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d'au moins 540 kilomètres. En outre les champs d'or sont situés sur un plateau de plus de 550 mètres d'altitude; l'emploi de puissantes pompes de refoulement était donc indispensable. Pourtant, grâce à l'énergie de ses promoteurs, le projet finit par triompher de la défiance publique.

Le principal inspirateur de l'entreprise, connue en Australie sous le nom de Coolgardie water scheme, fut le Très Honorable Sir John Forrest, P. C, G. C. M. G., M. P., secrétaire colonial et Premier de West Australia, qui avait déjà réalisé les grands travaux d'aménagement du port de Fremantle. Quand, en février 1901, il fut entré au ministère fédéral, son œuvre fut continuée et menée à bien par ses successeurs, les honorables George Throssell, M. L. A., et George Leake, K. C, M. L. A. Les études techniques furent faites par M. C. Y. O'Connor, C. M. G., ingénieur en chef de la colonie, qui déposa son rapport en 1896. Pour plus de sûreté, trois illustres ingénieurs anglais furent consultés, MM. John Carruthers, George F. Deacon et William Cawthorne Unwin; ils approuvèrent le projet.

Restait la question d'argent. Le gouvernement y pourvut par un emprunt de iê 2 500 000 (63 125 000 fr.), somme énorme, eu égard à la situation financière de la colonie, dont la dette montait au 31 décembre 1900 à £ 12 227 763 (308 751015 fr.).

Les travaux dirigés par MM. C. Y. O'Connor, ingénieur en chef, T. C. Hodgson, ingénieur en charge, et W. Leslie, ingénieur résident, furent terminés en 1904.

L'ensemble de l'ouvrage comprend un vaste réservoir d'alimentation à proximité de la côte, un aqueduc formé de conduites métalliques, enfin un réservoir d'emmagasinement et de distribution à Coolgardie.

III. — Le réservoir d'alimentation est situé, à 53 kilomètres de Perth, à 56 kilomètres de Fremantle, à 523 kilomètres de Coolgardie, dans les Greenmount Ranges, partie de la chaîne des Darling Ranges qui longe la côte occidentale de l'Australie. Cette région a été choisie en raison de l'abondance relative de ses pluies; les précipitations y atteignent de 529 à 542 millimètres. On l'appelle le réservoir de Greenmount. Il est établi sur la rivière Helena, affluent de la Swan River, en un point nommé Mundaring, à 103 mètres d'altitude. La digue est haute de 6 mètres. Quand il est plein il s'étend sur 11 kilomètres de longueur. Construit sous la direction de l'ingénieur W. Leslie, il a été terminé en 1901. Sa capacité est de 20 884 000 mètres cubes.

Jusqu'ici il n'y a rien qui ne rentre dans la catégorie des travaux ordinaires des ingénieurs. L'œuvre originale et vraiment grandiose consiste dans le transport de l'eau, recueillie à 103 mètres d'altitude, jusqu'à 503 mètres, et cela sur un parcours de 523 kilomètres. Il a fallu employer des conduites d'un type spécial et recourir à l'emploi de puissantes pompes refoulantes.

Le premier problème à résoudre a été celui des tuyaux. Une adjudication a été décidée par le gouvernement, à l'effet de fournir 563 kilomètres de tuyaux d'acier. 16 firmes, australiennes, anglaises et américaines concoururent. Les vainqueurs furent MM. G. et C. Hoskins, ingénieurs et fabricants de tuyaux d'acier et de fonte, établis à Sydney et à Melbourne, qui avaient soumissionné sur le prix de '£. 1 060 000 (26 765 000 fr.).

Les tuyaux fournis furent au nombre de 65 800. Ils furent transportés par bateaux de Melbourne à Fremantle et de là par des trucks sur le chemin de fer. Chacun d'eux a 8 m. 512 de longueur et 0 m. 75 de diamètre intérieur; l'épaisseur des parois métalliques atteint 0 m. 125. Cette épaisseur considérable a été nécessitée par les pressions que, comme on le verra plus loin, devront subir les tuyaux.

Il a été stipulé que les tuyaux ne seraient pas rivés (riveled pipes), mais que, en vue d'accroître leur force de résistance, ils seraient à barre d'enclenchement (lockinj bar jointed pipes). Ils sont formés de deux plaques recour-. bées en demi-cercle, comportant ainsi deux fentes longitudinales, une en haut, une en bas. Dans chacune d'elles, on engage une queue d'aronde allongée, dont la section a la forme d'un H. Au moyen d'une presse hydraulique, on fait adhérer fortement queues d'aronde et plaques.

