10 560e (six inches to one mile)i qui sont des cartes cadastrales. Elles portent des cotes d'altitude et le figuré du terrain par des courbes équidistantes de 50 pieds (lo m.) jusqu'à l'altitude de 304 mètres. Dans le Lancashire, le Yorkshire, et dans les autres comtés du nord de l'Angleterre et dans ceux de l'Ecosse méridionale, le figuré du terrain est complet.

Des cartes au 2 oOO" (25 344 inches to on<; mile3) des comtés publiées pour les parties cultivées de l'Angleterre et du pays de Galles; également des cartes cadastrales.

Le catalogue est accompagné de spécimens de ces diverses cartes et de cartes d'assemblage. Ces dernières cartes pour le 105601, et le 2500" indiquent l'hydrographie, les bois, les principales agglomérations, les lignes ferrées, et les grandes routes; elles sont donc très pratiques et leur examen ne donne place à aucune hésitation dans le choix des feuilles dont on peut avoir besoin. Ces cartes d'assemblage constituent en quelque sorte un atlas pour l'Angleterre et le pays de Galles.

Signalons en même temps l'apparition du onzième volume de la bibliographie géographique publiée par le Dr Otto Baschin, sous les auspices de la Société de Géographie de Berlin '. Ce volume se réfère à l'année 1902; comme les précédents, il constitue un instrument de travail indispensable.

Pour terminer, mentionnons le XVe volume de la Bibliographie géographique annuelle des Annales de Géographie, publiée sous In direction de M. Louis Raveneau, avec le concours de nombreux spécialistes. Ce volume comprend 1066 numéros. Comme les précédents, il se distingue par une sûreté d'information et par un judicieux esprit critique qui font le plus grand honneur à M. Raveneau. Grâce aux quinze volumes que comprend aujourd'hui cette collection, les innombrables personnes qui dissertent aujourd'hui sur la géographie ne peuvent plus alléguer aucune excuse lorsque leur documentation se trouve en défaut. Charles Rabot.

Création d'une section tunisienne de la Société de Géographie italienne. — Le 15 juillet dernier s'est constituée à Tunis une section de la Société de Géographie italienne présidée par le professeur S. Canino, et dont l'effectif est d'environ 80 membres. Le but poursuivi par la nouvelle association est « de constituer un centre actif d'informations géographiques, économiques et commerciales, lesquelles seront publiées » dans le bulletin de la Société de Rome, et « de devenir une source d'indications sur l'action que la société mère pourra exercer dans la région * ».

Bourse de voyage autour du monde. — Une des bourses de la fondation Albert Kahn a été attribuée, l'an dernier, à M. Chassigneux, agrégé d'histoire et de géographie. M. Chassigneux s'est proposé de faire un voyage d'études dans 1 hémisphère sud. Parti de Londres le lo juin 1905, il a passé sept mois dans l'Afrique australe, parcourant toute la région du Gap au Zambèze, visitant les ports de la côte est, séjournant surtout au Transvaal. Membre de la section de géographie de la « British Association », il a pris part aux travaux et aux excursions du congrès de cette société1. M. Chassigneux s'est dirigé vers la Nouvelle Zélande où il a passé deux mois, puis de là s'est rendu en Australie. Il terminera sa tournée par l'Argentine. L. Perbl'cdot.

1. Un inch pour un mille

2. Six inches pour un mille.

3. 25,344 inclws pour un mille.

4. Biblioihecn r/eographica herausgegeben von der Gesellschaft filr Erdkunde zu Berlin. Bearbeitet von Otto Baschin, B. XI. Jahrgang l'J02. Berlin, Kiigl. 1906. Un vol. in-8° de 531 p. —

5. Societa geografica italiana, Bolletino, sér. IV, vol. VII, n° 8, août 1906, p. 737 et 743.

NECROLOGIE

Le colonel du génie de Lannoy. — Un des géographes dont la France s'honore, le colonel du génie de Lannoy vient de succomber aux suites d'une longue et douloureuse maladie. La Société de Géographie de Paris manquerait à ses devoirs, si elle ne rendait à sa mémoire, l'hommage qui lui est dû.

R. de Regnauld de Lannoy, marquis de Bissy, était savoyard d'origine. Fils d'un ancien ingénieur en chef de la province de Constautine, il passa ses premières années en Algérie; et les impressions de son enfance ne furent peut-être pas étrangères à l'intérêt que lui inspira plus tard le continent africain.

Officier du génie, il retourna, en effet, dès qu'il le put, sur sa terre de prédilection, et fit, en 1871, comme capitaine, sous les ordres du général de Gallifet, la colonne du Mzab. Son levé d'El Goléa y fut remarqué et joint au remarquable itinéraire de la colonne, dressé par le capitaine d'état major Parisot.

Trois ans plus tard, on le retrouve, détaché de la chefferie de Grenoble, et employé aux levés de précision des environs d'Albertville. 11 s'y distingua par ses travaux et notamment par le levé de la difficile position de Conflans.

A cette époque, les découvertes des grands explorateurs africains passionnaient le monde; et malheureusement les cartes d'Afrique étaient trop petites pour contenir les détails de leurs itinéraires. Même celle de Keith-Johnston au 6 000 000% était insuffisante. Il y avait là une lacune à combler. De Lannoy en prit l'initiative. Dès 1875, son projet fut arrêté. Il résolut d'entreprendre une carte générale à l'échelle du 2 000 000", basée sur une projection orthographique méridienne, dans laquelle les longitudes devaient être comptées à l'est et à l'ouest du méridien de Paris, adopté comme méridien initial. Sa carte devait être divisée en 63 feuilles et mesurer, une fois terminée, une surface de 4 m. 20 de hauteur, sur i mètres de de largeur.

Accueilli par le colonel Perrier, il fut admis au Service géographique de l'Année qui mit à sa disposition ses riches archives, son personnel exercé et ses puissants moyens de reproduction.

Désormais l'avenir de son œuvre était assuré, et, en 1881, le directeur du Service

1. Voir, sur oc congrès, l'article de M. Cordier, dans Li Géographie, XII, 6, 15 décembre I9U.", p. 38"..

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