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MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE

EUROPE

Chute de poussières dans les Alpes de la Savoie méridionale. — La Revue alpine, de Lyon, qui chaque mois fournit de si précieuses informations sur une foule de phénomènes de divers ordre dont les Alpes sont le théâtre, publiait dans son numéro du 1er mai dernier (p. 150) la note suivante, datée du 21 avril, sous la signature du guide Victor Mangard, de Val-d'Isère (haute Tarentaise):

« Val-d'Isère. Le vent du sud-est, qui règne depuis une quinzaine, nous a amené une douce température.

« Au moment de l'éruption du Vésuve un vent violent, qui nous arrivait d'Italie, nous a apporté des cendres du volcan.

« La neige a pris une teinte grisâtre; on a même ramassé des boulettes de cendre de la grosseur d'une fève, dont la matière est brillante. »

A notre demande, le guide Victor Mangard nous expédia un échantillon de la poussière qu'il avait recueillie, une fiole pleine, preuve de l'abondance de la chute.

M. J. Giraud, maître de conférences de minéralogie à l'Université de ClermontFerrand, qui a dirigé les observations des paroxysmes du mont Pelé après le départ de M. Lacroix, et qui auparavant avait pris une part très importante à l'exploration du volcan, a bien voulu faire l'analyse de la substance recueillie sur la neige par le guide Mangard.

Sur les résultats de cette analyse, M. J. Giraud nous a adressé la note suivante:

« La poussière gris bleuâtre, très fine, rappelle, à première vue, certaines cendres volcaniques, celles des éruptions de mai 1902 de la montagne Pelée, par exemple, mais l'existence de paillettes de mica blanc, discernables à la loupe, met en garde contre cette appréciation.

« La poudre ne renferme aucune parcelle attirable à l'aimant; elle est partiellement attaquée par les acides dilués.

« Au microscope elle apparaît formée par des grains dont la dimension moyenne est comprise entre 0 mm. 03 et 0 mm. 14; la plus grande partie de la masse est constituée par des grains de 0 mm. 03 à 0 mm. 07; beaucoup atteignent à peine 0 mm. 004; les plus gros ont des dimensions variant entre 0 mm. 23 et 0 mm. 28.

« Les grains appartiennent, en majeure partie, à la calcite, en petits rhomboèdres nets et mesurables; on observe aussi de nombreuses petites lamelles d'un mica blanc à axes très rapprochés qui paraît être la damourite. Le troisième élément, par ordre de fréquence, est un minéral vert en grains ou en fibres allongées qui est très probablement de l'actinote (allongement positif, extinctions entre 0° et 18°, légèrement pléochroïque : vert franc et vert jaune pale). 11 existe en outre de rares grains qui pourraient être du quartz et des feldspaths, et des baguettes fibreuses incolores qui semblent bien être du gypse. Mais l'extrême petitesse des éléments rend la détermination douteuse pour ces dernières espèces. Les éléments les plus gros appartiennent à la calcite et au mica blanc. Il existe, en outre, quelques grains brunâtres très petits, qui pourraient appartenir à une variété d'argile.

« Lors de la grande chute de poussières du 9 au 12 mars 1901 qui a couvert l'Europe méridionale et centrale, et qui était très certainement, elle, d'origine africaine, les mêmes espèces minérales ont été reconnues, et, en plus, partout le quartz en grande abondance '. MM. H. R. Mill et R. C. K. Lcmpfert'2, et le Dr Hermann * ont également étudié des poussières analogues apportées par des « pluies de sang » en 1903, auxquelles ils ont attribué une origine nord-africaine. Le savant pétrographe Flett, qui a étudié les échantillons recueillis en Angleterre, a insisté sur la difficulté qu'il y avait à identifier des minéraux en poussière aussi ténue : les minéraux les plus gros et les plus biréfringents peuvent seuls être reconnus, le doute subsiste pour les autres.

