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MOUVEMENT GÉOGRAPHIQUE

EUROPE

Études glaciaires dans les Alpes françaises. — Depuis 1901 l'étude des glaciers des Alpes françaises est poxirsuivie régulièrement, et d'intéressants résultats ont déjà été atteints.

En 1904, à la demande de la Mission pour l'étude des forces hydrauliques des Alpes, et, grâce à des subventions de la direction de l'Hydraulique et des Aménagements agricoles, de la Société des Touristes du Dauphiné, et, du prince Roland Bonaparte, MM. Flusin et Jacob, de l'université de Grenoble, ont, avec le concours de M. Lafay, conducteur des Ponts et Chaussées, relevé un plan topographique du glacier Noir et du glacier Blanc massif du Pelvoux) au 10000". C'est la première carte à grande échelle d'un glacier qui ait été exécutée dans les Alpes françaises. Publié, avec un texte explicatif par les soins de la Société des Touristes du Dauphiné. ce travail a été l'objet d'éloges unanimes2.

De son côté, M. Paul Girardin, après avoir consacré cinq étés (1902-1906) à l'étude des hautes régions de la Savoie méridionale, vient de faire paraître un plan au 10 000" du front du glacier des Évettes, situé dans la haute vallée de l'Arc, sur la crête frontière entre France et Italie. L'étude glaciologique et morphologique qui accompagne cette carte3, complétée par un second mémoire général sur les glaciers de la Savoie4, apporte une foule de précieux renseignements sur le phénomène glaciaire dans cette partie des Alpes françaises.

Bien que situées à une latitude relativement méridionale entre le 4f>° et le 45° de Lat. N.), et quoique ne renfermant aucun sommet atteignant 4 000 mètres, la haute Maurienne et la haute Tarcntaise présentent un très remarquable développement du phénomène glaciaire. Ainsi dans la partie ouest de cette région, la nappe de glace de la Vanoise mesure (iO kilomètres carrés et dans sa partie est, sur la chaîne entre la France et l'Italie, les glaciers occupent un espace de 30 à 40 kilomètres carrés.

1. M. Jacob a exposé ici même les résultats géographiques de cette mission, Explorations i/laciaires accomplies en France pendant l'été 1304, in La Géographie, XI, G, 15 juin l'JUS, p. 441 (avec schéma au 80 000*).

2. Charles Jacob et Georges Flusin, Étude sur le glacier Noir et le glacier Blanc dans le massif du Pelvoux, avec 2 planches photolypiques et 2 caries topographiques au 10 000' dressées par MM. Lafay, Flusin et Jacob, in An», de la Société des Touristes du Dauphiné, n" 30, 1*J04. Grenoble» 1905. Cette élude a été tirée à 300 exemplaires et distribuée a tous les glaciéristes par les soins de la Commission française des Glaciers.

3. Paul Girardin, Le glacier des Évettes, en Maurienne (Savoie), in Zeilschrift file Gletscherkunde. Berlin, Borntroeger, I, 1, mai 1900, p. 31 avec un plan au 10 000".

t. Paul Girardin, Les glaciers de Savoie, litude physique, limite des neiges, retrait, in Huit, de la Soc. Neucliateloise de Géogr., XVI, Neuchàtel, 1005.

Cette intensité de la glaciation dans la Savoie méridionale est la conséquence de l'altitude moyenne considérable de ce district et de sa structure massive. Cette région est un haut pays comparable au plateau des Grisons, un socle accidenté de crêtes pour ainsi dire continues et relativement élevées, à la surface duquel les vallées ne dessinent que des entailles comparativement peu profondes. Une série de calculs effectués par M. Paul Girardin met très nettement en évidence ce caractère morphologique. Ainsi, alors que dans le département delà Haute-Savoie qui renferme pourtant le mont Blanc les surfaces d'un seul tenant situées au-dessus de 2 000 mètres couvrent 800 kilomètres carrés, dans celui de la la Savoie elles occupent 2 120 kilomètres carrés, soit deux fois et demi plus de terrain. — Comme exemple de crête possédant une hauteur moyenne considérable, M. P. Girardin cite l'arête-frontière comprise entre le Petit Saint-Bernard et le mont Cenis, laquelle atteint 3 270 mètres, valeur très forte pour un relief qui ne renferme pas de sommets très élevés. En second lieu, les grandes vallées de l'Arc et de l'Isère se maintiennent, dans leurs parties supérieures à une altitude considérable sur des distances relativement grandes : Modane, à 50 kilomètres des sources de l'Arc est à 1 071 mètres, Séez, à 34 kilomètres de l'origine de l'Isère, à 904 mètres et des vallées tributaires atteignent 2 000 mètres. ■— Enfin les passages ouverts entre les massifs qui accidentent le socle savoisien sont très élevés : 2 731 mètres, en moyenne, autour de la Vanoise, alors que pour ceux situés aux extrémités du mont Blanc elle est seulement de 2 374 mètres.

