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maxima qu'aient atteinte les érosions torrentielles, c'est-à-dire les phénomènes de recul et d'érosion interglaciaires successives en aval des stationnements du glacier. Il arrive souvent que dans une même vallée il existe plusieurs ruptures de pente et plusieurs de ces paliers correspondant à des creusements interglaciaires ou interstadiaires successifs et à des stationnements d'âges très différents. Dans beaucoup de cas, des érosions et des paliers d'origine plus récente ont entamé les dispositions topographiques anciennes en interférant pour ainsi dire avec elles; il y a alors superposition et emboîtement des deux modelés d'âges différents (Ex. : région entre Bissortc et le glacier du Thabor, près de Modane).

On voit aussi, entre autres par l'exemple de la haute Durance qu'à une époque relativement récente, la disparition du revêtement glacé des hautes vallées affluentes a mis à nu leur topographie ancienne (plateau du mont <lenèvre) qui s'est trouvée alors en désaccord avec la partie basse de formation récente, entamée par l'érosion fluviatile et façonnée par une glaciation plus récente (gorge en amont de la Fontaine Napoléon). La disparition des névés et des glaciers a, d'autre part, diminué dans de grandes proportions et parfois supprimé presque totalement le débit des cours d'eau secondaires, arrêtant ainsi ou ralentissant notablement le cycle d'érosion dans les vallons affluents qu'elle a souvent empêchés d'arriver à une maturité aussi avancée que la vallée principale, laissant ainsi subsister dans ces vallons deux tronçons de pente et de forme très différentes séparées par une rupture de pente. La même rupture de pente peut se présenter, du reste, pour la vallée principale, dans la portion voisine de la source (amont de Névachc pour la Clarée, voisinage du col du Longet pour l'Ubaye, etc.).

Le creusement fluviatile continue du reste, dans certaines vallées, à s'effectuer presque sous nos yeux, mais il lui manque pour présenter les caractères de ce qu'on appelle le « surcreusement », lorsqu'il est postérieur à la dernière récurrence glaciaire, l'existence des gradins de confluence et le modelé spécial que le glacier seul peut donner et qui a conduit toute une école- à écarter d'une façon trop absolue toute origine fluviatile ou torrentielle. C'est ainsi que dans beaucoup d'exemples d'épigénie, habituellement liés aux paliers qui ont déterminé les stationnements glaciaires, le déplacement du cours d'eau s'est fait vraisemblablement d'une façon progressive et à une époque où le niveau du fond de la vallée était encore celui qu'indique le seuil glaciaire voisin qui représente l'ancien talweg aujourd'hui délaissé; l'Ubaye, au Castellet par exemple, a été insensiblement poussée vers la gauche par les apports d'un affluent torrentiel et elle s'est enfin trouvée rejetée au pied même des pentes qui forment le flanc est de la vallée. C'est depuis lors seulement que la rivière a approfondi son lit et a creusé, dans les calcaires qu'elle ne pouvait plus éviter, la gorge étroite et profonde qui fait aujourd'hui l'admiration des touristes et dont le fond est actuellement bien en contre-bas du passage ancien, poli et façonné par la glace. L'emplacement de cet ancien talweg glaciaire est actuellement parcouru par la route de Maurin1, et encore bien visible à droite du canon du Castellet; il est occupé par des moraines de la plus récente glaciation. Il en est à peu près de même pour la gorge d'Asfeld à Briançon, pour celle de Saint-Marcel en Tarentaise, etc.

Sur le versant suisse du Jura, une série de rivières se sont creusé, depuis le retrait des grands glaciers, des gorges étroites et profondes (gorges de l'Areuse, vallon de Serrières, près de Neuchàtel, gorges de l'Orbe, etc.). Bien qu'il s'agisse dans ce cas de l'intervention de l'érosion souterraine agissant sur des masses calcaires jurassiques (Orbe), il parait évident que cette érosion n'a pas pu s'effectuer sans un abaissement notable du niveau de base qui est ici le lac de Neuchàtel; ce déplacement relatif ayant pu d'ailleurs ôtre déterminé soit par un exhaussement épéiorogénique de la chaîne jurassique, soit par un abaissement du niveau du lac, soit simultanément par les deux causes réunies.

On a vu par l'explication que nous proposons que les caractères essentiels des vallées surcreusées, c'est-à-dire les gradins de confluence des affluents, le modelé glaciaire de la vallée principale et sa section en U, la présence de paliers, pouvaient aisément s'expliquer en combinant l'action érosive, régressive des eaux torrentielles fluvio-glaciaires, avec l'influence protectrice et le travail de façonnement purement superficiel des récurrences glaciaires. Le rôle des glaciers comme « surcreuseurs » 2 se trouve ainsi considérablement diminué.

