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Une monographie du Congo. — Aucune région de l'Afrique n'a été l'objet de publications aussi abondantes que le Congo. Depuis 1893, date de l'excellente bibliographie publiée sur cette région par M. A. Wauters, c'est par centaines et même par milliers que l'on compte les relations de voyages, les articles de revues ou de journaux, les notes scientifiques consacrées à ce grand bassin fluvial de l'Afrique occidentale; aussi dans cette copieuse bibliothèque combien ardue est devenue la recherche des faits! A-t-on besoin d'un renseignement précis, on est obligé de fouiller des monceaux de volumes et de revues, encore n'est on point certain de le trouver, perdu qu'il peut être dans quelque périodique difficilement accessible. Dans ces conditions, récolter les observations éparses dans les relations et les notes des voyageurs, et, guidé par un judicieux esprit critique, les condenser en une monographie du Congo solidement documentée, est aujourd'hui une œuvre qui s'impose. C'est celte tâche laborieuse que vient d'accomplir le D1' Svambera, privat-docent de géographie à l'Université tchèque de Prague.

Tchèque, M. Svambera a naturellement tenu à écrire son livre dans sa langue maternelle. Tout en rendant hommage au sentiment profondément respectable qui a guidé la décision de l'auteur, les géographes la regretteront; elle les prive, en effet, d'une synthèse, qui, à en juger d'après le résumé français joint au volume, serait extrêmement précieuse.

Le Congo' du D' Svambera comporte trois parties : la première historique, la seconde consacrée à la géographie générale du bassin; la troisième concerne principalement l'hydrologie du fleuve et de ses affluents. Quelque bref que soit le résumé français des deux dernières parties (S pages), il rendra, cependant, des services.

M. Svambera a minutieusement planimétré les lacs du bassin du Congo et mesuré la longueur de cette grande artère fluviale et de ses affluents sur les cartes les plus précises.

D'après ces opérations, la longueur du fleuve de ses sources du Chambôze jusqu'à Banana serait de 4 845 kilomètres, soit de S 000 kilomètres en chiffres ronds, valeur qui serait préférable en l'état de la cartographie, suivant l'opinion même de l'auteur.

Pour les grands lacs les résultats suivants ont été obtenus:

Uanguelo 6 000 kilomètres carrés.

Moero 4 750 —

Tanganyika. . 3 500 —

Kivou. 2 600 —

ïoumba 070 —

Léopold II i'MO

A la température des eaux un long chapitre a été consacré. Le Congo est, en raison de sa position en latitude, un des fleuves les plus chauds de la terre, bien qu'on n'y ait point observé de températures aussi élevées que sur d'autres cours d'eau des régions tropicales. Le maximum absolu relevé jusqu'ici a été 31°,4 en mars 1899; suivant toute vraisemblance, ce nombre est trop faible. Le mois où la température des eaux est la plus élevée sont février et mars, ceux où elle est relativement basse, juillet, août, septembre et octobre. L'amplitude entre le mois le plus chaud et le mois le plus froid serait seulement de4°,8; il est même probable qu'elle est inférieure à cette valeur.

1. Travaux géographiques tchèques (Institut géographique de l'université tchèque. I. Le Cont/o, accompagné d'un résumé en français, Prague, lUOl-1'JOâ. — Konrro napsal, D' V. Svambera, Praha. IUOI-1905, 1 vol. in-8° de 365 p., avec un index.

D'après les recherches de M. Svambera, la hauteur moyenne des précipitations au Congo serait de 1 500 millimètres et le fleuve verserait annuellement à l'océan 15 763 kilomètres cubes d'eau, soit 27,1 p. 100 de la tranche d'eau tombée à sa surface.

Ces renseignements montrent tout l'intérêt du bel ouvrage sorti de l'instituf géographique de l'université tchèque de Prague. Aussi souhaitons-nous qu'il soit traduit dans une langue aisément accessible; il pourrait alors servir non seulement aux géographes, mais encore aux explorateurs. Aux voyageurs il montrerait les études et les observations qui doivent attirer leur attention, afin de combler les lacunes dans nos connaissances et rectifier celles déjà acquises partiellement.

