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Il aurait sans doute évité de sérieux périls, à l'époque de tranquillité relative où il parcourait le Maroc, s'il s'était astreint à ne jamais dépasser les limites des régions soumises à l'autorité effective du sultan; mais il n'a pas hésité, dans plusieurs voyages, à franchir les barrières du Bled es Siba où il s'est trouvé quelquefois gravement exposé.

Ces dangers ne pouvaient arrêter un homme aussi bien trempé que le capitaine Larras, dont le courage et le sang-froid ont assuré le succès d'explorations difficiles.

Le distingué topographe s'est borné, dans son travail, aux méthodes les plus simples de levés : il s'est contenté de relever son itinéraire à la boussole Peigné en figurant le modelé aussi loin que possible, de part et d'autre de son chemin.

Il a, de plus, déterminé un grand nombre de points au sextant et par transports d'heures.

Sa méthode est excellente, et la seule qui puisse réellement porter des fruits dans un pays aussi difficile à parcourir que le Maroc.

En quelques années M. Larras est arrivé à lever plus de 8 500 kilomètres dont 2 000 environ dans le Maroc septentrional et 6 000 dans le sud marocain. Ces itinéraires s'entre-croisant dans tous les sens recouvrent toutes les surfaces comprises dans le triangle Tanger-Rabat-Fès, au nord; et dans l'immense quadrilatère formé par la côte atlantique et les lignes RabatDemnat-Taroudant-Agadir.

Il a ainsi recouvert trente-deux grandes feuilles de levés au 1000 000, feuilles dont l'assemblage a permis l'établissement de trois autres à l'échelle

du :;oo ooo'.

Les canevas des cartes au 1000 000e est compris entre les 7" et 13° de Long. O. de Paris, entre les 30° et 36° de Lat. N. — 11 comprend dans le triangle du nord du Maroc, les feuilles suivantes:

Tanger Lallat Ito

Tétouan H bat

El Araïch Fès

Moulai bou Selliam Hein et Ouïdan

Ouazzan Meknas

et dans le Maroc occidental les feuilles de

Dar el Beïda Doukkala

0. Oulad Jerar Béni Meskin

Mazagan Sali

Mzab Relia mua

Oualidia O. Teçaout

Enfin les feuilles qui intéressent la chaîne de l'Atlas sont:

Mramer el Mugador Demnat

Marrakech Smimou

Imi n Tanout Ameskroud

Amismiz Ras el Ouatl

Glaoua Taroudant
Ait Amer

Le capitaine Larras a, en outre, publié ■

Itinéraires dans le nord-ouest du Maroc, au 500 000'' en 1 feuille.

— Maroc occidental, au 500 000e. . — 2 —

Ville de Marrakech en trois couleurs, au 5 000e — 1 —

Environs de Marrakech, en deux couleurs, au 20 000e — 1 —

Ville de Fès, au 4 000e — 1 —

Environs de Fès, au 30 000e — 1 —

Enfin de nombreux plans de villes ont été relevés par lui, parfois au prix des plus grandes difficultés, ce sont les plans de

El Araïch. au 3 000", reproduit sur la feuille d'El Aralca.

El Qsar el Kebir, au 10 000e, reproduit sur la feuille d'El Araïch.

Meknas ez Zitoun, au 20 000"', — Beïn et Ouïdan.

Rabat, au 10 000°, — Rbat.

Marrakech et ses environs, au 25 000°, — O. Oulad Jerar.

Casablanca, au 5 000'', — Dar el Beïda.

Mazagan, au 10 000e, — Mazagan.

Safi,- au 5 000e, — Safi.

Mogador, au 5 000e, — Mogador.

Agadir n Ir'ir, au 40 000e, — Taroudant.

Taroudant, au 40 000°, — Taroudant.

Indépendamment du travail topographique, les fréquentes observations astronomiques du capitaine Larras ont servi, non seulement à brider ses itinéraires mais, combinées avec ses multiples cheminements, elles ont encore permis de fixer approximativement certains points importants comme les deux capitales, Fès et Marrakech.

Une indécision régnait en ce qui concerne la longitude de Fès, par suite de la discordance des déterminations de différents voyageurs.

C'est ainsi qu'Âli-Bey, en 1804, indiquait 7° 18' ouest de Paris, tandis que des Portes et François, en 1877, donnaient le chiffre de 7° 13' ouest de Paris.

En 1883, de Foucauld vérifiait et adoptait cette dernière longitude.

Plus tard le marquis de Segonzac indiquait une valeur supérieure de 11' 30" et le comte von Pfeil donnait également un chiffre plus fort de 12 à 17'.

Le capitaine Larras s'efforça de relier Fès à la côte, dont les longitudes sont assez bien connues, et le résultat d'une discussion de ses nombreuses observations fut que la capitale du nord du Maroc doit être déplacée de 3 à 4 kilomètres vers l'ouest et que, par conséquent, seule une triangulation pourrait fixer définitivement l'emplacement exact de la ville.

La correction apportée par lui à la position de Marrakech a été autrement considérable.

