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ou si des terrasses des différentes sections se correspondent entre elles et sont attribuables à une cause unique.

Quelques réflexions nous paraissent s'imposer à cet égard:

Il semble qu'on ait trop souvent perdu de vue que l'existence des « terrasses » de nos vallées a pour origine deux ordres de phénomènes distincts et que rien n'empêche de concevoir indépendants l'un de l'autre quant à leur cause, à savoir:

1° Des creusements ou approfondissements successifs du talweg.

2° Un remblaiement de ce talweg par des matériaux fluviatiles ou fluvioglaciaires.

Dans une même vallée fluviale, quelle que soit la cause qui produise ses approfondissements successifs, il peut en outre y avoir théoriquement deux sortes de terrasses:

{" Des terrasses de la partie aval, dues à un remblaiement provoqué par l'état stationnaire ou la surélévation progressive du niveau de base '. Ces terrasses sont celles auxquelles M. de Lamothe a spécialement consacré son attention (vallées de Isser, du Rhône, du Rhin, et qui ont été décrites, dans le bassin du Danube, par MM. Schaffer, Sevastos, etc. Elles ont une tendance à se raccorder vers l'amont.

2" Des terrasses de la partie amont dues au remblaiement glaciaire (terrasses fluvio-glaciaires); ces dernières n'existent pas dans les vallées non alpines (Isser par exemple); elles peuvent avoir, en raison des oscillations du front glaciaire qui les alimente, des pentes plus ou moins fortes et se raccorder entre elles vers l'aval.

L'existence à l'époque pléistocène, d'une série de glaciations séparées par des phases interglaciaires a été mise en évidence par les travaux mémorables de MM. Penck, du Pasquier et Briickner; les détails des formations fluvioglaciaires qu'ont laissés ces épisodes dans les régions alpine, subalpine et préalpine ont été étudiés dans une œuvre vaste et monumentale (Die Alpen im Kiszeitalter) par laquelle MM. Penck et Briickner ont largement mérité la reconnaissance de tous ceux qu'intéresse l'histoire de la période pléistocène et la genèse des formes topographiques alpines. On peut néanmoins se demander si, dans cette admirable synthèse, le rôle des déplacements du niveau de base et des creusements purement fluviatiles n'a pas été trop complètement négligé. L'emboîtement des systèmes fluvio-glaciaires en contre-bas les uns des autres ne prouve pas, à notre avis, nécessairement que le creusement des vallées a pour cause unique la régression des glaciers; cette conception trop absolue peut conduire à des résultats erronés qu'il importe d'éviter. Si l'on admet, en effet, que, concurremment avec le jeu des glaciations successives et sans liaison nécessaire avec elles, une cause agissant de l'aval vers l'amont, telle, par exemple, que les oscillations du niveau de base, récemment mis en évidence d'une façon si remarquable par les travaux de M. de Lamothe, déterminait une série d'approfondissements successifs des vallées, on conçoit que la disposition des dépôts réalisée par cette double série de phénomènes soit exactement celle que nous observons et que M. Penck a si magistralement décrite aux abords de la chaîne alpine.

1. Un exemple suggestif est fourni par la région du Royans (Isère) située en dehors du domaine de la grande extension glaciaire et dans laquelle (Saint-Jean-en-Royans, Sainte-Eulalie, etc.) on observe une série (3) de terrasses étagées qui n'ont pu èlre produites que par l'érosion régressive agissant par paroxysmes séparés par des phases de remblaiement. Dans la vallée du Doux, dans le Vivarais, il existe également, bien qu'aucune trace d'anciens glaciers n'y ait été signalép, des lambeaux de terrasses analogues; il en est de même pour d'autres vallées affluentes de la rive droite du Rhône, notamment aux environs du Teil, de Villeneuve-de-Berg et d'Aubenas.

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En effet, l'érosion régressive périodique agissant dans une région parcourue par les oscillations d'un front glaciaire, produit nécessairement, et lors môme

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FIG. 45. ■— SCHÉMA MONTRANT LA DISPOSITION PRODUITE PAR L'iNTEHFÉRF.NCE DES RÉCURRENCES GLACIAIRES ET DE L'ÉROSION RÉGRESSIVE CAUSÉE PAR LES DÉPLACEMENTS DU NIVEAU DE BASE (B, B1).

AU. Ancien talweg; A/7', Talweg après lo creusement provoqué par rabaissement du niveau do base; 2*\ Terrasses fluvio-glaciaires anciennes (hautes terrasses); Gl\ Moraines anciennes; T', Terrasses fluvio-glaciaires postérieures au creusement (basses terrasses); G/1, Moraines récentes (postérieures au creusement).

que les phases de creusement ne coïncident pas avec les maxima de recul ou d'avancée des glaciers, un emboîtement des moraines et des terrasses qui en dérivent, dans les talwegs successifs créés par cette érosion. Les moraines frontales les plus récentes occuperont le fond des talwegs les plus profonds, et les plus anciennes seront localisées en contre-haut de ces dernières; néanmoins, dans les parties amont, rien ne s'opposera à ce que des moraines récentes soient venues se superposer indifféremment à des systèmes fluvioglaciaires de divers âges' (voir la fig. 45).