« Dans la poussière étudiée par nous, la calcite et le mica blanc (damourite) existent abondamment; la présence de l'actinote en assez grande quantité est à peu près certaine, celle du gypse est très probable, celle du quartz, des feldspaths, en très faible quantité, reste douteuse. 11 est assez difficile avec ces éléments d'assigner une origine bien déterminée à ces poussières. On peut affirmer que leur nature n'est nullement volcanique. La calcite, le mica blanc, l'actinote, se trouvent abondamment dans les cipolins et les terrains métamorphiques des Alpes occidentales; mais ces minéraux existent aussi dans les mêmes roches du nord de l'Afrique, en Algérie notamment. La plupart des éléments, sauf les rhomboèdres de calcite, ont leurs angles émoussés, ce qui fait supposer un long transport aérien. Ce fait, joint à l'existence probable du gypse si répandu dans le nord de l'Afrique, est de nature à faire supposer que les poussières recueillies ont été enlevées par un coup de vent qui s'est abattu sur le nord de l'Afrique. Mais aucun des minéraux reconnus n'est assez caractéristique pour permettre une conclusion ferme. L'étude dos mouvements atmosphériques, si la date de In chute était exactement connue, pourrait sans doute éclairer cette question ». J. Giraud.

A titre documentaire nous ajouterons que, d'après une enquête faite auprès des agents forestiers de la Tarentaise par M. F. Mou gin,' inspecteur des Forêts, chef de service du Reboisement dans la Savoie, dans aucune autre localité de la haute vallée de l'Isère, ces agents, qui sont de très bons observateurs, n'ont remarqué, au début d'avril, une coloration anormale de la couche de neige.

1. Consulter sur celle chiite la 1res complète monographie des professeurs G. Hellmann et et \V. Meinardus, ber grosse Slaubfall vom 9 bis li murs 1.901 in Nordafrika, Siid- and Mitteleuropa, in Abhandlungen des K. Preussischen Meteorolor/ischen Instituts. B. II, n° 1. Berlin, 1901.

2. The rirent dust full of February 1903 and ils origin, in Q. J. of the R. Meleor. Soc, vol. XXX, n" 129, jan. 1904, p. 57-88.

3. Annalen der Hydrographie, oct. nov. 1903.

Signalons que vers la même époque, dans la nuit du 22 au 23 mars et dans la journée du 23, une chute de poussière jaunâtre a été notée dans les Alpes orientales, sur les bords du Worthersec et à Raibl '. Cu. H.

Nouvelles études sur le Jura. — Le professeur Machacek vient de contribuer, par un important mémoire-, à l'étude des problèmes que soulève la géographie du Jura. Dans cette étude très substantielle quelques chapitres sont particulièrement à considérer : ce sont ceux consacrés à l'étude de la tectonique et à l'explication de la formation des réseaux hydrographiques à la surface du Jura.

M. Machacek (ch. ni, p. 57 et suiv.) refait, avec l'aide de la tectonique et de l'examen des conditions morphologiques, l'histoire obscure du Jura après le Miocène. Pour cela il passe successivement en revue la bordure ouest de la chaîne, les plateaux et la région des hautes chaînes de l'est.

Toute la bordure occidentale, en particulier le Vignoble, présente les traces incontestables d'une usure et d'un applatissement très marqués, avec des formes structurales complètement effacées, et des formes hydrographiques dépendant du degré de dureté des couches. On se trouve là en présence d'une pénéplaine, mais où l'aspect jeune des profondes vallées qui l'entaillent prouve une recrudescence des forces d'érosion.

Les plateaux (p. 60) présentent plus d'accord entre la structure et le relief, mais là encore le relief est uniquement déterminé par le degré de résistance des roches à l'érosion. Les couches sont de plus en plus récentes de l'ouest à l'est, et avec les couches plus jeunes l'altitude augmente. Ce n'est pas pour M. Machacek le témoignage d'un soulèvement plus considérable, mais l'indice d'une érosion de moins longue durée.

Les hautes chaînes de l'est, au contraire (p. 61), présentent un accord complet entre la tectonique ancienne et la topographie actuelle; l'usure y est peu poussée, les cluses peu profondes et les vallées peu entaillées témoignent de la jeunesse du réseau hydrographique.