La limite supérieure des vallées surcreusées indiquerait donc la limite supérieure3 atteinte par les érosions préglaciaires, interglaciaires ou interstadiaires successives. Nous ajouterons que le profil en long si irrégulier de la plupart des vallées des Alpes doit cette irrégularité à ces mêmes phénomènes (érosion régressive, invasions glaciaires) et s'exerçant sur un substratum géologique très hétérogène.

1. Voir Loc. cit. in La Géographie, VI, 1, 13 juillet 1902, p. 17.

2. M. Ch. Jacob a dernièrement encore (Rapport préliminaire sur les travaux glaciaires en Dauphiné pendant l'été' I90H, in La Géographie, XIII, ô, l'A juin l'JOli, p. 43'J), donné d'intéressants détails sur le rôle conservateur et nullement excavant des glaciers dans le massif des Grandes-Housses (Oisans). ,

En ce qui concerne, enfin, les Kare ou cirques, considérés également comme témoins de l'action excavante des glaciers (MM. de Martonne, Ed. Richter. P. Lory, P. Wagner, etc.); ils ne représentent, à notre avis, que d'anciens bassins de réception torrentiels préglaciaires, ayant ultérieurement été transformés et façonnés en bassins de réception glaciaires, mais que l'érosion régressive et le surcreusement de la vallée principale, a pour ainsi dire ■ décapités • en les privant de leur chenal d'écoulement et en les laissant isolés et comme suspendus au haut de pentes et d'escarpements d'origine récente.

3. Un exemple de surcreusement s'observe près de Modane, en Maurienne, dans la vallée de l'Arc, au confluent de la Bissortette. La vallée principale montre très nettement deux stades de surcreusemenl; la vallée latérale présente un gradin de confluence de plus de 1 90U mètres que la Itissortelte franchit en cascades et en amont duquel (à 2 UoO m. d'altitude) la <• plaine de Hissorte -, ancienne cuvette glaciaire, offre une topographie glaciaire intacte, que l'érosion régressive menace d'entamer à son extrémité aval. En amont de la plaine de liissorte, quelques petits paliers et des barres rocheuses façonnées par les actions glaciaires, sont dus sans doute à des érosions antérieures et représentent les restes d'une topographie interglaciaire très ancienne, datant d'une époque antérieure à l'approfondissement de la vallée de .l'Arc et aux glaciations qui l'ont occupée ainsi que la plaine de liissorte.

La grande différence de formes et d'aspects qui distingue les vallées alpines des vallées extra-alpines est due à l'action alternative de l'érosion fluviatile ou torrentielle et des invasions glaciaires; c'est à ces dernières notamment qu'est attribuable le cortège de formes topographiques spéciales dites « glaciaires » dans les hautes vallées et l'existence dans les portions basses (aval) de terrasses fluvio-glaciaires multiples, se rapprochant et se confondant vers l'aval. Cette alternance a occasionné dans le processus de l'érosion régressive

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FIG. 44. — IIAlUtK TRANSVERSAL! DE VILLETTF. F.N TARENTAJSK; à GAICHE,

GORGE F.PIGÉMQCE DE L'ISERE POST-GLACIAIRE.

(Reproduction d'une photographie de M. le professeur \V. Kilian.)

fluviatile une discontinuité très marquée et, dans les parties aval une succession de maxima et de minima tout à fait caractéristique. Cette discontinuité n'existe pas au même degré pour les vallées extérieures au domaine des anciens glaciers dans lesquels les variations du niveau de base ont seules exercé leur influence.

Ainsi, tout en reconnaissant que les glaciers ont, dans certaines conditions, déterminé une action érosive notable en rapport surtout avec la délitabilité de leur substratum (contre-pente en amont d'obstacles ou de paliers, ou de barres rocheuses dures, petites cuvettes lacustres, etc.), il ne paraît pas possible de leur attribuer, dans toute son étendue, le surcreusement des vallées alpines, et on se trouve amené à admettre dans ce phénomène comme facteur principal l'intervention non seulement des eaux sous-glaciaires, mais aussi relie d'érosions véritablement torrentielles (fluviatiles) auxquelles le façonnement glaciaire n'aurait fait que se superposer et dont l'activité érosive aurait été déterminée par les oscillations de leur niveau de base.

En résumé, les principales phases dont la résultante est représentée par l'aspect actuel de la plupart de nos vallées alpines, paraissent avoir été les suivantes:

1° Erosion préglaciaire; premiers ruissellements, ayant entamé le bourrelet montagneux et y ayant établi un réseau hydrographique initial dont les bassins de réceptions devaient plus tard recevoir les premiers névés glaciaires.