Charles Rabot. AMÉRIQUE

Exploration dans le Labrador '. — Pendant l'été 1905, M"" Léonidas Hubbardyim. a traversé le Labrador du sud-sud-ouest au nord, en remontant la Nascaupee, tributaire du Grand Lac qui débouche lui-même dans le lacMelville ou Groswater bay (Hamilton inlet ou baie des Esquimaux), puis en descendant la rivière George jusqu'à la baie Ungava (détroit d'Hudson). Ces cours d'eau, comme tous ceux de l'Amérique boréale, sont formés d'un étagement de lacs unis par des tronçons de rivières tantôt bondissant en cascades au passage des seuils, tantôt torrentueuses au fond de gorges profondes.

Le voyage a duré deux mois, du 27 juin au 27 août.

Pendant cette période le thermomètre s'est élevé à +23°; en revanche, dans la nuit du 10 août, il est descendu en-dessous de zéro et une mince pellicule de glace s'est formée à la surface de la partie nord du lac Michikamau. Le 3 de ce même mois, de gros glaçons de l'hiver précédent flottaient encore sur la nappe voisine du Michikamau.

La région traversée par MTM' Léonidas Hubbard jun. était jusqu'ici représentée d'une manière tout à fait inexacte. L'itinéraire à la boussole joint à sa relation modifie complètement le tracé des rivières Nauscapee et George porté sur les documents les plus récents qui, d'ailleurs, les représentent en partie en pointillé. La Nauscapee ne comprend pas moins de huit nappes d'eau, dont la plus grande, le Michikamau, mesure 9G kilomètres de long sur 56 au point le plus large, tandis que la rivière George n'en renferme que deux de petites dimensions dans sa partie supérieure. Les lacs Trail et Erlandson, indiqués dans cette vallée par les atlas n'existent pas; à la place du second la rivière s'épanche simplement sur une largeur de 1500 à 3000 mètres et cela sur une longueur de 80 kilomètres. L'itinéraire est appuyé sur trois positions astronomiques : Northwest River Post, au débouché du Grand-Lac dans le Melville; sortie de l'émissaire du Michikamau, et, embouchure de la rivière George. — Jusqu'à ce que cette région ait été l'objet de levers réguliers, la carte de M""' Léonidas Hubbard jun. devra être utilisée par les cartographes pour la représentation de cette partie du centre du Labrador.

l. Mrs Léonidas Hubbartl jun., Labrador, from Lake Melville lo Ungava bay. in Bull, of Ihr American Geoqraphical Society, New-York, XXXVIII, 9, sept. 1906. p. 329 (avec une carie au 1 S8i 000').

Cuahi.es Rabot.

Travaux du Service géologique du Canada en 1905 : explorations dans les territoires du Nord-Ouest et nouvelles observations sur le recul de la chute du Niagara1. — Pendant l'été 19CKJ le Service géologique du Canada (Geological Survey deparlmnit of Canada) a envoyé pas moins de trente-cinq expéditions. Ges missions, sans perdre de vue les recherches scientifiques, se préoccupent, avant tout, d'étudier la valeur économique des régions qu'elles parcourent, leurs possibilités agricoles et minières, leurs ressources forestières, leurs voies de communication naturelles. Aussi bien considérables sont les services rendus par le Geological Survey du Canada à la colonisation, et ses publications constituent l'enquête préliminaire à la mise en valeur des pays neufs du Dominion, enquête qui seule peut éviter de coûteuses erreurs.

Les trente-cinq expéditions organisées en 1905 ont eu pour objet, comme d'ailleurs celles des années précédentes, soit des prospections, soit l'établissement de cartes topographiques et géologiques de régions colonisées ou susceptibles de l'être, soit enfin de véritables explorations topographique et géologique de régions peu ou point connues du Canada septentrional.

Au point de vue géographique deux de ces dernières expéditions méritent une attention particulière, l'une dirigée par M. Charles Camsell sur la rivière Peel, l'autre par M. Owen O'Sallivan sur le côté sud-ouest de la baie d'Hudson.

