Abbildungen der Seite
PDF
EPUB

plus, assés dépravé, assés paresseux, & affés féroce pour me contraindre à pourvoir à fa subsistance pendant qu'il demeure oisif? Il faut qu'il se résolve à ne pas me perdre de veüe un seul instant, à me tenir lié avec un très grand soin durant fon sommeil, de peur que je ne m'échappe ou que je ne le tüe: c'est-à-dire qu'il est obligé de s'exposer volontairement à une peine, beaucoup plus grande que celle qu'il veut éviter , &

que celle qu'il me donne à moi-même. Après tout cela , fa vigilance se relache-t-elle un moment ? Un bruit imprevu lui fait il détourner la tête ? Je fais vingt pas dans la forêt, mes fers sont brisés, & il ne me revoit de sa vie.

Sans prolonger inutilement ces détails, chacun doit voir que les liens de la fervitu

de

[ocr errors]

de n'étant formés que de la dépendance mucuelle des hommes & des besoins reciproques qui les unissent, il est impossible d'asservir un homme sans l'avoir mis auparavant dans le cas, de ne pouvoir se passer d'un autre ; situation qui n'existant pas dans l'état de Nature, y laisse chacun libre du joug & rend vaine la Loi du plus fort.

Apre's avoir prouvé que l'Inégalité est à peine sensible dans l'état de Nature, &

que son influence y est presque nulle, il me reste à montrer son origine, & ses progrès dans les développemens successifs de l'Esprit humain. Après avoir montré, que la perfectibilité, les vertus sociales, & les autres fa cultés que l'homme Naturel avoit reçues en puissance ne pouvoient jamais se developper, d'elles mêmes, qu'elles avoient besoin pour

cela

[ocr errors][ocr errors]

G 3:

1

cela du concours fortuit de plusieurs causes étrangeres qui pouvoient ne jamais naître, & fans lesquelles il fut demeuré éternellement dans fa condition primitive; il me res. te à considerer & à rapprocher les différens hazards qui ont pû perfectionner la raison humaine, en deteriorant l'espéce, rendre un être méchant en le rendant sociable, & d'un terme si éloigné amener enfin l'homme & le monde au point où nous les voyons.

J'AVOUE que les évenemens que j'ai à dé. crire ayant pu arriver de plusieurs maniéres, je ne puis me déterminer sur le choix que par des conjectures; mais outre que ces conjectures deviennent des raisons, quand elles font les plus probables qu'on puisse tirer de la nature des choses & les seuls moyens qu'on puisse avoir de découvrir la verité, les con

sequen

1

sequences que je veux déduire des miennes ne seront point pour cela conjecturales , puisque, sur les principes que je viens d'établir, on ne sauroit former aucun autre fystême qui ne me fournisse les mêmes résultats, & dont je ne puisse tirer les mêmes conclusions.

[ocr errors][merged small]

Ceci me dispensera d'étendre mes réflexions sur la maniére dont le laps de 'tems compense le peu de vraisemblance des évenemens; sur la puissance surprenante des causes très - légeres lorsqu'elles agissent sans relâche; sur l'impossibilité où l'on est d'un cô. té de détruire certaines hypothéses, si de l'autre on fe trouve hors d'état de leur donner le dégré de certitude des faits; fur ce que

deux faits étant donnés comme réels à lier par une suite de faits intermédiaires, in

[ocr errors]
[blocks in formation]

connus ou regardés comme tels, c'est à l'histoire, quand on l'a , de donner les faits qui les lient; c'est à la Philosophie à son défaut, de determiner les faits semblables qui peuvent les lier; Enfin sur ce qu'en matiére d'évenemens la similitude reduit les faits à un beaucoup plus petit nombre de classes disférentes qu'on ne se l'imagine. Il me suffit d'offrir ces objets à la considération de mes Juges: il me fuffit d'avoir fait en forte que les Lecteurs vulgaires n'eussent pas besoin de les considérer.

[ocr errors][merged small][ocr errors]
« ZurückWeiter »