Ces différences d'aspect, dues à des différences d'âge, sont surtout sensibles du nord-ouest au sud-est. Le Jura a été l'objet d'une puissante abrasion qui augmente vers le nord; au sud-est c'est un pays de topographie jeune, au centre de plateaux, et au nord-ouest une région très érodée, signe d'un travail de dénudation plus accentué.

Contre l'opinion de Brûckuer, qui expliquait le fait par deux plissements différents séparés par une ère d'érosion, M. Machacek n'admet qu'une seule période de plissement, mais très longue, très prolongée, très continue, qui aurait son point de départ à l'ouest, à la base même du massif hercynien, et qui lentement se serait propagée du nord-ouest au sud-est, depuis la tin du Miocène jusque très avant dans le Pliocène, peut-être jusqu'au début du Quaternaire, mais en même temps et en sens inverse s'exerçait le travail d'érosion et de pénéplanisation plus avancé à l'ouest exposé au travail des agents de destruction depuis une époque plus reculée.

1. Meteorologische Zeilschrift, l'.lOC, i avril, p. 170.

2. l'etermanns Mitleilungen. Erganzungshrf'l. n" 150. — D' Frilz Machacek, Uer ScUweizer Jura, Versuch einer geomorphologischen Monographie, 190.*>.

La Géographie. — T. XIV, 1906. 14

L'histoire du Jura ainsi déterminée permet à M. Machacek (ch. vi) de démêler quelques-uns des problèmes si complexes que soulève l'hydrographie de la région. Il étudie particulièrement les conditions d'établissement des vallées de la Birse, du Doubs et de l'Ain. Les rivières de la bordure orientale sont, pour la plupart, des cours d'eau conséquents, qui coulent normalement vers la dépression bordière parcourue par l'Aar, autrefois à un niveau très supérieur, mais surcreusée par les glaciers. Ce surcreusement ne serait pas moindre de 400 mètres. Toutes ces rivières ont un cours supérieur dans des vallées à fond plat, qui sont les anciennes vallées préglaciaires. Elles débouchent à 400 mètres au-dessus du niveau de la dépression actuelle, à laquelle elles ne se raccordent que par des gorges étroites.

La Birse, entre autres, présente un intérêt particulier : nulle part sa cluse, et c'est là un fait général dans l'hydrographie du Jura, ne correspond à un accident tectonique.

Le désaccord entre la direction actuelle des cours d'eau et les conditions du relief ne peut s'expliquer qu'en admettant que les rivières actuelles sont le résultat d'un réseau hydrographique antécédent, une survivance des anciennes rivières coulant à la surface nivelée de la pénéplaine.

Pour M. Machacek, le réseau hydrographique était d'abord dirigé du nord au sud, les anciens cours d'eau descendaient des Vosges-Forêt-Noire. Ce fut l'effondrement de la vallée du Rhin qui détermina un nouveau niveau de base et un appel vers le nord; les anciens cours d'eau, dont la Birse, dirigés vers le sud, furent captés par les tributaires de cette région effondrée; la ligne de partage entre le Rhône et le Rhin reportée plus au sud; certaines de ces captures seraient récentes et les conquêtes du Rhin se poursuivraient encore.

Le Doubs serait un organisme tout aussi complexe. A la tin du Miocène et pendant le Pliocène, deux fleuves indépendants descendaient des Vosges-ForêtNoire, l'un vers'l'Ain suivait à peu près le cours supérieur du Doubs, l'autre, plus puissant, descendait du Sundgau, et aurait déterminé les méandres actuels du Doubs, du Lomont à la Bresse.