La longitude de la capitale du sud avait été fixée, en 1805, par Ali-Bey, à 9° 55'45" ouest de Paris et ce chifTre avait été à peu près confirmé par le lieutenant Washington, en 1829. Aussi a-t-il été longtemps adopté. Mais, après le relevé des routes reliant Marrakech à la côte, notamment à Mogador et à Sali, on s'aperçut, à la suite du capitaine Henry de Castries (1880), que le temps de marche était sensiblement inférieur à celui évalué d'après la position des points extrêmes de ces trajets et d'après les vitesses du déplacement. Depuis, un levé sérieux du comte von Pfeil, effectué en 1901 en compagnie de M. Théobald Fischer, assignait au parcours de Marrakech-Demnat, la distance de 90 kilomètres.

Il était donc nécessaire de rejeter la longitude de cette dernière ville, déterminée par le vicomte de Foucauld, si l'on voulait maintenir pour Marrakech celle d'Ali-Bey et de Washington.

Le capitaine Larras a résolu définitivement cette importante question en évaluant à 10° 19' ouest de Paris la longitude de la capitale, qui se trouvait ainsi déplacée d'une quarantaine de kilomètres vers l'ouest.

Cette solution met en harmonie à la fois les déterminations de Foucauld, les levés de von Pfeil et les nombreux cheminements effectués entre Marrakech et la côte. Aussi M. de Flotte, dans la construction de sa carte au 1 000 000% a-t-il adopté le chiffre du capitaine Larras.

De nombreuses positions (plus de 150) ont ainsi été fixées par l'éminent topographe marocain et l'on se fera une idée de l'extrême importance de ses résultats si l'on songe à la grande difficulté qu'il y a, dans un voyage d'exploration, pour déterminer les longitudes.

Je ferai seulement une critique aux cartes de M. Larras, c'est qu'elles sont parfois en désaccord avec la tectonique et la géomorphogénie du pays. Je citerai quelques exemples.

Dans la plaine de Marrakech, la carte ne donne pas une idée suffisante des terrasses alluvionnaires anciennes, pourtant très accusées dans le relief, et qui s'appuient sur les avant-monts de la chaîne du Haut Atlas.

Dans le Sous ce défaut est encore plus marqué. A la descente du col des Bibaoun notamment, le versant de la haute chaîne, très escarpé, s'arrête brusquement à la limite des alluvions très uniformément réparties dans la plaine des Houara; à tel point que la carte devrait indiquer, à la limite des terrains primaires de la montagne, un brusque espacement des courbes. Or, celles-ci se continuent plus ou moins serrées au sud d'El Had Mneïzla, alors que ce dernier village se trouve situé exactement à la limite des alluvions quaternaires.

Vers l'est cette limite est également bien dessinée dans le relief et, à partir de l'Ouad Ida ou Mahmoud, la plaine est bordée par les terrains crétacés qui se relèvent partout brusquement sur le versant de la chaîne. Mais cette ligne de démarcation est encore, ici, moins nette sur la carte. C'est ainsi que le marché d'EI Khmis, situé dans l'Ouad Talckjount, se trouve à la séparation des calcaires crétacés et des alluvions, ce qui ne ressort pas assez nettement sur la feuille au 100 000' de M. Larras.

Et il est bien regrettable que cette imperfection ait été fortement accentuée sur la carte au 1 000 000' de M. de Flotte qui figure le marché d'El Khmis sur le flanc île la montagne et donne à la plaine de lias el Ouad, en cet

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Fin. 51. — RÉSEAU DES ITINÉRAIRES III' CAPITAINE LARRAS, AU MAROC.

endroit, une largeur d'une quinzaine de kilomètres alors qu'elle en a près du double.

De même, dans le nord, les croquis du capitaine Larras ne s'inspirent pas suffisamment de la disposition tournante de la chaîne de l'Andjera qui relie la • haine Bèlique à la chaîne du Rif, par le rocher de Gibraltar. Et si l'on passe de ses levés au 100 000' à la carte au 1 000 000' de M. de Flotte on ne peut y saisir le relief si caractéristique de cette chaîne, relief dont j'ai été frappé du haut des sommets situés au sud de Tétouan '.

En somme l'édition de 1901 de celte carte générale, a beaucoup gagné en ce qui concerne la presqu'île nord marocaine sur la première édition, au point de vue des détails que l'auteur y a apportés d'après les levés de M. Larras,

!. Louis Gentil, Exploration* au Maroc, Paris, Masson, 1905, p. 36.

mais on peut regretter qu'elle ait perdu, dans les grandes lignes, sur l'édition de 1897, car elle représente moins bien l'ensemble du relief.

Ces réserves faites, on ne saurait trop admirer les belles cartes du capitaine Larras, si l'on songe qu'il est déjà difficile de faire — dans les conditions où il opérait — des levés au 1 000 000e, qu'il est impossible de faire du 500 000e et, à plus forte raison, les imperfections du figuré apparaîtront-elles à l'échelle du 100 000e.

Pour atténuer ces défauts il eût fallu à M. Larras la collaboration constante d'un géologue.

Quelques indications précises sur les grandes lignes tectoniques et sur la géomorphogénie des chaînes qu'il a relevées, lui auraient permis une mise en place plus rigoureuse de ses figurés de détails.

Mais, malgré cette absence de collaboration, l'éminent topographe marocain, digne émule de l'illustre explorateur de Foucauld, n'en a pas moins accompli une œuvre dont l'importance considérable ne peut échapper aux géographes.

Louis Gentil,

Maître îles conférences à l'Université de Paris.

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