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CHRONIQUE DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE

Les nouvelles lignes de chemin de fer de Trieste vers l'Europe centrale, par M. Gabriel Louis-Jaray. — La Société de Géographie qui accordait au printemps dernier, à M. G. LouisJaray, auditeur au Conseil d'État, une des bourses de voyage fondées par Mrac G. Hachette, a reçu de son missionnaire une étude faite sur place que nous sommes heureux de reproduire sous cette rubrique.

Vienne, août 1906.

« L'Autriche sort de son assoupissement économique. M. de Kœrber, pour faire diversion aux luttes nationales, proposa, en 1001, tout un programme de voies de communication. Son projet concernant les grandes voies ferrées dnvestitionsvorlage) a été adopté et de suite mis à exécution. Une partie des voies u été inaugurée le 21 juillet 1906 par l'archiduc héritier François Ferdinand; une seconde partie doit être terminée en septembre 1906; le reste ne le sera qu'en 1908.

« Ces nouvelles voies présentent une grande importance à plusieurs points de vue:

« 1" Elles doublent les communications entre le sud de l'Autriche, Vienne, la Bohème et le reste de l'empire, et les rendent quelque peu plus rapides.

« 2° Elles mettent en communication directe le sud de l'Autriche avec le pays des Alpes, et l'Allemagne du sud.

» 3" Par suite de cette situation nouvelle, elles augmentent l'importance commerciale du port de Trieste.

« Jusqu'à présent Vienne était en communication avec Trieste, le principal port de l'Autriche, par une seule voie ferrée, passant par Bruck, Graz, Marburg et Laibach. C'est la route du Semmering, construite en 1853, qui emprunte ce passage (un des plus bas des Alpes; il est à moins de 1 000 mètres) entre les massifs cristallins d'Eisenerz et ceux de Hongrie. Les contours de la ligne de chemin de fer entre Bruck et Trieste épousent avec fidélité les lianes des derniers massifs des Alpes (Alpes styriennes, chaîne des Karavanken et Alpes Juliennes), pour descendre ensuite en lacets du Karst sur l'Adriatique.

< De cette situation résultait que de Trieste dans les pays des Alpes et clans l'Allemagne du sud, les marchandises devaient faire le tour des Alpes par Vienne, faute de voie les traversant directement. D'autre part la ligne ancienne, par suite des nécessités géographiques, n'était pas très directe et sa forme en S allongeait jusqu'à presque 600 kilomètres la distance entre la capitale et le grand port autrichien.

« Les quatre nouvelles lignes sont celles dites des Tauern, des Karavanken, celle du Pyhrn et celle du Wochein. La ligne des Tauern, la plus difficile de toutes, doit percer de part en part la chaîne cristalline desHOhe Tauern; pour passer à la vallée de la Salzach, où est.la ligne de Vienne à Innsbruck, de celle de la Drave, où on rencontre la ligne du Pustertal, on utilise de Spital à Oberwellach la petite vallée de la Môll, puis de la Malnitz, jusqu'à Malnit/.; là le tunnel devra percer les sommets neigeux des Tauern pour retrouver à Bôekstein et à Gastein la vallée de Gastein, célèbre déjà par ses bains, qui conduit directement à la vallée de la Salzach. Cette voie ferrée sera entre celle du Semmering et celle du Brenner une des grandes routes des Alpes. Elle offre cette particularité intéressante de n'être en rien prédestinée par la nature, à la différence de la plupart des autres voies ferrées des Alpes, qui sont venues doubler une route naturelle. Cette ligne doit être terminée en 1908.

« La ligne du Wochein', déjà inaugurée, relie Trieste à la vallée de la Save: mais au lieu de tourner les Alpes Juliennes, comme la ligne qui conduit à Laibach, Craz, etc., elle les traverse en leur milieu en suivant le cours de l'Isonzo; c'est à Assling qu'elle rencontre la vallée de la Save, que parcourt déjà le chemin de fer de Laibach à Tarvis.

"La ligne des Karawanken traverse le massif calcaire des Karawanken pour joindre à Assling les deux villes de Villach et de Klagenfurt, c'est-à-dire qu'il met en communication directe à travers ce massif la vallée resserrée de la Save et de la Drave, qui s'épanouit autour de Klagenfurt en un bassin assez étendu. Ces lignes ont été terminées cet été.

« Enfin la ligne du Pyrhn, ainsi nommée d'une montagne qu'elle traverse, remonte la vallée de la Steir et franchit le massif qui la sépare de la haute vallée de l'Enns.

« L'ensemble de ces nouvelles lignes transforme complètement le système de communications ferrées dans l'Autriche occidentale. Jusqu'à présent il se composait principalement de deux lignes longitudinales : Innsbruck à Vienne et Franzensfeste à Marbourg (ligne de Pustertal, vallée de la Drave jusqu'à la croupe de Toblach) et de deux lignes transversales, celle du Brenner (Innsbruck à Trieste) et celle du Semmering avec ses deux branches l'une vers Trieste qui contourne les Alpes, l'autre vers l'Italie, par la passe de Tarvis. Le grave défaut de ce système était l'éloignemént considérable des deux lignes transversales.