Au cours des glaciations successives les glaciers ont pu envahir périodiquement les grandes vallées d'érosion, y déposer des moraines et, en avant de leur région frontale, édifier un « cône de transition » passant, vers l'aval, à des terrasses de matériaux roulés. Il est important de faire remarquer que dans le cas d'un approfondissement périodique des vallées progressant de l'aval vers l'amont, la nécessité pour les cônes de transitions glaciaires de se raccorder (voir la fig. 43) avec les alluvions des nouveaux talwegs ' est suffisante pour donner lieu à une série de terrasses étagées2 s'abaissant doucement vers l'aval (comme il s'en présente par exemple dans la vallée de l'Isère entre Grenoble et Romans), mais distinctes des terrasses de remblaiement du bassin inférieur du fleuve, ces dernières étant en rapport direct avec les oscillations du niveau de base et se raccordant entre elles vers l'amont.

1. C'est bien ce qu'on observe souvent dans les pays préalpins, par exemple dans le lias-I)auphiné où l'on voit fréquemment des formations morainiques superposées à des cailloutis de terrasses plus anciennes et correspondant à une glaciation antérieure, sans qu'il y ait passage des uns aux autres; c'est ainsi, par exemple, que les alluvions (a") Iiisniennes des environs de Lyon supportent fréquemment des dépôts glaciaires de la glaciation Wiirmienne (Champier, Saint-Jeande-Bournay, etc.). Il en est de même pour des terrasses et des moraines plus récentes entre Rives et Moirans.

Le creusement n'est pas forcément dû à la même cause que le remblaiement, le premier peut, dans beaucoup de cas, être motivé par une oscillation de la mer, alors que le second est produit par les apports glaciaires et fluvio-glaciaires. 11 importe d'ajouter encore que, si le creusement paraît imputable surtout aux oscillations du niveau de base, ainsi que cela a été constaté d'une façon précise par le général de Lamothe; il peut, dans certains cas, être causé par le déplacement rapide3 du point d'origine du cours d'eau, c'est-à-dire du front du glacier.

Ce que nous venons de dire a pour but de montrer combien est artificielle et provisoire toute théorie qui ne fait pas la part exacte de chacun de ces facteurs dans l'explication des phénomènes qui ont réglé la disposition des terrasses et des dépôts morainiques dans les grandes vallées descendant des Alpes vers les plaines maritimes.

W. IÛL1AN,

Professeur de géologie à l'université de Grenoble.

1. Il est extrêmement frappant, par exemple, de voir aux environs de Bourg-Sainl-Maurice (Savoie) une série de ■■ banquettes morainiques » situées à diverses hauteurs (Vulmis-lion-Conseil. la Thuille, les Chapelles), s'abaisser rapidement vjrs l'aval pour se raccorder tour à tour avec les alluvions anciennes d'une Isère interglaciaire qui a laissé ses dépôts près de Villette et du Ciex a 3) ou 40 mètres au-dessus du talweg actuel.

1. Iheilfelder (l'enck).

3. Ce processus se réalise, du reste, actuellement avec une remarquable activité entre la Homanche, près de la Grave, et les chalets de Clialvaclière, au pied du glacier de la Meige. ou l'ancien talweg du glacier est entamé à quelques centaines de mètres en avant du front actuel do la glace, par la gorge que se creuse dans le granité le ruisseau issu de a glacier, et dont la source le suit dans sa rapide retraite.

MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE

EUROPE

Effets d un tremblement de terre dans la chaîne du Mont-Blanc. — Si on a do nombreuses observations sur les effets des tremblements de terre dans les régions basses ou de moyenne altitude, on n'en possède guère sur les actions que ces phénomènes exercent dans les hautes régions. Aussi bien, le récit publié dans La Montagne' par M. Jean Lecarme, collaborateur de MM. Henri et Joseph Vallot, sur la secousse sismique qu'il a ressentie, le 13 août 190u, à l'altitude de 3 .'$21 mètres sur des aiguilles au nord du col du Tour (vallée de Chamonix), nous semble t-il du plus liant intérêt.

