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texte d'exercer (le prétendus droits d'usage, que différentes décisions judiciaires et administratives avaient malheureusement reconnus fondés, malgré la faiblesse des arguments invoqués et l'invraisemblance manifeste des prétentions émises '.

A deux kilomètres et demi du grand bois d'Aubrac, sur les pentes escarpées du versant est de la vallée du ruisseau des Mousseaux, le canton des Fouilloux étale entre 560 et 840 mètres d'altitude sa futaie de 80 ans, élancée, bienvenante; le liètre domine à la partie supérieure du versant, les chênes sont nombreux dans la partie inférieure et vont jusqu'à l'altitude de 800 mètres. De l'autre côté de la vallée, la forêt communale de Prades présente un misérable taillis fureté, coupé de bruyères qui servent d'asile aux renards.

La forêt d'Aubrac appartenait, avant 1792, à l'hôpital fondé vers 1120, à Aubrac même, par Adalard, fils d'un comte de Flandre, pour recevoir et secourir les voyageurs el spécialement les pèlerins allant à Roc-Amadour, à Saint Jacques de Compostclle, à Saint Sauveur d'Oviède, en Estramadure et à Jérusalem2. Elle avait été donnée à l'hôpital par le comte de Rodez et le marquis de Canillac et s'étendait au xvu" siècle sur 3 788 hectares. Si l'on tient compte des 540 hectares attribués en 1811 à la commune de Condom, on voit que la contenance actuelle de la forêt ne représente plus que 76 p. 100 de la surface boisée il y a 250 ans; le déboisement s'est donc étendu sur un quart de la surface boisée, et il s'agit d'une forêt abbatiale, soumise au régime forestier parle titre XXIV de l'ordonnance de 1660, visitée par les officiers des maîtrises jusqu'à la Révolution, réunie depuis au domaine de l'État. Si la déforestation a pu s'opérer dans de telles proportions dans une propriété soumise au contrôle des agents du pouvoir central, on peut en induire ce qui s'est produit dans les bois des particuliers de la région.

Le hêtre est l'essence dominante des forêts que nous venons de décrire; il y occupe 90 p. 100 de la surface. On le trouve depuis 500 mètres d'altitude (forêt de Lestrade) jusqu'à la limite des pâturages. Le châtaignier ne se rencontre pas dans les forêts; très abondant sur les pentes du plateau, dans la vallée du Lot, il ne dépasse pas l'altitude de 750 mètres. Le chêne ne s'élève pas au-dessus de 700 mètres; on ne le rencontre que dans la forêt des Fouilloux, à la partie la plus basse du versant, et à l'exposition sud-est.

Après le hêtre, l'essence qui occupe la plus grande surface (7 p. 100 environ) est l'alisier blanc, qui se montre à partir de 900 mètres d'altitude. L'aune glutineux se rencontre sur le bord des ruisseaux, en petite quantité. Le coudrier noisetier se trouve dans les clairières. On ne voit le genévrier que dans un vide du canton des Rajàls, à 1 300 mètres d'altitude.

1. Voir noire étude sur Aubrac, son monastère, ses forcis, ses pâturages, ftodez, 1503, imprimerie E. Carrére.

2. Le monastère d'Aubrac fut d'abord gouverné par des supérieurs qui prirent le nom de dom (latin dominus), d'où la dénomination de itomerie donnée a l'hôpital, qui fut érigée en 1407 en abbaye commendataire. En 1780. les revenus de l'abbaye étaient évalués à plus de 80 700 livres, soit plus de ICI 500 francs, valeur actuelle. (Abbé Deltour, Aubrac, son ancien hôpital, ses montagnes, sa flore, Rodez, 1802, imprimerie Colomb).