La puissance de la glaciation dans un relief ne dépend pas seulement de son altitude, mais encore de l'abondance des précipitations atmosphériques. Or, sur l'importance de ce dernier facteur en Maurienne comme en Tarentaise les renseignements sont très maigres. Dans tout ce massif au-dessus de 2 000 mètres, il n'existe qu'un seul poste météorologique fonctionnant régulièrement, celui du Petit Saint-Bernard situé (2 160 m.), soit à 700 ou 800 mètres en dessous de la zone des glaciers. Durant ces quatre derniers hivers (1902-1906) la valeur en eau des précipitations neigeuses à cet observatoire a varié de 760 à 720 millimètres, tandis que, au pied du Petit Saint-Bernard ', à Bourg-Saint-Maurice, à l'altitude de 810 mètres, elle a oscillé entre 103 et 198 millimètres et qu'à Val d'Isère (extrémité supérieure de la vallée de l'Isère), à la cote 1849, elle a été comprise entre 369 et 667 millimètres2. Il est donc permis de penser que vers 2 500 mètres il doit se produire de fortes précipitations.

Dans la Savoie méridionale les glaciers de vallée nettement caractérisés font pour ainsi dire défaut, surtout depuis que la décroissance actuelle de la glaciation a fait disparaître les langues terminales de plusieurs appareils qui s'étendaient jusque dans les vallées. A la plupart des glaciers de la Maurienne et de Tarentaise les formes du terrain, comme les conditions climatiques imposent, le faciès caractéristique des glaciers de plateaux ou de cirques largement ouverts.

1. D'après une communication particulière de M. l'abbé Chanoux, prieur de l'hospice du Petit Saint-Bernard.

2. Depuis 1899, le service du Reboisement dans les Savoies dirigé par M. Paul Mougin fait chaque hiver exécuter des observations nivométriques dans celte partie des Alpes. Ces observations ont été publiées jusqu'en 1902-1903 par les soins de la Commission française des Glaciers (Observations sur l'enneioement et sur les chutes d'avalanches exécutées par l'administration des Forêts dans les départements de la Savoie). Pour les hivers suivants les personnes qui s'intéressent à l'enneigement peuvent obtenir les observations de l'administration des Forêts, sous forme île cahiers autographiés, en s'adressant à M. P. Mougin, inspecteur des Forêts, à Chambéry.

A ce type appartient le glacier des Evettes.

Les Evettes constituent une superbe nappe de 600 hectares, faiblement accidentée, et se terminant sur un plateau à l'altitude de 2510 2514 mètres.

Au premier examen de la carte levée par M. Girardin, on est frappé par la forme concave du front du glacier. A 300 mètres en avant de l'alignement général de ce front avance, collée à la rive gauche, une bande de glace qui est un témoin de l'ancienne extension du glacier et qui s'est maintenue grâce à un épais revêtement morainique et à sa situation à l'abri des rayons solaires pendant la plus grande partie de la journée. Dans une note précédente nous signalions la forme également concave du front du glacier Mathorst (Spitsberg), et qui, lui aussi, est en retrait. Ce faciès est caractéristique des glaciers en régression.

L'extrémité inférieure des Evettes se présente précédée de trois lignes de moraines: la plus éloignée, très bien conservée, à 400 mètres du bord actuel de la glace, la seconde, presque entièrement détruite, à 100 mètres en amont de la première, la troisième à 150-200 mètres de l'extrémité actuelle de l'appareil. Un quatrième dépôt, très peu distinct, s'observe à 135 mètres du glacier.

