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des doigts fût restée collée, sans lecture de graduations qu'eusse sans cesse ternies la buée de la respiration. On comprendra de quel précieux secours nous fut cet instrument quand on songera que la plupart des nuits étoilées pendant lesquelles se faisaient, en plein air, nos observations d'hivernage, comportaient des températures de — 20° à — 30°.

II. — Étude des marées.

L'étude du phénomène des marées dans l'Antarctique semble présenter une importance exceptionnelle en raison de la configuration du pôle austral.

Celui-ci paraît, en effet, constitué par une calotte continentale presque symétrique par rapport à l'axe de la terre, en tout cas entourée d'une mer entièrement libre de l'est à l'ouest, toutes conditions éminemment favorables à l'étude du lien encore mystérieux entre la théorie des marées et leurs manifestations constatées. Car, s'il est vrai que les causes du phénomène, qui résident dans les variations lunaires et solaires, sont connues et même suffisamment évaluables, on n'en reste pas moins dans l'impossibilité d'en calculer analytiquement les effets, même dans les cas hypothétiques les plus simples, a fortiori dans la réalité si complexe des mers aux profondeurs variées, barrées du nord au sud par des continents aux rivages multiformes.

Si donc on peut espérer arriver un jour à saisir quelque lien entre la théorie et la pratique, déduire quelque loi rendant compte des régimes si divers aux ditférents points du globe, quelle région peut offrir plus d'intérêt pour cette étude, que les côtes antarctiques, le long desquelles on peut suivre sans interruption un cycle complet des variations de régime, dans le sens même de la rotation terrestre?

L'expédition possédait un petit marégraphe enregistreur, formé par un manomètre relié par un tube métallique à un sac en caoutchouc, maintenu au fond de l'eau. Les variations de hauteur de la mer se traduisaient par des variations de pression sur le sac, qu'enregistrait le manomètre. Les indicacations de l'instrument étaient étalonnées et contrôlées au moyen d'une échelle de marée, fixée sur la berge.

Les observations, poursuivies à Port-Charcot pendant l'hivernage, portent sur la durée totale de notre séjour en ce point, de mars 1904 à janvier 1903, mais ont subi de fréquentes interruptions, soit à cause du froid qui paralysait le mouvement de l'enregistreur, soit à cause du mouvement des glaces qui coupaient le tube de transmission, soit aussi par suite de quelques défectuosités de fonctionnement de l'appareil. Telles quelles, elles ont cependant permis d'opérer l'analyse harmonique (méthode Darwin) d'un nombre suffisant de périodes pour que l'on ait obtenu avec une certitude 'satisfaisante les caractéristiques des huit ondes principales constitutives de la marée (M„ S,, K„ K„ O, P, N et Q).

On trouvera ce calcul détaillé au chapitre « Marées » des publications scientifiques. Notons-en seulement les résultats généraux : le régime des marées à Port-Charcot est un régime diurne, analogue à celui des côtes de l'Inde et de la Chine. Il est caractérisé par un mouvement en apparence irrégulier produisant dans une journée, tantôt une seule marée, tantôt deux marées généralement inégales. Cette apparence faisait dire aux Instructions Nautiques sur ces parages que « les marées sont très irrégulières;... les coups de vent élèvent quelquefois la mer beaucoup au-dessus de son niveau normal ».

En réalité, nous n'avons, au contraire, décelé aucune influence importante du vent, et avons trouvé les formules très strictement suivies par les marées de notre station d'hivernage.

Leur maximum d'amplitude, assez faible environ 2 m.), permet d'en tenir peu de compte pour la navigation, mais la régularité de leurs courbes les rend d'autant plus importantes pour l'étude générale du phénomène.

A ce point de vue encore, il est intéressant de noter qu'au cap Ilorn. situé au nord et à une dislance relativement faible, les marées suivent un régime nettement semi-diurne, avec de faibles inégalités diurnes, c'est-à-dire produisant deux marées par jour, sensiblement égales, comme sur les côtes de France.