Le tilleul, l'érable champêtre, le cerisier-merisier ne se rencontrent que dans la forêt de Pommiers, entre 6o0 et 800 mètres d'altitude. Le houx est rare dans le massif d'Aubrac; il est abondant à Pommiers et aux Fouilloux. La bourdaine (Rliamnus f'rangula L.). et le dapliné bois-gentil [Daphne niezereuin L.) sont assez rares; la ronce-framboisier (Rubus idœus L.) est rare. L'airelle myrtille (Vaccinium myrtillus, L.) se rencontre en grande quantité sur le plateau de Monterbosc; on trouve le sorbier des oiseleurs (Sorbus ancuparia L.) presque partout, mais en pieds isolés. La pervenche (Vinca minor L.) forme d'épais tapis sous la futaie de la Verrière.

Parmi les autres plantes caractéristiques de la flore du bois d'Aubrac, nous citerons : Dianlhus sylvaticus, Hoppe; Stellaria nemorum, L.; Hypericum (/uadrangulum, L.; Géranium nodosum, L.; Impatiens noli taiif/ere, L.: Iiosa rubrifolia, Will. ; Epilobium montanum, L.; Ribes alpinum, L. ; Chœrophyllum aureum, L.; Knautia sylvatica, Duby; Senecio cacaliaster, Lam.; Genliana campestris, L., dans les clairières; Rumex oblusifolius, L., Calamintha grandiflora, Moench'; Thesium alpinum, L.; Lilium martagon, L.; Allium ursinum, L.; Asphodelus albus, Willd; Epipactis viridiflora Hoffm; Ncottia nidusavis, Rich.; Orchis mascula, L.; Orchis sambucina, L.; Luzula nivea, D. C.; Calamagroslis sylvatica, D. C.; Milium efl'usum, L.; Festuca giyanlea, Will.; Elymus europaeus, L. ; Polypodium phegopteris, L.; etc.

Aubrac n'est pas la localité la plus importante du plateau, bien que ce village lui ait donné son nom. Il ne compte que 40 habitants à peine. Les seuls édifices qu'on y remarque et qui subsistent des constructions du célèbre monastère, appelé jadis « le Saint Bernard du Plateau central », sont l'église, dont la construction remonte aux xu" et xmc siècles, la tour carrée, dite des Anglais, édifiée en 1353 pour protéger l'hôpital contre les attaques des routiers, et l'ancien hôpital qui date du xu° siècle et sert de logement aux préposés forestiers. Ces constructions, aux formes massives, n'ont ni grâce ni élégance et la teinte sombre du basalte qui a servi à les élever leur donne un aspect singulièrement triste.

La situation privilégiée d'Aubrac qui, malgré son altitude considérable (1 310 m. d'alt.), jouit pendant l'été d'une température relativement élevée, en raison de son exposition favorable et de la présence de sommets qui le garantissent contre les vents du nord, y attire depuis une dizaine d'années tous les étés deux à trois mille personnes qui viennent y faire une cure d'air et de petit-lait. 11 faut se garder de croire qu'Aubrac offre aux personnes habituées à la vie compliquée des stations balnéaires les distractions nombreuses et le confortable auxquels elles tiennent tant: Tout y est primitif. Dans le patois du pays on donne aux buveurs du petit-lait le nom de gaspijei/ros3; ce sont généralement des Parisiens, originaires du Cantal ou de l'Aveyron.

1. Les feuilles et les tiges du Calaminthe à grandes Heurs sont récoltées dans toute la région; employées en infusion, elles donnent une boisson très appréciée, connue sous le nom de (lu' d'Aubrac. Il est à craindre que cette plante, arrachée sans ménagements, ne Unisse par disparaître.

2. De yispo, petit lait.

Les environs d'Aubrac peuvent offrir au touriste d'agréables excursions. En dehors des promenades aux bois de l'Adrech et de Gandilloc, dont nous avons parlé plus haut, il lui est facile de se rendre en moins d'une heure sur les Puys de Régambal, des Mossous et de Gudette, d'où l'œil embrasse Nasbinals, la vallée du Bès, l'ensemble du plateau d'Aubrac avec ses immenses pâturages et ses innombrables troupeaux. Du pic de las Truques, l'horizon s'étend des cimes aiguës du Sancy et du Cantal à la terrasse de l'Aigoual. des monts de la Margeride aux sommets arrondis des Palanges et du Levezou; par un temps très clair, on découvre au loin la chaîne des Pyrénées et ses pics neigeux. Si le touriste est bon marcheur, il peut pousser jusqu'au Mailhebiau et aux lacs de la Lozère, ce qui demande une bonne journée de marche.

