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simples à expliquer, souvent même beaucoup plus indistinctes. Aussi faut-il savoir gré à M. Jules Girard du temps qu'il a consacré et de la peine qu'il a prise à se transporter d'une plage à une autre sur le littoral français de la Manche et de l'Océan Atlantique et à rassembler des documents de première valeur.

Avec un souci tout particulier l'auteur s'est intéressé aux formes qui résultent des tourbillons et des remous de l'eau ou du vent. Au cours de plusieurs de ses développements les plus importants (p. 20, 68, 71, 112, 117 et 118), il revient sur les effets qu'inscrivent sur le sol sablonneux les mouvements tourbillonnaires, et plusieurs de ses figures illustrent, d'une manière tout à fait typique, le rôle qu'il attribue à ces mouvements avec une incontestable légitimité. (Voir fig. 24, 25, 26, 27.) Ce sont là, on en conviendra, de très remarquables documents, et que l'œil commente de lui-même.

Plus on essaie d'analyser le mouvement réel des molécules et des filets d'eau, plus on y découvre de faits tourbillonnaires, soit purs et relativement simples, soit complexes et plus ou moins incomplets. Je ne veux pas ici m'étendre longuement sur ce sujet; mais les observations de M. Girard à propos des phénomènes tourbillonnaires des eaux marines me fournissent l'occasion naturelle d'élargir encore ses conclusions ; et je ne veux ajouter à ses photographies que deux documents de confirmation. Le premier (fig. 28) représente un petit banc de sable triangulaire photographié du haut d'un pont en plein cours de l'Inn, près de Kundl (Tirol autrichien). La base de ce triangle a 2 mètres de longueur; ce spécimen de sculpture miniature par les eaux courantes montre en petit la formation des terrasses sur les rebords d'un banc de sable; mais il montre aussi, sur la gauche du triangle, de petits « moules M typiques de faits tourbillonnaires. Le second document (fig. 29) est une photographie d'effets produits par l'eau courante dans un cas naturel assez rare, celui d'un assez fort courant passant brusquement sur un fond modelable, puis cessant aussi brusquement. J'ai pris cette photographie en plein désert libyque, au sud du Fayoum, et tout près du Birket el Karoun, dans le désert de Karoun, ou plutôt à la limite exacte de ce désert. Il s'agit là du dernier petit canal d'irrigation qui essaie de conquérir à la fertilité féconde quelques parcelles de l'immense zone désertique, et ce que nous voyons est le fond du lit de ce canal de 1 m. 10 de largeur environ tel que l'a laissé le passage de l'eau; le sable très modelable a gardé l'empreinte vive du flot, et celui-ci a cessé si rapidement que des mouvements plus paisibles et traînants n'ont pas pu oblitérer, ainsi qu'il advient d'ordinaire, les formes résultant des « gestes » vigoureux de l'eau vive, lancée à gros bouillons. Or, il faut constatercombien en un pareil cas — même en l'absence de tous ces galets qui encombrent les ruisseaux et les torrents de nos pays et qui pourraient être regardés à tort comme la seule cause du conflit des divers filets d'eau — l'écoulement normal de l'eau dans la nature comporte de mouvements tourbillonnaires; j'ai de ce fond de canal un cliché stéréoscopique, et au stéréoscope surtout on est frappé du nombre et de la netteté des petites cavités approximativement circulaires qui composent le fond. Voilà qui révèle encore combien est naturelle et générale cette allure de l'eau, même sur un fond plat. — Et nous nous en tiendrons là, après avoir signalé cette similitude entre les effets des eaux continentales et ceux des eaux sur les plages.