Le dernier effort de plissement coupa en deux le premier des deux fleuves, une partie continua à descendre vers l'Ain, l'autre prit la direction du nord; entre les deux le plateau de Frasne-Vallorbes constitue une ligne de partage très mal marquée. Mais la rivière nord ne conserva pas longtemps cette direction. Elle dévia à l'ouest, captée par un torrent. Le coude de Sainte-Ursanne ne serait donc pas, comme le pensait M. Fournier, le résultat d'une capture par grotte, comme il s'en opère actuellement au profit de la Loue, mais le résultat d'une capture superficielle opérée par un cours d'eau conséquent à la pente normale de la pénéplaine. Mais la ligne de partage entre Sainte-Ursanne et le versant nord est peu élevée; de ce côté un affluent de l'Allain pousse très haut ses eaux de tête. Le Doubs a tendance à reprendre en sens inverse son ancien cours.

L'Ain, dont nous avons vu la parenté avec le Doubs, a, comme lui, un cours en grande partie indépendant de la tectonique; il présente le même manque d'harmonie avec la structure, les mêmes méandres surprenants à travers les roches, la même indifférence à asseoir sa vallée sur les couches tendres et sur les couches dures. Mais tout cela encore est le résultat d'un rajeunissement dû au relèvement de la fin du Pliocène; en résumé, le caractère spécial du Jura, le contraste entre les plateaux monotones et les vallées profondes est une conséquence des derniers mouvements de plissements.

On voit quelle importante contribution à la connaissance du Jura nous a apportée M. Machacek, mais il y a encore beaucoup à prendre dans cette très substantielle étude, par exemple, sur le rôle des phénomènes glaciaires dans le Jura, ou bien encore dans le chapitre vu, où M. Machacek a donné, d'après les principes de M. Cvijic, une classification des phénomènes karstiques de toute la région. Georges Legaret,

Agrégé d'histoire et de géographie.

La superficie du grand-duché de Bade. — La superficie du grand-duché de Bade était évaluée à 15081 kilomètres carrés, non compris la partie du lac de Constance appartenant à cet état. D'après les opérations récentes effectuées par l'administration du cadastre badois', cette valeur doit être réduite de 11,22 kilomètres carrés; la surface du grand-duché serait donc égale à 13 069,78 kilomètres carrés. La différence relevée est légère : 0,073 p. 100; toutefois, si la valeur donnée pour l'étendue de l'empire d'Allemagne est affectée de la même erreur que celle relevée pour le grand-duché de Bade, le nombre, exprimant cette surface est trop fort ou trop faible de 400 kilomètres carrés, comme le fait observer la Deutsche Rundschau fur Géographie und Statistik (Vienne, XXIX, 1, p. 37), à laquelle nous empruntons ces renseignements. Aussi bien, ajoute très judicieusement l'auteur de cette note, même pour les pays d'Europe, il serait prudent d'arrondir les nombres exprimant les superficies. Les chiffres des unités, des dizaines et même des centaines sont douteux. Chaules Rabot.

Le réseau télégraphique de l'Islande. — Le 29 septembre dernier a été ouverte la ligne télégraphique reliant Reykjavik à l'Europe continentale. Les communications sont établies par un câble partant de Lerwick (Shetland) et aboutissant à Seydisfjord (côte orientale de l'Islande), après avoir desservi Thorshavn, la capitale des Fœrder; Seydisfjord est ensuite relié à Reykjavik par un fil aérien. .

Cette dernière ligne passe par le nord de l'île en envoyant un embranchement vers le sud à l'Eskifjord. L'établissement d'un fil aérien le long de la côte méridionale de l'Islande ne pouvait être envisagée en raison des terribles débâcles qu'engendre le Vatnajokull, le grand glacier de cette région. A des intervalles relativement rapprochés cette vaste coupole de glace émet, comme on sait, de véritables déluges entraînant d'énormes blocs de pierres et des masses de glaçons qui inondent et bouleversent tout le pays; d'autre part, en raison de ces phénomènes calamiteux, cette partie de l'île est pour ainsi dire déserte.

I. On trouve le détail de ces opérations et des mesures effectuées dans le Stalislische Jahrbuc/i fur (las Grosstierzor/thum Bnden. 3o"" Jahrgang. Carlsruhe, 1905.

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