D'Aubrac à Laguiole, le trajet est un perpétuel enchantement, à travers les pâturages ou les hêtraies verdoyantes; la route ne s'éloigne guère de la ligne de faîte, ce qui permet au voyageur d'avoir presque constamment une vue très étendue à droite et à gauche, sur les pâturages sans fin ou sur les gorges aux flancs boisés.

Laguiole, chef-lieu de canton de 1 890 habitants, est la vraie capitale de la montagne. Elle est bâtie en amphithéâtre, au confluent de la Selves et du ruisseau de Vayssaire, sur le penchant d'une butte de basalte que couronne l'église et d'où le regard s'étend fort loin. Laguiole est le centre d'un commerce important de fromages et de coutellerie.

A 22 kilomètres à l'ouest, sur le plateau de la Viadène, le bourg de SainteGeneviève est, comme Laguiole, le rendez-vous, pendant l'été, de nombreux étrangers qui viennent y chercher l'air pur et la fraîcheur ou s'y livrer au plaisir de la pêche.

Dans la partie lozérienne du plateau, Nasbinals, village de 1 300 habitants, bâtie à 1 155 mètres d'altitude sur un affluent du Bès, est aussi fréquentée pendant la belle saison par les amateurs de villégiature que n'effraient pas ses ruelles malpropres et ses maisons sordides. Nasbinals est, avec Laguiole, l'entrepôt des fromages fabriqués sur le plateau. C'est aussi la résidence d'un rebouteur, Pierre Brioude, dit Pierrounet, d'une réelle habileté, dont la reputalion s'étend clans la Lozère, le Cantal, l'Aveyron, le Gard et l'Hérault et qui soigne en moyenne 3b à 40 personnes par jour. Pierrounet fait la fortune de Nasbinals; un hôtel est tenu par « le fils Pierrounet », un autre par « le gendre Pierrounet ». Des inscriptions en lettres énormes sur les omnibus, qui font le service de la gare d'Aumont à Nasbinals, signalent ces particularités aux éclopés qui viennent confier leurs membres au fameux rhabilleur; ils peuvent ainsi trouver l'hospitalité chez le fils ou le gendre du médicastre. Tout se passe en famille à Nasbinals.

A 1 500 mètres de Nasbinals, s'élève le pic de la Sentinelle (1 270 m. d'alt.) qui supporte une statue colossale de la Vierge en fonte, érigée en 1884 et reposant sur un piédestal en granité de forme octogonale. De tous les points du plateau, on s'y rend en foule en pèlerinage le dimanche qui suit le 24 mai.

A 13 kilomètres de Nasbinals, les bains de la Chaldette, sur la rive droite du Bès, à 997 mètres d'altitude, entourés de grands bois et de sites pittoresques et variés, attirent aussi les baigneurs qui recherchent une villégiature tranquille, un air pur et vif; les eaux thermales bicarbonatées mixtes sont employées contre les affections d'origine catarrhale. les maladies des muqueuses et les rhumatismes.

Sur la route de Nasbinals à Marvejols, Marchastel occupe la place d'une ancienne forteresse romaine (Mardi castellum) sur un dôme basaltique de 80 mètres de hauteur (1 267 mètres d'alt.). Sa proximité du point où l'ancienne voie romaine franchissait le Bès, en faisait une position très forte et permettait aux barons de Marchastel de rançonner les voyageurs. A 2 kilomètres de Marchastel, le moulin de Boukinkan (Iiuckingham), sur la rive droite du Bès, rappelle le souvenir des incursions des Anglais sur le plateau pendant la guerre de Cent ans. A sept kilomètres à l'est, dans un très joli site, entouré de bois et d'étangs, le château de la Baume, à l 116 mètres d'altitude, est rempli des souvenirs de Marie-Angélique de Scoraille, qui y fut recueillie en 1677 par son oncle César-Artorg de Peyre cl partit de là pour la cour où elle devait devenir célèbre sous le nom de duchesse de Fontanges.