Puisque M. Jules Girard s'est ainsi préoccupé de noter, et sous sa forme la plus précise et la plus expressive, la trace matérielle du tourbillon liquide ou aérien à la

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surface des sables littoraux, nous lui demanderions volontiers de constater encore, par le réseau parlant des rides, en quel sens, — de droite à gauche ou de gauche à droite — s'est manifesté le mouvement de rotation. En diverses publications,

La Géographie. — T. XIV, KOO. 13

mon frère, M. Bernard Brunhes et moi, avons essayé d'attirer l'attention sur l'importance de ce sens de rotation; il nous a semblé qu'il fallait définitivement contredire l'affirmation courante par laquelle on opposait les tourbillons atmosphériques aux tourbillons des eaux courantes et l'on déclarait que le sens prédominant de rotation des premiers dans l'hémisphère nord était sinistrorsum (de la droite vers la gauche) tandis que le sens de rotation des seconds paraissait indifférent; nous avons cru pouvoir affirmer, au contraire, que les tourbillons d'eau dans l'hémisphère nord révélaient la même prédominance du sens sinistrorsum que les tourbillons aériens '. Les observations complémentaires que pourrait faire M. Jules Girard sur les littoraux qu'il connaît si bien et qu'il a su si bien étudier seraient d'un intérêt d'autant plus vif qu'elles pourraient porter parallèlement et d'une manière concomitante sur les tourbillons du vent et sur les tourbillons de l'eau.

« Ce ne sont cependant pas les plus violentes agitations, remarque l'auteur avec justesse, qui laissent les traces d'un modelé plus délicatement travaillé. Au contraire, les découpages les mieux exécutés se font par temps calme; au lieu que les larges sillons pénétrant au hasard les uns dans les autres sans apparence de direction systématique, restent l'expression du bouleversement des eaux » (p. 71). On ne saurait mieux dire, ni avec un sens plus exact de la réalité.

Il est certain qu'après avoir étudié les documents et les notes de M. Jules Girard, on se reporte avec une curiosité plus satisfaite à quelques-unes des études fondamentales sur les formes littorales, et par exemple à ce travail de Nathaniel Southgate Shaler, The Geological History of Harbors, qui d'ailleurs se réfère surtout aux ports des Etats-Unis et qui a le mérite d'être également appuyé sur une très riche et très copieuse illustration (XXIV planches hors texte, reproduisant pour la plupart des extraits typiques de la carte du Coast Survey), — ou encore à la plus ancienne et encore si remarquable étude de G. K. Gilbert, The topographie Fealures of Lake Shores, où sont si bien analysés et représentés tous les phénomènes littoraux d'érosion, de transport, de dépôt, etc.2.

t. Voir tout spécialement M. Louis Maillard, L'expérience de Perrol, in Bulletin de la Société astronomique de France, janvier l'JU5, et Bulletin d'astronomie de l'Université de Lausanne, l" année, 1906, p. 127-137. M. Louis Maillard, professeur d'astronomie à l'université de Lausanne, a repris expérimentalement dans le laboratoire cette question du sens de rotation des tourbillons d'eaux, et il est arrivé à cette conclusion : • Après quoi, nous concluons qu'il serait juste de placer enfin l'expérience de Perrot, si simple et si suggestive, au rang des preuves classiques de la rotation terrestre •.

-2. On sait combien les volumes du Geological Survey des États-Unis fournissent de documents précieux, si on se donne la peine de les y chercher, pour toutes les questions de géographie physique, et c'en est la une preuve parmi tant d'autres. Le travail de Shaler que nous citons se trouve dans le Thirteenth Annual Report of l/ie V. S. Geological Survey, 1891-1892, Washington, 1X93, p. 93-^09. Celui de G. K. Gilbert a été publié dans le Firth Annual Report, etc. 1883-84, Washington, 1X85. — On pourrait encore consulter avec très grand profit quelques-uns des fascicules de l'admirable Géologie Allas of the U. S. — Citons entre autres le n° 80, Sorfolk folio. Virginia-North Carolina, qui ligure un si remarquable type de flèche littorale, etc. — Sur la question très générale des sables marins et lacustres, on pourra consulter un excellent mémoire que nous ne saurions trop recommander : A. Itûhl, Beitràge zur henntniss der morphologischen Wirksamkeil der Meeresslri'imungen (Verbffentliehungen des Instituts fur Meereskunde und des Geographischen Instituts, Heft 8, Februar 1906, in-8, 44 p. — E. S. Mittler u. Solin, Berlin). 11 est accompagné d'une très copieuse bibliographie qui rendra de grands services.