Remontant la rivière Stewart et son affluent, la Beaver river (rivière de la Loutre), M. Camsell a atteint la Wind river, tributaire de la rivière Peel par un portage situé à l'ouest de celui du Bonnet à Plume, à une altitude de 900-1000 mètres, et, ensuite par le Nash creek. Descendant le Wind river, puis la rivière Peel, ce voyageur est parvenu à Fort Macpherson, au sommet du delta du Mackenzie, et, de là, par les rivières du Rat et Bell, est parvenu à la Porcupine.

La région traversée présente quatres aspects différents. C'est d'abord entre les bassins supérieurs de la Stewart et de la Wind une région montagneuse appartenant au système des montagnes Rocheuses (chaîne Ogilvie) s'étendant jusqu'à 63 kilomètres au nord du confluent du Nash Creek et de la Wind river. Dans les environs du portage suivi par M. Charles Camsell son altitude atteint 1100 mètres. Ensuite, c'est un pays de collines rondes, dépassant rarement 600 mètres, presque toutes formées par des anticlinaux; puis, du confluent de la Snake river à celui du Satahs, un plateau boisé dans lequel la Peel river s'est creusé une vallée profonde de 150 à 300 mètres. Enfin, au confluent du Satahs ce plateau se termine brusquement par un escarpement abrupt de 100 à 300 mètres sur une plaine côtière.

1. Summary Report of tlie Geological Survey Department of Canada for tlic calendar year t905, Ottawa, !'.I06.

La plus grande partie de cette région a été soumise à la glaciation. Dans le massif montagneux elle s'étendait jusqu'à l'altitude de 1330 mètres, — la limite supérieure de la végétation forestière marque à peu près exactement le niveau qu'elle a atteint — et, canalisée par les vallées, elle s'écoulait suivant les mêmes directions que suivent actuellement les eaux. Aujourd'hui ce relief ne renferme plus que quelques petits glaciers de cirque, tous logés sur le versant nord. La glaciation pléistocène a laissé, au fond des hautes vallées du massif, telles que le Braine et le Nash creek, un dépôt de blocs, de graviers et d'argile, puissant de 45 mètres, dans l'épaisseur duquel les torrents actuels se sont creusé leurs lits. Débordant hors des montagnes, la nappe de glaces a recouvert la région des collines et une partie du plateau, en se mouvant dans la direction du nord. Le relief situé à l'ouest du delta de Mackenzie porte également des traces indéniables du passage de la glace'.

L'expédition de .M. Owen O'Sullivan à la baie d'Hudson a eu pour résultat le lever de la portion de la côte sud-ouest comprise entre le port York (embouchure de la rivière Hayes) [o7"0'77" de Lat. N.] et l'embouchure de la Severn (55° 39' 75") [55° 58' 12", d'après A. Low].

Entre les embouchures de Ship river et de la Severn, cette région, comme la cote ouest de la baie James -, porte les traces évidentes d'un déplacement négatif. Parallèlement aux contours du rivage actuel on observe un étagement de trois et parfois de six lignes de petites plateformes d'érosion ou de levées de sable comprises entre le niveau de la haute mer et la limite de la forêt. La plus remarquable mesure une longueur de 4 800 mètres et une largeur de 200 m.; la plus haute se trouve à environ 9 mètres au-dessus du niveau actuel de la haute mer. Sur ces anciennes lignes de rivage on rencontre des subfossiles et des bois flottés; sur le second étage, distant de 100 m. de la laisse des plus fortes marées et à 4 m. 50 au-dessus du niveau actuel, M. 0. Sullivan a rencontré une épave à moitié enterrée dans le sable, et, à la même hauteur, près du cap Tatnam, un squelette de baleine. Enfin, toujours à la même cote de 4 m. 50, à 200 kilomètres à l'est du fort York, on a observé des dunes. Tous ces faits, ajoute M. O'Sullivan, indiquent un déplacement rapide des niveaux respectifs de la terre et de la mer sur cette côte. Il est bon de rappeler que l'arrivée de navires dans la baie d'Hudson date seulement-dès premières années du xvir siècle.

