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Le plateau d'Aubrac comprend environ 350 pâturages en montagnes appartenant à des propriétaires différents, dont l'étendue varie de 20 à 200 el 300 hectares. Les « montagnes » sont généralement séparées les unes des autres par de petits murs formés de blocs de granité ou de basalte assemblés plus ou moins grossièrement sans mortier. Au milieu de chacune d'elles, on trouve le mazuc, cabane en pierres sèches qui l'été sert d'abri au berger, et, le buron, construction un peu moins primitive, composée d'un rez-de-chaussée et d'un "•renier, et qui sert à la fabrication du fromage. Le grenier contient le lit des bxtronniers et le foin destiné aux veaux. Au rez-de-chaussée se trouve une pièce où se fait le fromage et qui renferme les ustensiles nécessaires à cette industrie spéciale : farrats, gerles, faisselles, selles, moules, presses à fromage, etc.: à côté la cave servant à la maturation du fromage et l'écurie où sont logés les porcs qu'on engraisse avec le petit-lait.

Les jeunes veaux sont séparés de leurs mères, dès leur arrivée sur la « montagne ». Ils sont enfermés la nuit dans des parcs fermés de claies 'mobiles; le jours ils paissent sous la garde du bédelier, tandis que les vaches font le tour de la montagne, en suivant une sorte de piste circulaire sous la surveillance du pastré.

« Cette grande palissade que l'on aperçoit de loin nous désigne un parc à veaux qu'il faut abriter de la bise, de la terrible cantalèso; car tout couche ici en plein air pendant l'été. Nous sommes au matin. Le berger, que l'on nomme ordinairement cantates, appelle par leur nom avec un accent spécial ', les vaches une par une pour les traire. Généralement elles accourent vite. On leur livre leur veau; mais plus rapidement que le jeune animal, le cantates retire le lait à la vache. Pour aller plus vite, beaucoup de ces hommes ont attaché une petite sellette ou pied en bois à la partie postérieure de leur pantalon. Ils s'assoient dessus pour traire commodément le lait et ne pas perdre de temps2. »

On trait les vaches deux fois par jour le matin à l'aube et le soir à trois ou quatre heures. Pendant la traite le veau est attaché par le cou à la jambe antérieure gauche de la vache; il est ensuite détaché et cherche à avaler le lait qui reste dans la mamelle de sa mère. La traite terminée, les veaux sont ramenés à leur pâturage ou à leur parc.

Le fromage fabriqué sur les montagnes d'Aubrac est connu sous le nom de « fromage de Lagniolc » ou plus simplement « Laguiole ». Le cantates* et ses deux aides recueillent le lait de la traite dans des seaux en bois, appelés farrats, puis le transvasent dans des récipients en bois, munis de couvercles, qui peuvent contenir jusqu'à 200 litres de lait et sont désignés sous le nom de gerles. Les gerles remplies de lait sont transportées au buron à l'aide d'une longue perche qui repose sur les épaules de deux hommes; puis le lait est transformé, dans la gerle même, en caillé, au moyen de l'addition de présure préparée avec des caillettes d'agneaux.

1. Ces noms se rapportent généralement à une nuance particulière du pelage (roitsso, bloiindo, doàrado, orangé, etc ). Ce sont aussi des noms de femelles d'animaux : lèbré (lièvre), taïsso (blaireau), rato, bélelo, furéto, — d'oiseaux : cailla, oqassc (pie), foùbéto (fauvette), — de villes ou de pavs : franco, giroùndo, bayoùno, — ou des noms tendres : (/enlillv, charmante. Chaque veau reçoit le nom de sa mère transformé au moyen du diminutif ou : lebrou, taïssou, etc. (V.-K. Marre, loc. cit., p. 46.)

2. L. do Malafosse.

1. Le tantales, appelé aussi buronnier, a la direction générale de l'exploitation ; il est le représentant du propriétaire à la montagne. Il est assisté du pastré qui garde les vaches, du bédelier, auquel incombe la garde des veaux, et d'un jeune apprenti (roui ou roitillet). Dans les exploitations importantes, il y a en outre un second huronnier, le tras-canlalès. 1. Voir, pour plus de détails, l'ouvrage précité de M. Marre.