Ce n'est pas le moindre mérite de l'ouvrage de M. Jules Girard que d'être

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l'introduction naturelle et logique à d'excellents mémoires comme celui de Shalcr ou de G.-K. Gilbert, et à toutes les études générales sur les formes littorales.

II

Depuis que l'ensemble de ces lignes a été rédigé, diverses publications ont paru ou achevé de paraître qu'il ne nous est pas possible de ne pas signaler, encore qu'elles doivent être — cela s'entend — l'objet propre d'études plus étendues et plus complètes.

Dans les magnifiques volumes édités sous les auspices, aux frais — et nous ajouterons, à l'honneur — de la Société de Géographie par MM. Masson et C'% Documents scientifiques de la mission saharienne, mission Foureau-Lamy, par F. Foureau ', quelques pages substantielles du tome I sont consacrées à Quelques considérations sur les dunes et les phénomènes éoliens (p. 213-237).

L'explorateur qui les a écrites a traversé, depuis 1890, quinze fois le grand Erg et cinq fois l'Erg du sud ou Erg d'Issaouan. C'est dire qu'il doit être, lorsqu'il parle des dunes, spécialement écouté.

Nous ne pouvons pas ici nous étendre sur les problèmes régionaux et locaux qu'il a abordés et qu'il a essayé de résoudre; nous sommes tout prêts à le croire lorsqu'il considère que c'est du sud que viennent les vents les plus actifs; et dès lors c'est du sud aussi que proviennent les apports du vent (p. 230). Mais nous voudrions surtout signaler toutes les importantes conclusions générales qui se dégagent des faits si nombreux, étudiés, photographiés et dessinés. j

Il est le premier, croyons-nous, à noter avec cette vigueur une observation que les études poursuivies sur les sables des eaux courantes rendent si logique1, si évidente, si éclatante : les formes des sables éoliens, c'est-à-dire les dunes, n'expriment pas l'action réelle et l'allure des vents les plus fréquents, mais l'action réelle et l'allure des vents qui sont prédominants comme vitesse et par conséquent comme force (p. 232).

Tout à fait d'accord sur ce point-ci avec M. Georges Rolland, dont il convient de relire les fortes affirmations {Géologie du Sahara algérien,p.225), M. Foureau écrit:

« Les dunes des grands massifs, et en général toutes les grandes dunes, ne sont pas mobiles » (p. 223). « Elles avancent du moins lentement sous le vent » (p. 224)2. Mais c'est une marche lente et faible, une sorte de marche sur place, avec des avan

1. Un vol. in-4" (en 3 fascicules) de iv-1210 p. et XXX planches, et 1 atlas de 10 cartes. Voir, comme jugement d'ensemble comportant une juste réserve : Henri Froidevaux, Les documents scientifiques de la mission saharienne Foureau-Lamy, in Questions diplomatiques et coloniales, 16 avril 1906, p. S36-54.Ï.

2. Pareillement les parties les plus railles des bancs de sable recouverts par l'eau courante, telles que les crêtes de ces bancs vers l'aval semblent se mouvoir sous l'action du courant; en réalité il y a déplacement incessant de quelques grains emportés et remplacement incessant de ces grains par d'autres, si bien que la forme du modelé reste dans l'ensemble identique à ellemême et comme stable, tout en donnant par moments l'illusion qu'elle avance on qu'elle recule. Un de mes élèves, M. Cesare Calciati, et moi, avons observé cela d'une manière très nette et indiscutable sur des bancs de sable de petits chenaux de 12 à 13 centimètres de largeur. Et cela nous a paru reproduire avec exactitude Vapparente marche des dunes sous l'effet du vent. Mon collègue, M. le Prof. R. de Girard, a fait également avec moi la même constatation.

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