Les plaques ont été fabriquées par la Carne/fie Company, de Pittsburg. La courbure en demi-cercle, de même que l'opération du fixage des différentes pièces ont été assurées au moyen de machines, inventées par MM. Hoskins et brevetées. On presse hydrauliquement, par le dehors et par le dedans, sous la pression de 250 tonnes anglaises '.

Sur le terrain on procède au revêtement, au dehors et au dedans, en asphalte de la Trinité. C'est également sur le terrain qu'on opère la jointure des tuyaux. Celle-ci se fait au moyen d'anneaux dont les bords sont relevés; l'adhérence est assurée par une soudure au plomb.

L'aqueduc suit le chemin de fer. De la sorte le transport des tuyaux et de la machinerie a été facilité. Il en sera de même plus tard en ce qui concerne l'approvisionnement des stations et les réparations à faire.

Un problème délicat a été celui de savoir si les tuyaux devaient être souterrains ou à l'air libre. Dans le premier système, d'ailleurs plus cher, les conduites risquaient de se détériorer dans la terre saline; la pression du sol pouvait les écraser; il est vrai qu'il était facile de les protéger en les recouvrant de béton; mais alors il devenait difficile de rechercher les fuites, inévitables, en raison de la longueur de l'aqueduc et de la petite quantité d'eau. Il semblait donc préférable de disposer les conduites, soit dans des tranchées ouvertes, soit entièrement à l'air libre; avec ce dernier système les changements de température sont plus sensibles; mais il faut observer que les gelées sont excessivement rares en Westralie.

1. La tonne anglaise représenta 2 240 livres anglaises, dites livres-avoir-du-poids, distinctes de la livre troy employée pour les métaux précieux, et valant 153 gr. 44. La tonne anglaise, évaluée en mesures françaises, vaut donc ) 013 kgr. 1056.

Dans la pratique, on a, suivant les lieux et les circonstances, employé l'un ou l'autre de ces trois procédés. En de nombreux endroits, on a en outre disposé des soupapes, ce qui a trois avantages : on peut recbercher les fuites plus facilement et faire plus commodément les réparations sur un point donné, enfin, en cas d'accident, le courant peut être arrêté.

IV. — L'aqueduc est divisé en 8 sections, d'une longueur moyenne de 40 milles anglais, soit 64 kilomètres. En raison de l'altitude du point d'arrivée, ces stations sont munies de pompes de refoulement. Ces pompes ont été construites par la célèbre maison Worthington Manufacluring C. — Chaque station possède 3 pompes; 2 sont en activité, la troisième constitue une réserve précieuse dans un pays où les réparations sont dispendieuses et longues.

Pour diminuer la pression sur l'ensemble des conduites et éviter ainsi des accidents, qu'il serait toujours un peu difficile de localiser, les ingénieurs australiens ont eu l'idée ingénieuse de ne pas donner à l'aqueduc une pente uniforme. Profitant des collines situées au voisinage de chaque station, ils ont disposé, sur de courtes distances, des tuyaux 1res inclinés conduisant au sommet de ces collines; l'eau, arrivée en ces points par pompage en descend jusqu'à la station suivante par l'effet de son propre poids. Il suffit ainsi de posséder, pour un petit parcours, des tuyaux particulièrement résistants; sur la plus grande partie de l'aqueduc, on peut alors employer des conduites assez peu résistantes, d'où une sensible économie.

Malheureusement le pompage pour le pays coûte cher. En Westralie, où il n'y a aucune mine sérieuse de houille, le charbon revient à haut prix. Le long de la ligne, la tonne anglaise (1015 kgr. 7056) se paye moyennement Je 1. 12 sh., soit 40 francs. Il semble donc qu'il y ait intérêt à se servir de machines consommant peu. Mais, comme les machines de ce genre sont toujours assez compliquées et que les réparations sont fort difficiles dans ces contrées, on a préféré employer des machines consommant davantage mais munies de rouages très simples.

Le réservoir d'arrivée est disposé un peu au-dessus de Coolgardie, à une altitude de \ 653 pieds anglais, soit 504 mètres (400 mètres au-dessus du réservoir d'origine). Tout a été calculé pour que ce réservoir pût fournir journellement 5 millions de gallons (22 700 000 litres). Mais comme il faut tenir compte d'interruptions possibles, on a pris les dispositions nécessaires pour que le réservoir pût contenir quatre fois la quantité nécessaire pour une journée, soit 20 millions de gallons (90 800 000 litres).

L'administration livre l'eau à 3 shillings 6 pence les 1000 gallons (4 fr. 35, les 4 540 litres) ce qui représente environ le vingtième de ce qu'on payait avant les travaux d'adduction.