« Les nouvelles voies y remédient pleinement : elles constituent une nouvelle ligne transversale à trois branches : la ligne du Wochein est le tronc commun; la première branche par Villach et la ligne des Tauern aboutit dans l'Autriche de l'ouest; la deuxième branche par Klagenfurt et Sanct Michaël coupe droit vers Linz et l'ouest de la Bohême; la troisième branche enfin double la ligne actuelle du Sâbdahn de Vienne à Trieste, dans sa plus grande partie en passant par Leoben et Bruck; la ligne actuelle est même doublée tout entière, en empruntant le détour Amstetten-Sanct Michaël.

« Quel va être l'effet économique de ces nouvelles voies ferrées? il résultera principalement du raccourcissement des distances; ce raccourcissement sera le suivant entre Trieste et les villes ci-après désignées, en supposant la ligne des Tauern Unie:

Raccourcissement des distances entre Trieste et les villes de -:

En Autriche.

Salzbourg 247 kilomètres

Eger 198 —

Worgl 136

Linz 142 —

Pilsen 120

Prague et Budweis 111 —

Klagenfurt toi —

Bodenbach 83 —

Reichenbcrg (il —

lions D'autriche.

Leipsig, Nuremberg 198 kilomètres

Chemnita (Saxe) 197 —

Marenhein 17"i —

.Munich, Karlsruhc 174 —

Passau 124 —

Dresde 83 —

Zurich 71 —

« Même, sans s'occuper de la ligne des Tauern, qui ne sera pas terminée avant 1908, le

1. Ainsi nommée du nom d'une des sources de la Saxe, la Wocheinersau.

2. D'après M.Jean Anton di Demetrio, président île la Chambre de commerce et de la direction de la Bourse de Trieste, Neue fraie Presse, 19 juillet 1906, Mort/enblatt, p. 8.

changement est notable. Il résulte du tableau suivant, où l'on a mis en regard les anciennes et les nouvelles distances entre ïrieste et d'autres villes de la monarchie, et la réduction des taxes de transport qui en résulte, d'après les nouveaux tarifs de YÔaterreichisch-adriatischer Eisenbahn verband:

Raccourcissement des distances et réduction des taxes de transport entre Trieste et les villes suivantes (ch. de fer des Tauern exclu).

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Nouvelles.

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Trient

Bo7.en-Gries

Innsbruck

= 11
= 12
= 11

« De ce tableau résulte clairement ce que l'examen de la carte jointe à cette étude indique aussi, à savoir que l'effetdes nouvelles lignes, abstraction faite de celle des Tauern, se fera sentir surtout en Carinthie (Klagenfurt), ensuite en Haute-Autriche (Linz); Salzbourg et le Tyrol, y auront aussi un certain avantage, mais de beaucoup inférieur à celui que produira la voie des Tauern. Vienne et ses enviions ressentirent moins ces heureux effets.

« C'est que la diminution des distances n'est pas le seul élément qui entre en jeu. Ainsi par exemple il semble que de Vienne à Trieste la distance soit restée la même : en réalité la voie du Siïdbahn Vienne-Graz-Trieste a 589 kilomètres; la nouvelle voie du Staatsbahn a 666 kilomètres par Amstetten et Sanct Michael, mais seulement 5jo kilomètres, si l'on emprunte jusqu'à Bruck la voie du Siïdbahn.

« Seulement cette compagnie privée et l'État ont dû s'entendre pour unifier les tarifs et les distances fictives.

« D'autre part il faut considérer l'abaissement antérieur des taxes de transport; ces laxes ont parfois été abaissées extrêmement pour pouvoir faire concurrence à d'autres voies de communication et une nouvelle diminution ne peut être alors que très minime.

« Ces considérations diverses vont nous permettre de classer les régions selon le profil qu'elles tireront des nouvelles voies.

« C'est entre Klagenfurth et Linz que se feront sentir le plus fortement les abaissements

1. Ces distances ne sont pas toujours les distances réelles, mais celles adoptées par l'Union poulie calcul des tarifs; VÔsterreichische-adriatisches Verband est une entente entre le Staatsbahn (chemins de fer de l'État) et le Siïdbahn (C" des chemins de fer du Sud de l'Autriche et de la Hongrie) pour le commerce entre la Haute et Basse-Autriche et les pays des Alpes d'une part, les ports de Trieste, Pola, Rovigno et Fiume d'autre part. Les nouveaux tarifs ont été publiés le 17 juin 1900, Seue freie Presse, 17 juin 190(1, Morgenblatt, p. 12.

de tarifs et l'attraction du commerce vers Trieste. Plus à l'est vers Villach, l'action sera un peu moins grande, car pour faire concurrence aux ports italiens Venise), la ligne du Sudbahn avait abaissé déjà ses tarifs. Mais dans l'ensemble la Carintbie, la Carniole. la Styrie et la Haute-Autriche ressentiront les heureux effets d'une nouvelle voie commerciale directe vers la mer. On espère que là de nouvelles industries locales pourront s* créer, qui profiteraient des chutes d'eau alpestre. On espère aussi que s'augmentera !•■ commerce d'exportation des bois, si nombreux en ces régions.