La première de ces formations remonte évidemment au grand maximum de la glaciation qui s'est manifesté dans toute l'étendue des Alpes durant les premières années du xix" siècle, en 1818-1820. Le glacier voisin de Lepénaz a éprouvé ce phénomène de 1818 à 1826 '. Après ce maximum le recul des Evettes s'est opéré eu trois échelons correspondant aux trois moraines espacées en arrière de la grande moraine marginale, lesquelles repèrent des stationnements plus ou moins prolonges de la nappe de glace.

La perle totale du glacier, depuis le maximum jusqu'en 1905, est de 19,8 hectares, se décomposant ainsi : 11,6 hectares entre le maximum et l'époque du dépôt de la troisième moraine, et 8,2 hectares depuis cette dernière date.

Grâce à des repères placés en 1893 par le prince Roland Bonaparte, seulement à partir de cette date, la valeur annuelle de la régression du glacier est connue avec certitude. De 1893 à 1905 les Evettes se sont retirés de 40 mètres environ, soit de 3 m. 30 par an. De 1818 à 1905, en admettant que la moraine marginaje date de 1818, le recul moyen annuel aurait été de 4 m- 58. Il y a donc, depuis treize ans tout au moins, atténuation dans la rapidité de la fusion de la langue terminale. En revanche, depuis 1878, il y a eu diminution sensible de la glaciation dans le cirque supérieur du glacier, comme le montre la comparaison d'un croquis exécuté par nous le 5 septembre de cette même année avec une photographie de M. Paul Girardin reproduite dans la Zeitschrifl fur Gletscherkunde (B. L 1, mai 1906, p. 33).

Une perte de 400 mètres en longueur en 86 ans est, en somme, insignifiante. Combien plus importante est l'ablation subie par les glaciers voisins. Celui de la Source de l'Are a perdu en longueur 1110 mètres depuis 1856-1857, celui des Fours. 407 mètres depuis la même époque, dont 307 mètres depuis 1891. De 1863 à 1905 le glacier de lu Galise qui forme la source de l'Isère a rétrogradé de 310 mètres et depuis 1873 celui de Rhème-Golette a reculé de 980 mètres!

1. Voir La Géographie, XIV, 3, sept. 1906, p. 164.

D'autre part, la comparaison des cotes d'altitude des fronts donnés par la carte de l'État-Major à celles obtenues par M. P. Girardin met en évidence un recul considérable de plusieurs appareils dans le sens de la verticale : 322 mètres au glacier de la Source de l'Arc, 206 mètres à celui de Montet, 130 mètres et 145 mètres à ceux de Rhème-Golette et du Grand-Pissnillas.

Dans la Maurienne supérieure la limite climatique des neiges passerait vers 2900 2 930 mètres d'après la méthode dite de la hauteur moyenne1; actuellement elle se confondrait presque avec la limite « locale » qui pendant ces dernières années s'est trouvée généralement vers 3 000 mètres à la fin de septembre. D'après M. Girardin, durant ces cinquante dernières années, en Maurienne et en Tarentaise, le relèvement de la limite climatique, conséquence directe du recul de la glaciation, aurait été de 143 à 208 mètres, soit le sixième du relèvement que les professeurs Penck et Briickner admettent pour les Alpes depuis la fin de la période glaciaire. Ainsi donc la phase actuelle de décroissance par laquelle passent nos glaciers entraine une véritable déglaciation et a pour effet de modifier d'une manière très sensible l'aspect du paysage de telle sorte que des photographies de la même cime glacée prises à un intervalle de quinze à vingt ans offrent des images très différentes.

En 1903 l'étude méthodique des glaciers de la Savoie et du Dauphiné a été poursuivie grâce à des subventions de l'Hydraulique agricole. MM. G. Flusin, J. Offner et Gh. Jacob, de l'université de Grenoble, avec le concours de M. Lafay ont commencé le lever au 10 000e des Grandes Housses2, tandis que M. P. Mougin, inspecteur des Forêts, relevait les contours des fronts de divers glaciers de la Maurienne et de la chaîne du Mont-Blanc et au moyen de lignes de pierres relevait deux profils transversaux dans leur zone inférieure. Ces opérations répétées chaque année permettront de suivre les modifications en largeur et en épaisseur des glaciers et les variations de leur vitesse d'écoulement. De son côté, M. Girardin a poursuivi ses recherches personnnelles.