I.A GÉOGRAPHIE. — T. XIV. 1906. 2

On peut se rendre compte, d'après ce court et sommaire résumé, de l'importance de l'œuvre accomplie en West-Australia. Les grands travaux exécutés n'ont pas seulement, pour ainsi dire une valeur actuelle; ils serviront à autre chose qu'à développer l'exploitation du riche district aurifère de Coolgardie, ce qui serait d'ailleurs déjà un précieux résultat; ils sont, dans la pensée de leurs promoteurs — et il convient d'insister là-dessus — un type général, un modèle qui pourra servir ailleurs, dans toutes les parties du continent austral; le succès présent, obtenu dans des conditions fort difficiles, garantit les succès à venir; l'expérience est, à cet égard, démonstrative. Partout en Australie le problème de l'eau est le plus essentiel à résoudre, le plus vital pour la colonisation et la mise en valeur future du pays. A l'est, dans le bassin du Murray-Darling, centre de l'élevage du mouton à laine, il est possible d'utiliser et on a utilisé en fait une abondante nappe artésienne; mais encore aujourd'hui la plus grande partie de l'eau tombée dans la chaîne côtière, le Dividing Range, reste inemployée. On peut, pour l'Ouest australien, prévoir des résultats plus importants. Ici, pas de nappe souterraine, à l'exception du minuscule bassin de Perth; pas de rivières non plus dans l'intérieur; il faut de toute nécessité faire venir l'eau des montagnes côtières. Déjà des projets précis sont à l'étude. D'ici peu l'aqueduc de Coolgardie sera prolongé jusque dans le riche district minier de Kalgoorlie, le plus riche de toute l'Australie, où l'eau permettra le développement de nombreuses mines, actuellement délaissées. Plus tard, on conduira l'eau nécessaire sur les différents champs aurifères et dans les principaux centres de colonisation agricole et pastorale de la colonie. Il est vraisemblable qu'au bout de peu d'années la Westralie intérieure, si déshéritée jusqu'ici, tirera de cette « multiplication de Ceau » les éléments d'un développement économique que rien ne pouvait jusqu'à ces derniers temps faire prévoir. L'Australie dans son ensemble et le monde civilisé tout entier en profiteront.

Paul Privat-deschanel.

Observations astronomiques

exécutées à la Côte d'Ivoire

De décembre 1901 à juin 1905, c'est-à-dire pendant près de quatre années consécutives passées presque entièrement à la Côte d'Ivoire, il m'a été donné, par suite de circonstances particulières, de pouvoir faire dans cette colonie des observations astronomiques en assez grand nombre et surtout avec une certaine continuité qui peut leur donner quelque intérêt.

Ayant d'abord fait partie de la commission franco-anglaise de délimitation Côte d'Ivoire-Côte d'Or, comme second de M. l'administrateur Delafosse, et cbargé spécialement de la partie cartographique, j'ai pu, de novembre 1901 à mai 1903, parcourir en tous sens la frontière est de la Côte d'Ivoire ainsi que la partie est de la frontière du cercle du Lobi (haut-Sénégal et moyenNiger) s'étendant jusqu'au 11e parallèle. J'ai pu ainsi placer tout le long de cette ligne nord-sud une série de points déterminés par des observations astronomiques constamment faites et calculées de concert avec mon collègue, le capitaine Des Vœux, du Royal Engineering.

A la suite de cette mission, M. le gouverneur Clozel, lieutenant-gouverneur de la Côte d'Ivoire, voulait bien me faire détacher auprès de sa personne. C'est en cette qualité que j'eus l'honneur de l'accompagner dans les deux grandes tournées qu'il fit de janvier à avril en 1904 et en 1905 dans le Baoulé et le cercle de Kong; pendant ces deux voyages d'inspection, d'une durée de plus de trois mois chacun, il me chargea de déterminer astronomiquement les principaux points de l'itinéraire suivi. J'ai donc eu l'occasion, grâce au bienveillant patronage de M. le gouverneur Clozel, de pouvoir, dans les différentes régions de la Côte d'Ivoire, la côte ouest mise à part, me livrer à des observations qui forment maintenant un ensemble d'une assez grande homogénéité. 11 m'a paru qu'il pourrait y avoir une certaine utilité à en faire connaître à présent les résultats.

11 m'a été permis d'avoir une confirmation de l'approximation des latitudes ainsi déterminées. M. le gouverneur général Houme ayant cette année envoyé dans le cercle de Kong une mission géodésique sous la direction du capitaine de spahis de Villeneuve-Bargemont et du lieutenant d'artillerie Lacoin, ces deux officiers ont stationné pendant plus de deux mois à Daba

La Géographie. — T. XIV, 1906.

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