III. — Chloruration et densité de l'eau et de la glace de mer.

La déterminalion de la densité de l'eau de mer, tant à sa surface qu'aux diverses profondeurs, est une des éludes les plus nécessaires aux océanographes. Soit que l'on considère les différences de densités des différentes mers comme la cause des courants, soit qu'on ne les veuille admettre que comme les effets de ceux-ci, il n'en est pas moins évident que la connaissance de ces densités aux divers points du globe est un élément indispensable à la science si imporlante des courants marins.

La mesure directe, à bord, du poids spécifique d'un échantillon d'eau de mer ne peut se faire qu'au moyen d'un aréomètre. Nous en possédions un. du modèle dit à volume constant, dont le plus ou moins d'immersion dans le liquide étudié permettait de calculer la densité de ce liquide. Mais il existe des méthodes plus précises pour faire, à la mer, d'une façon indirecte, cette détermination. La meilleure paraît consister dans le dosage des sels contenus dans l'eau de nier, et plus particulièrement des chlorures. La quantité de chlore contenue dans l'eau de mer est en effet liée à la densité de cette eau, par des formules empiriquement établies.

Le dosage du chlore a été fait par la méthode de Mohr, perfectionnée par M. Bouquet de la Grye. Elle consiste à chercher la quantité de nitrate d'argent nécessaire à transformer en chlorates tous les chlorures contenus dans un volume déterminé de l'échantillon. En colorant celui-ci avec du chromate neutre de potasse, et en y versant goutte à goutte le nitrate, tout excès de nitrate qui ne peut plus être absorbé par l'eau analysée produit une coloration caractéristique qui indique la quantité maximum de chlorate qui a pu être formée, et par suite le poids de chlore contenu dans l'eau.

Les deux méthodes, aréométrie et dosage chimique, ont été appliquées à 33 échantillons pris en différents points de nos traversées, à partir du cap Horn.

De plus, les mêmes procédés ont été employés à l'étude de 20 échantillons d'eau et de glace de mer, recueillis à Port-Charcot en diverses saisons, aux stades successifs de formation de la glace de mer. Ces résultats pourront être utilisés pour les études glaciologiques qui ont été faites, d'autre part, par notre expédition.

Le détail des procédés employés, des calculs et de leurs résultats, fera l'objet d'un chapitre spécial des publications scientifiques.

IV. — Intensité de la pesanteur.

L'intensité de la pesanteur en un point du globe étant liée d'une façon définie à la distance de ce point au centre de gravité de la terre, il semble possible de déterminer la forme exacte de notre planète par les dislances au centre de différents points de sa surface, en y mesurant directement la valeur de celte intensité. Mais les irrégularités de la sphère terrestre sont assez peu sensibles, par suite, les différences entre les intensités assez faibles et les mesures qui permettent de les évaluer d'autant plus délicates. Elles laissent une incertitude qui vient s'ajouter à des effets locaux dont les causes ne sont pas encore bien établies. Il en résulte que ce n'est que la forme générale de l'ellipsoïde, caractérisée par la valeur de son aplatissement, qui a pu jusqu'ici être déterminée par les mesures de gravité. Il n'en reste pas moins indispensable de multiplier autant que possible les observations de ce genre aux différents points du globe, car ce sera seulement au moyen d'un très grand nombre de résultats convenablement échelonnés sur toute la surface terrestre, que l'on pourra ultérieurement en déduire une plus exacte appréciation de sa forme et peut-être aussi de sa composition interne.

Nous nous sommes servis pour ces mesures d'un pendule invariable de M. Bouquet de la Grye, simplement composé d'une règle de cuivre de 1 m. 20 de longueur, portant à l'une de ses extrémités une lentille de même métal, à l'autre deux couteaux d'acier. Ceux-ci étant posés sur des plans d'agate fixés sur un support en fonte solidement scellé dans une paroi de rocher, on observe la durée d'un grand nombre d'oscillations du pendule.