En 1900 la création d'un Comité scientifique de l'Hydraulique et des Amélio rations agricoles a donné une nouvelle impulsion aux études glaciaires. Dans le sein de ce comité une section glaciaire a été constituée à l'effet de dresser, comme l'ont déjà fait les services hydrologiques étrangers dans les autres régions des Alpes, l'inventaire des glaciers et d'étudier la valeur de leurs écoulements liquides. Les projets établis par cette section, d'accord avec les ingénieurs en chef des Ponts et Chaussées chargés de l'étude des forces hydrauliques dans les Alpes, ont été approuvés par M. Dabat, directeur de l'Hydraulique et des Améliorations agricoles, et, sur sa proposition, le ministre de l'Agriculture a bien voulu accorder les subventions nécessaires.

1. Celle méthode consiste, comme on sait, à prendre la moyenne entre l'altitude où commence le glacier et celle où il finit. Si pour le choix de la dernière cote aucun embarras n'est possible, il n'en est pas de même de la première.

2. Charles Jacob, Rapport préliminaire sur les travaux glaciaires en Dauphiné pendant l'été ISOU, in La Géographie, XIII, 0, 13 juin 1900, p. 437.

Durant l'été dernier, M. P. Mougin, a continué ses opérations de repérages et de mesures de vitesse en Maurienne et dans la chaîne du Mont-Blanc. De son côté, M. Ch. Jacob, a achevé le lever des Rousses et M. Flusin entame celui du grand glacier du Mont de Lans (massif du Pelvoux). Enfin M. David Martin, conservateur du Musée de Gap, a été chargé d'établir la liste et la superficie des petits glaciers du revers méridional du massif du Pelvoux qui ont fondu ou presque entièrement fondu dans ces vingt dernières années et dont la disparition entraîne une sensible diminution des écoulements, particulièrement dommageable aux intérêts agricoles.

Au point hydrologique il importe de connaître, non pas seulement l'étendue de la glaciation, mais encore son volume et par suite son épaisseur. Aussi bien, à la demande de M. de la Brosse, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, une mission composée de M. G. Flusin, de l'université de Grenoble, et, de M. Bernard, inspecteur adjoint des Forêts, est allée étudier à l'Hintereis-ferner (Tyrol), les appareils et les procédés de sondage à travers les glaciers, que le professeur Hans Hess emploie avec tant de succès.

Enfin, dans les Pyrénées, MM. Belloc et Gaurier ont continué leurs études et M. Eydoux, ingénieur des Ponts et Chaussées, a relevé au ">000" les glaciers orientaux du Pic Long.

D'après les renseignements qui nous sont parvenus, toutes ces missions ont obtenu d'excellents résultats scientifiques et pratiques. Aussi n'est il que juste de faire remonter l'honneur de cette campagne, féconde à tous les points de vue, au directeur de l'Hydraulique agricole, M. Dabat, dont l'initiative éclairée a assuré la marche de ces études.

Enfin, grâce à une subvention de notre collègue, le prince Roland Bonaparte, les professeurs Jean Brunhes et Paul Girardin, assistés de plusieurs de leurs élèves, ont étendu les intéressantes recherches qu'ils poursuivent clans la Savoie méridionale, et que nous avons résumées plus haut. Charles Rabot.

La distribution de la population dans les Pouilles '. — Les Pouilles présentent une répartition originale de la population que le professeur Thcobald Fischer vient de mettre en lumière dans une intéressante étude. Cette partie de l'Italie méridionale ne possède point de véritables villages, ses habitants ne vivant point épars dans la campagne, mais se concentrant dans des villes ou dans de gros bourgs.

Ce fait s'explique d'abord par la géographie. Le pays est sec; c'est une table calcaire dans les fissures de laquelle va se perdre le peu de pluie qui tombe. Des sources rares, des lits desséchés de cours d'eau, des dolines, des grottes, et, de grandes étendues dénudées, d'aspect karstique, les murgie : voilà ce qu'on y rencontre. Toutefois, des sédiments pliocènes recouvrent le calcaire en quelques points

1. Ansiedelung und Anbau in Apulien, in Th. Fischer, Mittelmeerbilder r/esammelle Abliandlungen zur Kunde der Miltelmeerlfinrler. Teiibner, Leipzig et Berlin, 1000, p. 204 et suiv.

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