« Vienne et ses environs recueilleront quelques abaissements de tarifs : par exemple eu ce qui concerne les tarifs d'exportation pour le bois elles objets en bois, pour le ferel l'acier' par les envois de 10 tonnes de verres et de papier2. Si elle n'en profite pas davantage, c'est dû d'abord à ce que le nouveau chemin de fer de l'État ou fait un grand détour, ou doit s'entendre avec la compagnie privée du Sudbahn; c'est dû aussi à ce que les anciennes taxes étaient extraordinairement faibles : Trieste était il y a quelques années port franc absolu, c'est-;'i-dire placé tout entier en dehors des douanes, comme en pays étranger : au sortir de Trieste vers l'intérieur, on devait donc payer ces droits; pouf compenser cette charge, on avait diminué les taxes de transport. Depuis lors. Trieste est rentré dans le territoire douanier, mais les diminutions de tarifs ont été maintenues. Aussi limite-t-on les pouvelles diminutions. Mais Vienne retire d'autres avantages des nouvelles lignes : elles constituent une seconde voie de communication entre Vienne et Trieste et, indépendamment de tout raccourcissement de distance, cela seul a une grande importance : c'est qu'en effet la ligne du Siidbahn était manifestement insuffisante ; il y avait souvent encombrement de wagons : ainsi, à l'automne de l'.tOi, cette compagnie entrava le commerce de Trieste, par suite d'un fait de ce genre, et les expéditions n'arrivaient qu'avec des retards regrettables '.

« Une telle situation est due en partie à la nature du commerce que fait Trieste avec l'étranger; ce commerce n'est pas constant, mais variable selon l'époque : il dépend de l'affrétage en ce qui concerne les principaux articles, le café, le jute, le coton, le sucre. Le commerce est généralement très actif pendant les mois de septembre à mai et somnole en été; ainsi les expéditions de sucre se font toutes de septembre à avril. Ces circonstances sont assez défavorables à une exploitation à bas prix, d'autant que le moment où a lieu le plus grand commerce, avec ses corollaires, — encombrement des wagons dans les gares et absence de wagons libres pour les nouveaux envois, — est justement celui de la mauvaise saison.

« On aperçoit de suite l'importance des nouvelles lignes : créant une seconde voie. elles recueilleront, aux époques de presse, le surplus de l'autre ligne; moins d'encombrement engendrera un débarquement plus rapide, c'est-à-dire des wagons pouvant être remis ]dus vite à la disposition des expéditionnaires et ainsi la rapidité du trafic s'accroîtra considérablement.

« Ces résultats s'obtiendront d'autant mieux que c'est à deux administrations différentes qu'appartiennent les deux voies de communication; chacune doit avoir ses wagons spéciaux et, en cas d'embarras de l'une, l'autre peut y remédier. La rapidité et surtout la commodité du trafic entre Vienne et Trieste sera encore accrue par l'augmentation du nombre de gares où se pourront faire les expéditions aux mêmes conditions de prix: jusqu'à présent, on devait s'adresser à la seule gare du Sudbahn à Vienne ; aujourd'hui les mêmes prix existent entre les stations du Siidbahn ou du Staatsbahn à Trieste, d'une pari. et toutes les autres stations, soit du Siidbahn, soit du Staatsbahn (dans les mêmes conditions de distance naturellement); désormais le commerçant viennois pourra donc s'adresser soit au Siidbahnhof, soit au \\ cxtbahnhof (gare de l'État), soit même à toute autre gare

t. Pour cette catégorie la diminution n'a pas grand intérêt, car elle existait déjà pour le commerce d'exportation vers Gibraltar, Suez et le Levant.

2. La taxe par 100 kilogr. est abaissée de 173 à tfix heller.

3. Le fait est signalé par M. Ernest Bêcher, président du Lloyd autrichien, dans la fieue (rt" Presse, 18 juillet 19Uti, Morgenblatl, p. 14.

de Vienne, qui sont reliées avec celles-ci, ou par le Stadtbahn [métropolitain), ou par le Wiener Verbindimgsbakn (sorte de chemin de fer de ceinture).

« Les nouvelles lignes ont donc chance d'accroître le commerce entre Trieste et Vienne,

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F[G. 34. — LES NOUVELLES VOIES FERRÉES A TRAVERS LES ALPES ORIENTALES.

LEGENDE

Lignes principales

id. id. & 2 voies

id. nouvelles

id. id. en construction

id secondaires

id étrangères
Frontières d'Etat
Cours d'eau
ÉCHELLE

en le rendant plus intensif; la rapidité des communications peut permettre aussi une importation plus aisée de certains produits qui ne peuvent rester longtemps en route, comme les fruits du sud, de Dalmatie ou d'Afrique, les (leurs d'Italie, les primeurs, etc. En tout cas, Vienne profitera, sinon de suite d'une abréviation des termes réglementaires d'expédition, du moins d'un raccourcissement des temps de livraisons réelles; il y a en

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