En 1905, le Dr J.-W. Spencer s'est livré à une très intéressante étude des conditions dans lesquelles s'opère le recul de la chute canadienne du Niagara.

Jusqu'ici on admettait que ce recul était dû au sapement, par les terribles remous de la chute, des grès tendres et des schistes qui forment le pied de la chute et qui supportent le calcaire dur du Niagara dans lequel est établi le seuil du déversoir (voir la fig. 33).

1. Le rapport du Geolor/ical Survey de l'JO.ï est accompagné d'une carte du « territoire » du Yukon, au 2 02" 520°, sur laquelle on peut suivre l'Itinéraire de M. Camsell, et, qui sert en même temps de carte d'assemblage pour les feuilles de ce territoire déjà publiées.

2. Summary Report of Ihe Geological Survey ofCmada for the calendar year 1901, Ottawa. 1902. p. Ii3.

D'après les nouvelles recherches de M. Spencer, ce phénomène de rétrogradation est dû à l'attaque directe du calcaire du Niagara par les eaux.

Avec le concours des diaclases qu'elles élargissent, les eaux déterminent le décollement de fragments du seuil qu'elles entraînent ensuite, et peuvent ainsi attaquer des couches de plus en plus protondes. La meilleure preuve de l'exactitude de cette observation est fournie par les éboulements qui se produisent au sommet de l'escarpement, et ces éboulements sont relativement fréquents. En quinze ans, de 1890 à 1905, le bord du seuil a perdu une surface de 202 ares environ. Par suite, l'aspect de la cascade varie, présentant la forme d'un fer à cheval tantôt régulier, tantôt entaillé au sommet de sa courbe d'une cannelure.

Le recul de la chute est loin d'être uniforme, à moins qu'on n'embrasse une longue période, ce qui a pour effet de masquer les irrégularités dans le travail de l'érosion. Ainsi, de 1890 à 1905, la rétrogadation a été deux fois moindre que de 1875 à 1890. Pendant ces quinze dernières années le recul moyen annuel a été de 0 m. 67 (2,2 pieds anglais), alors qu'il avait été de 1 m. 64 entre 1890 et 1875 et de 1 m. 37 de 1875 à 1842. De 1842 à 1905 le recul total de la chute a été de 86 m. 83.

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FIG. 33. — COUPE LONGITUDINALE DE LA GOBGE DU NIAGARA.

(D'après Spencer.)

1, terrain glaciaire; 2, calcaire du Niagara; IS, schistes; 5, grès de Clinton et do Médina;
n, h, r. surface du cours d'eau.

(Figure extraite de A. Lapparont, Truite île Géologie, r>" édition, Paris, Masson et C", éditeurs;.

Ce travail a été entièrement effectué jusqu'en 1886; depuis, le travail des eaux s'emploie à élargir le fer à cheval.

Au prix de très grandes difficultés, le Dr J.-W Spencer a exécuté des sondages en aval comme en amont de la chute. En aval, au milieu du « Chaudron », aussi près qu'il lui a été possible d'approcher de la cascade, il a trouvé une profondeur de 25 m. 59 (84 pieds anglais), tandis que, en amont, près de l'île de la Chèvre, le plus grand fond rencontré a été de 58 m. 5 (192 pieds).

En mai 1905 le débit du Niagara était de 756 mètres cubes-seconde (267 000 pieds cubiques) corespondant à une puissance de 4900 000 chevaux, tandis qu'à l'étiage, en février, il n'était que de 464 mètres cubes-seconde (164 000 pieds cubiques) susceptibles de produire 3021 000 chevaux.

Durant ces cinq dernières années (1900-1905) l'activité du Gcological Swvey du

^. A.-P. Low, Geographical work of the Geological Suive;/ of Canada, 1900-190'), in The Geo'jraphical Journ., XXXV111, 3, sept. 1900, p. 217.

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