A 10 h. lo du matin, M. Lecarme avait mis en état son pboto-taehéomètre sur le point culminant de l'aiguille formé « de deux lames de granité-très étroites », lorsque un quart d'heure plus tard « un très fort craquement se fit entendre en même temps que l'aiguille tout entière se soulevait verticalement de 0 m. 10 environ et lentement ». « En même temps nous avons observé, ajoute M. Lecarme, un glissement très net des lames de granité sur lesquelles nous étions accrochés et qui ne se sont soulevées que l'une après l'autre. Puis, une forte oscillation vers l'ouest beaucoup plus brutale que le soulèvement vertical, donnant lieu à un déplacement d'air assez fort sur la paroi abrupte de l'aiguille du côté du glacier du Tour, nous fit perdre à tous l'équilibre. La durée totale de la secousse fut environ de 3 à 4 secondes, puis tout revint en place à tel point que l'appareil que nous avions maintenu solidement fixé au sol, dès le premier mouvement, ne fut pas sensibleblement déréglé. »

« Après un calme absolu de quelques secondes », ce fut de tous côtés un tonnerre d'avalanches. Secouées par le sisme, toutes les portions de crêtes qui n'étaient pas d'une solidité absolue venaient en bas. « D'énormes rochers, rapporte M. Lecarme, faisaient des bonds immenses sur les parois des aiguilles voisines du Tour, de la Grande Fourche et les avalanches de séracs et de neige couvraient entièrement la face visible du Chardon net et de l'aiguille d'Argentière. »

Toute la journée ensuite sans répit le fracas d'éboulements résonna.

« Tout est bouleversé, constate M. Lecarme en regagnant son campement situé près de l'extrémité inférieure du glacier du Tour, de gros blocs nouvellement tombés

I. La Montai/ne, Kevue mensuelle du Club alpin français, 2' année, n" 0, 20 sept. 1906, p. 421. Paris. 2. Nous devons communication de cette cote inédite à l'obligeance de M. Henri Vallot.

se rencontrent à chaque instant, ainsi que des sillons profonds dus au passage de rochers énormes. »

Sur la moraine est du glacier du Tour les gros blocs de granité « qui reposent là depuis un temps immémorial » ont disparu. « Seule la place qu'ils occupaient reste profondément marquée, ainsi que la trace qu'ils ont produite dans leur course folle. » La moraine elle-même est fendue dans sa largeur par une étroite crevasse.

Au delà le terrain avait été si profondément modifié que la caravane qui en avait une très grande pratique éprouva un instant d'hésitation sur la direction à suivre. Et toujours les avalanches roulaient, et cela plus de six heures après la secousse. Au passage d'un couloir, M. Lecarme et ses compagnons faillirent être assommés par une chute de blocs.

D'Argentière, où la caravane arriva le soir et où le sisme avait déterminé la chute d'une partie de la voûte de l'église, on avait également vu des avalanches partir des cimes en vue de l'aiguille Sans Nom et du Petit Dru.

11 est intéressant de rapprocher le récit très complet de M. Lecarme d'une information recueillie par Charles Grad sur le tremblement de terre qui se produisit en 18oo dans les Alpes valaisanes. Notre regretté collègue signale, lui aussi, l'abondance des avalanches de pierres déterminées par la secousse, et cela même dans les vallées \

Ainsi du fait d'un tremblement de terre de faible intensité le glacier du Tour a reçu une masse importante de produits d'éboulement; en second lieu, des blocs, précédemment déposés par cet appareil, ont été transportés à une grande distance des gisements qu'ils occupaient primitivement, et, des masses considérables de gros éboulis sont arrivés dans des localités qui en étaient dépourvues ou se sont mélangés à des matériaux d'autre origine dont il sera difficile de les distinguer. De là deux conclusions : les partisans de l'érosion glaciaire ne pourront plus considérer les moraines du glacier du Tour comme représentant le cube de l'érosion produite par cet appareil; de plus, désormais il sera impossible de reconstituer les dimensions du glacier à une époque antérieure au moyen des blocs dits erratiques, par l'excellente raison que l'on ne pourra distinguer ceux d'origine fraîchement glaciaire des produits des éboulements déterminés par le sisme.

A l'erratique des avalanches et des éboulements ordinaires, à celui des débâcles glaciaires, au fluvio glaciaire, bref à tous les produits de désagrégation des cimes qui se rencontrent dans les vallées montagneuses, il faut ajouter une nouvelle espèce d'erratique, l'erratique sismique, pourrait-on dire, et en raison de la fréquence des tremblements de terre dans les Alpes il est certainement abondant. De ce fait la distinction des formations d'origine véritablement glaciaire se trouve encore compliquée et devient de plus en plus incertaine dans la haute montagne, c'est-à-dire au-dessus de 2 000 mètres. Charles Rabot.

La destruction des loups en France '. — Pendant la période quinquennale 1902-1905 il a été tué en France 512 loups, dont 306 louveteaux. Dans cette

1. Charles Grad, Observations sur les glaciers de la Vièye et le massif de Monte-Rosa, en juillet et août 1866, in Annales des Voyages. Année 1868, i" vol., p. 2*9.

2. Revue des Eau? et Forêts, XLV, n" 14, 13 juillet 1006, p. 440.

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