Le caillé est ensuite brisé à l'aide d'une rondelle de bois adaptée à un manche; on le place alors dans une faisselle, récipient cylindrique en bois de hêtre, et on le presse avec les mains et les genoux. Après cette opération, le caillé est laissé pendant deux ou trois jours sous la faisselle chargée d'une grosse pierre. Les blocs de caillé ainsi préparés prennent le nom de tomes; ils sont alors triturés et mélangés ensemble sur la selle, table basse à trois pieds, muni d'un rebord et d'un bec pour l'écoulement du petit lait. On y ajoute du sel et oh place la fourme ainsi obtenue dans un moule en bois de forme cylindrique recouvert d'un linge, qu'on introduit sous une presse formée de deux madriers dont l'un supporte une énorme pierre. Au bout de trentesix heures, la fourme est mise en cave où elle reste jusqu'à l'époque de la vente '.

Le poids des fromages varie de 30 à 40 kilogrammes. Chaque vache donne à la fin de la saison 30 à (.50 kilogrammes de fromage. On en fabrique annuellement sur la montagne 900 000 kilogrammes, représentant une valeur moyenne de 926 000 francs; ces fromages sont vendus principalement dans les départements du Midi ou exportés en Algérie. Le prix moyen est de 100 à 160 francs les 100 kilogrammes. Il faut environ 900 à 1 100 litres de lait pour faire 100 kilogrammes de fromage.

On estime qu'il existesur la montagne environ 300 burons et 14 000 vaches, produisant annuellement 900 000 kilogrammes de fromage. La fabrication du fromage donne aussi environ 50 000 kilogrammes de beurre de petit lait, employé pour la nourriture des buronniers; le reste du petit lait sert à la nourriture de 1 400 porcs. On évalue à 1 040 000 francs le revenu total des burons, y compris les produits des porcheries, mais sans tenir compte des bénéfices provenant de la vente des animaux.

La vente du fromage couvre généralement, dès la deuxième année, tous les frais, y compris l'intérêt des sommes avancées la première année pour l'achat des pâturages, du troupeau, etc. A partir de la troisième année, le produit de la vente des bestiaux constitue un bénéfice net pour le propriétaire; les taurcaux sont vendus à l'Age de trois ans et demi; les génisses à deux ans et demi, les veaux entre trois et cinq mois. Les bœufs et les vaches sont engraissés à l'âge de huit ou dix ans et vendus comme viande de boucherie. On peut évaluer à 9 ou 10 000 bêtes à cornes la quantité d'animaux vendus annuellement dans les montagnes d'Aubrac.

« L'industrie du laitage, dit M. Deltour, n'est cependant pas ce qui recommande le plus cette belle race d'Aubrac, si connue et si appréciée aujourd'hui dans les concours. Trois qualités la distinguent particulièrement : elle est rude au travail, elle est sobre et se contente de peu, elle engraisse facilement et prend place au premier rang dans les concours d'animaux de boucherie. »

La race d'Aubrac est répandue dans tout le département de l'Aveyron, sauf sur la lisière occidentale où la race de Salers domine ou se trouve en mélange avec elle. La plupart des zootechniciens reconnaissent que cette race n'est qu'une variété de la race vendéenne1.

Elle se signale par une membrure solide, une grande résistance et une remarquable ténacité. Les bœufs sont très appréciés pour les transports et les labours qui demandent une dépense considérable d'énergie. Les vaches donnent 500 à 650 litres de lait sur la montagne et 100 à 150 litres au retour du pâturage : la durée de la lactation est de 6 et 7 mois. L'aptitude à l'engraissement est contrariée parle peu de développement du train de derrière par rapport aux dimensions très fortes du train de devant.

La confection du fromage et la garde des hôtes à cornes occupent sur le plateau d'Aubrac environ 1 100 individus. Cette population a un type tout spécial : elle a conservé des mœurs simples et primitives '. Au physique le corps est nerveux et musclé, la stature élevée, les formes plutôt massives, les mouvements raides et liers, la physionomie dure et sévère. Le caractère est resté longtemps sombre et farouche et jusqu'à ces dernières années les combats singuliers et les rixes fréquentes pendant les veillées nécessitaient l'intervention de la gendarmerie. « Ces hommes, disait Monteil en l'an X, sont les descendants directs des Gaulois de César et attestent bien mieux la vérité de ses Commentaires que les débris incertains d'Autun et de Gergovie8. »

1. Les caractères distinctifs de la race d'Aubrac sont les suivants : les jambes courtes et fortes, les pieds massifs, la tète grosse, le museau court, les cornes fortes, d'une longueur médiocre, relevées et contournées avec grâce, blanches à la base, noires à l'extrémité, le poitrail large, le coffre bombé, le dos écrasé et aplati; le pelage, d'une teinte unie, varie du brun très foncé au jaune froment; il n'est jamais noir, ni blanc, ni rouge, ni marqué de taches noires, blanches ou rouges. Le muffle et le bord des paupières sont noirs et entourés d'une auréole blanche; les muqueuses, notamment la cupule des testicules chez les mâles, 1a vulve chez les femelles sont noires.