On sait que cette durée, la longueur du pendule simple équivalent au pendule employé et l'intensité de la pesanteur, sont liées par une formule permettant de déduire l'un quelconque de ces éléments, de l'observation des deux autres. Des mesures faites dans les mêmes conditions, au départ et à l'arrivée, dans un lieu où l'intensité de la pesanteur est connue, Paris en l'espèce, ont donné la valeur du pendule simple équivalent. L'observation seule de la durée d'oscillation à Port-Charcot permet donc de calculer la valeur de la gravité en ce point.

L'instrument était disposé, à l'intérieur d'une caisse en bois, dans une hutte en neige dressée contre la paroi verticale d'un gros rocher. Sept observations portant chacune sur plus de 5 000 oscillations, permirent, toutes corrections effectuées, d'obtenir des valeurs très suffisamment concordantes pour la durée d'une oscillation.

Les calculs et leur résultat seront également publiés par les soins du ministère de la Marine.

Jean Charcot.

Jx. B. — Cet article résume les rapports qui m'ont été remis, comme chef de mission, par l'officier de marine, chargé, à bord, des travaux hydrographiques, à qui revient tout l'honneur de ces observations.

L'érosion glaciaire
et la formation des terrasses

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Le « surcreusement » des vallées alpines est généralement attribué, d'après M. Penck et son école, à l'action des grands glaciers alpins, à l'exclusion de toute action purement torrentielle ou fluviatile. Il ne semble pas inutile de revenir une fois encore sur cette question dont la portée ne parait pas avoir été toujours appréciée dans toute son étendue et dans toute sa complexité.

En 1902, et à propos des vallées de la Durance et de la Clarée-, j'exprimais à ce sujet des réserves expresses dans les termes suivants:

« Admettant pleinement avec notre excellent ami, le professeur Penck, l'existence de plusieurs glaciations séparées par des périodes de retrait interglaciaires et décomposables elles-mêmes en oscillations (stades) de moindre amplitude, nous considérons, comme lui, le surcreusement des vallées prinripales comme un fait d'expérience indiscutable, mais tandis que notre éminent collègue attribue ce surcreusement à la seule action de la glace des anciens glaciers, nous nous demandons, malgré les arguments très sérieux

1. Cette étude de M. le professeur W. Kilian a fait l'objet d'une longue communication verbale nu dernier congrès de l'Association française pour l'avancement des Sciences (Congrès de Lyon, 2-' août 1906). Grâce à l'heureuse initiative des présidents des deux sections de géologie et de géographie (MM. Depéretet Jean lirunhes), les deux sections ont décidé de faire d'un bout à l'autre séances communes; et, c'est à une de ces séances, présidée par M. Jean Urunhes. le vendredi i août, qu'a eu lieu une très solide et sérieuse discussion sur le problème de l'érosion glaciaire, discussion qu'a précisément amorcée et inaugurée la présente communication de. M. Kilian. — Notons encore que les deux sections du Congrès de VA. F. A. S. ont fait, le samedi i août, sous la direction de M. le professeur IJepéret, une 1res intéressante excursion au Mont-d'Or. L'excursion s'est terminée dans l'hospitalière propriété de .M. René Tavernier, ingénieur en chef des l'onts et Chaussées. Là, à Volange, s'est encore tenue une séance, dans laquelle M. l'ingénieur de la Brosse a fait une communication et fait voter un vœu sur l'opportunité des études de topographie glaciaire dans les Alpes françaises. Nous aurons l'occasion de revenir sur les résultats de cette séance de Volange. (Sole de la Rédaction.)

2. Sotes pour servir à la Géomorphologie des Alpes dauphinoises, in La Géographie, t. VI, 1, 15 juillet 1902, p. 17 et suiv. Notre ami, M. le professeur Penck, nous ayant fait l'honneur de discuter notre manière de voir et d'en réfuter partiellement l'application à la Durance-Clarée, nous croyons utile de préciser et de compléter ici notre interprétation, en tenant compte de quelques-unes de ses objections.

La Géographie. — T. XIV, 1906. 1"

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