2° Extension des placiers anciens; polissage et façonnement des cirques cl vallées préexistantes; établissement d'une « topographie glaciaire » dans les régions amont; formation de moraines anciennes et en aval, de dépôts fluvioglaciaires.

3° Alternances plusieurs fois répétées, dans les parties aval, de ces phénomènes avec des érosions torrentielles interglaciaires régressives; phénomènes de capture, épigénées, etc.

4" Retrait des glaciers précédents, suivi d'un rapide surcreusement fluviatile, formation de gradins de confluence par suite de la prépondérance du cours d'eau principal.

5° Retour des glaciers occupant les vallées surcreusées, les façonnant (section en auge), et y déposant des moraines et, dans les parties aval, des formations fluvio-glaciaires. Conservation des gradins de confluence, la vallée principale étant comblée par le glacier.

G" Retrait définitif des glaciers vers les parties amont; les torrents affluents de la vallée principale creusent petit à petit par érosion régressive dans les gradins de confluence d'étroites gorges latérales, au débouché desquelles s'édifient des cônes de déjections anciens.

7" Période récente; continuation de l'érosion lluviatile régressive, tendant à atténuer la rupture de pente des vallées affluentes; les cônes de déjections anciens sont entamés par des sillons qu'y creusent les cours d'eau devenus moins importants par suite de la diminution ou de la disparition de leurs glaciers nourriciers.

L'intervention de mouvements épéiorogéniques expliquera peut-être certaines dispositions telles que la présence de la chaîne du Vuache, en aval du lac de Genève, celle du seuil mollassique de Rovon en aval de Grenoble qui. jusqu'à présent, ont constitué des arguments très importants el jusqu'à nouvel ordre, difficiles à réfuter, en faveur de la théorie de l'affouiRement glaciaire.

Je me contenterai, pour le moment, d'avoir attiré l'attention sur la possibilité et la quasi-nécassité de tenir compte, dans l'explication du modelé géo

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graphique alpin ', de l'érosion régressive dont l'action a nécessairement débuté avant celle des glaciers, puis alterné plusieurs fois avec les phénomènes purement glaciaires, et de son extrême importance, et d'avoir indiqué le rôle que ce phénomène, périodiquement renforcé par les oscillations du niveau des mers, parait avoir joué dans le « surcreusement » des vallées et dans la formation des systèmes fluvio-glaciaires si admirablement décrits par M. Penck et son école. Le modelé alpin actuel est constitué par les restes d'une série de topographies successives, les unes purement glaciaires, les autres d'origine torrentielle et fluviatile qui sont actuellement combinées par suite de l'interférence des deux sortes de phénomènes à diverses époques et dont il est parfois malaisé de faire exactement la part dans l'extrême complexité des formes que nous avons sous les veux.

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On a émis l'opinion que les divers stades d'approfondissement et de remblaiement des vallées, et les terrasses qui sont les témoins de ces stades, sont attribuables à des changements du niveau de base résultant des variations générales (eustatiques) du niveau des mers. Une école opposée explique ces stades, dans les vallées alpines, par des variations de la glaciation, en rapport avec les vicissitudes les plus importantes des glaciers, c'est-à-dire par des phénomènes d'amont, au lieu d'invoquer une cause agissant en aval.

Il serait désirable qu'on apportât des observations précises, qui permissent de discerner la part qu'ont eue, dans l'histoire des vallées alpines, ces deux ordres de phénomènes et de déterminer en particulier si les phases de creusement qui ont produit « l'emhoîtement » des différents systèmes fluvio-glaciaires sont une conséquence directe du retrait des glaciers, ou si, malgré leur coïncidence apparente avec les phases interglaciaires alpines, elles sont déterminées par un changement du niveau des mers. Il serait également du plus grand intérêt de rechercher dans quelle mesure se maintient ou se modifie, dans les grandes vallées des Alpes et dans la portion extra-alpine des mêmes vallées, la différence de niveau (signalée par diverses observations dans les basses vallées) qui sépare entre elles les diverses terrasses, s'il n'y a pas, d'autre part, fusion, vers l'aval, de terrasses fluvio-glaciaires emboîtées vers l'amont, et, de l'autre, fusion vers l'amont de terrasses fluviatiles distinctes dans les basses vallées; si dans le profil en long de ces vallées, il n'y a pas à distinguer des paliers occasionnant des tronçons distincts dans chacun desquels le phénomène des terrasses (remblaiement) pourrait avoir des causes différentes,

1. D'après une communication de M. Charles Rabot, l'étude des vallées pyrénéennes, de la vallée d'Argelès notamment, conduit à des conclusions analogues.

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