2. On nous permettra de citer les traits de merurs suivants. Pendant l'été, on rencontre souvent, dans les pâturages ou dans la forêt, les buronniers cheminant pieds et jambes nues, leurs souliers, leur pantalon et leur blouse sur l'épaule, au bout d'un bâton, les pans de la chemise flottant au vent. En mars et avril, les femmes vont pécher les grenouilles, leurs chemises relevées jusqu'aux aisselles et pataugent ainsi dans les mares, sans souci des passants.

3. Alexis Monteil, Description du département de l'Aveyron, Rodez, imprimerie Oarrère, an X.

La Géographie. — T. XIV, 1906. 0

Les montagnards (montanous) qui peuplent le plateau d'Aubrac appartiennent à trois provinces différentes, l'Auvergne, le Gévaudan et le Rouergue. LesRouergats montrent un égal mépris pour les habitants de la vallée du Lot, qu'ils appellent les Coustoulis, et pour leurs voisins du Gévaudan, qu'ils nomment les Galaches ou Gavaches (de leur ancien nom Gabales, Gabalici). Cette animosité réciproque des Gabaches et des Rouergats s'est traduite par des difficultés continuelles à propos de l'exercice de leurs droits d'usage dans les forêts de la domerie d'Aubrac, mais elle tend à disparaître peu à peu.

Le costume des habitants des montagnes d'Aubrac n'offre rien de particulier. Jadis, si l'on en croit Monteil, les hommes affectionnaient pour leur habillement la couleur rouge ; ils portaient des bas, des jarretières, des culottes, des gilets et des habits de cette couleur, tandis que les femmes préféraient le bleu foncé. Actuellement les hommes portent une longue blouse noire, un pantalon et une veste de même couleur; leur coiffure est le chapeau de feutre à larges bords, remplacé quelquefois par le béret. Les femmes ont aussi des vêtements de couleur foncée, presque toujours noirs; l'hiver, elles portent une longue cape de serge noire qui les enveloppe tout entières. Elles voyagent à cheval, la tête couverte de chapeaux ornés de fleurs artificielles, ce qui donne à ces amazones un aspect tout à fait original, d'ailleurs peu esthétique.

Paul Buffault.

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Rapport d'ensemble

sur la

situation financière de la Société de Géographie

(1821-1905)

Dans son discours d'ouverture de l'assemblée générale d'avril dernier, M. Le Myre de Vilers annonçait, en esquissant à larges traits un état des finances de la Société de Géographie, que la commission centrale publierait, cette année, un rapport d'ensemble sur sa gestion.

Ce travail, qui porte sur quatre-vingt-cinq années, a nécessité de longues et laborieuses recherches, dont le mérite revient à M. Aubry, agent de la Société, qui les a consignées, suivant nos indications, dans une série de tableaux.

Si aride que soit la lecture de ces statistiques, nous croyons utile de les reproduire, les chiffres ayant leur éloquence et permettant à tous ceux qui s'intéressent à la vie de la Société d'en suivre le cours, et ainsi de se faire une opinion directe, personnelle, sur l'emploi des fonds mis, depuis l'origine, à sa disposition.

Les recettes sont principalement constituées par les cotisations annuelles, auxquelles s'ajoute, depuis 1879, le produit des locations des salles, puis par les dons et legs, enfin par les souscriptions et subventions.

Les dépenses concernent l'administration intérieure, les séances, la bibliothèque, les publications, les prix, les subventions accordées aux géographes et aux explorateurs, les œuvres d'assistance qui se sont fondées au sein de la Société ou lui ont fait retour, enfin, sous une rubrique spéciale, les sommes engagées dans la construction de l'hôtel de la Société.

RECETTES

1° Cotisations. — S'il n'est pas exact de dire que l'activité d'une société se mesure au nombre de ses membres, il n'en est pas moins vrai qu'une assoie GÉOGRAPHIE. — T. XIV, 1906.

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