Grâce à la nature de son sol frais et léger, à la persistance de la neige pendant de longs mois d'hiver, à la durée remarquable de l'insolation et à son intensité, la région d'Aubrac se prête merveilleusement à la culture pastorale. Aussi l'usage de conduire les troupeaux sur les montagnes d'Aubrac romonte-t-il à une époque très reculée. Il est fort possible que le fromage fabriqué dans cette région soit celui cité par Pline dans son Histoire naturelle et qui était, de son temps, un des plus estimés à Home'. Aux termes des coutumes, usages, libertés et franchises de la ville de Saint-Geniez (Aveyron), confirmés le 21 novembre 1343 par Pierre de Bourbon, comte de Clermont. « les habitants de Quercy, qui conduisent leurs vaches ou brebis aux montagnes d'Aubrac, s'ils ne font que passer à Saint-Geniez ne payent rien; s'ils sont obligés d'y coucher, ils payent cinq sols rodanais par troupeau ». Des lettres de Louis Xll concédant au dom d'Aubrac la permission d'ériger des piloris, fourches patibulaires et autres signes de justice, données h Valence le 21 juillet 1511, constatent que « en temps d'esté sont amenés ez dites montaignes plusieurs grandes quantités de bestail par plusieurs bergiers de plusieurs et divers pais qui y séjournent jour et nuit' ».

Un péage établi au profit des comtes de llodez frappait également les troupeaux de moutons transhumants, venant du Bas-Langnedoe et du Quercy, qui traversaient le Causse du Comtal, en suivant les drayes, grands chemins établis généralement sur l'emplacement d'anciennes voies romaines.

Actuellement la transhumance des bètes ovines n'existe plus dans la région, mais plus de 14 000 bêtes à cornes viennent estiver pendant la belle saison dans les pâturages du pays d'Aubrac. Ces animaux séjournent en hiver dans le domaine des Causses du Ségala ou dans les vallées les plus basses du plateau, où ils sont entassés dans des étables assez mal construites et nourris avec des fourrages secs; ils sont amenés dans les hauts pâturages vers le 25 mai et y restent jusqu'au 13 octobre.

« Le 25 mai, par n'importe quel temps, dit M. Marre dans un ouvrage très intéressant sur la race d'Aubrac, les troupeaux d'élevage parlent pour la montagne où ils passent Tété. Le spectacle d'une vacherie, cheminant lentement vers les pâturages d'été est chose curieuse. Les vaches ornées de grosses clochettes, de plumets et de drapeaux, accompagnées de taureaux reproducteurs, à raison de cinq environ par cent vaches, marchent pêle-mêle sous la conduite du cantalès (maître-vacher) et de ses aides. Les veaux guidés par une ou deux vaches se mettent généralement en marche quelques heures avant le départ de la vacherie.

« Une jardinière portant la provision de lard, de sel et autres accessoires nécessaires à la nourriture et à l'entretien des gardiens ferme la marche. Ce véhicule sert aussi, parfois, de voiture d'ambulance; on y met les jeunes veaux qui, trop éprouvés par la route, ne peuvent plus marcher3 ».

1. Lavis caseo Romac ubi omnium genlium bona cominùs judicantur, e provinciis Nemausensis praccipua. Lcsurae Gabalicique pagi : sed brevis, ac musteo tantum commendatiso. (Pline l'Ancien, Xat. HUt., XI, 97). Grégoire de Tours dit aussi que, de temps immémorial, les paysans jetaient, dans un lac du Gévaudan fie lac des Salhiens), des formes de fromage (formas casei), des gâteaux de cire et d'autres objets pour se concilier les faveurs des dieux (Greg. Tur., De glor. beat. Confess., II); cet usage existait encore, il y a quarante ans.

2. Deltour. toc. cit., p. lli, 2cio.

3. E. Marre. La race d'Aubrac et le fromage de Laguiole, 2e édit., 1904, Rodez. E. Carrère, petit in-t", avec 80 gravures.

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