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Ainsi l'incorrection du langage offense les oreilles de Dieu. Celui qui, d'ailleurs, n'a pas étudié la grammaire, doit être inhabile à comprendre les livres sacrés; dans ces livres, en effet, se rencontrent souvent des tropes, des figures, qu'il est toujours difficile, qu'il est souvent périlleux d'interpréter quand on n'a pas la pratique des lettres. Donc la science doit encore servir à la conservation de la pure doctrine, de la vraie foi.

Charlemagne ne s'abusail pas sans doute sur la valeur de ceite argumentation. Mais ayant affaire à des esprits inculles et crédules, il devait plutôt les persuader avec de puériles argulies qu'avec de graves et solides raisons. Il ne les persuada pas tous. Longlemps après l'année 787, Louis le Débonnaire se plaignait de voir encore un grand nombre d'églises dépourvues d'écoles, et le sixième concile de Paris, en l'année 829, rappelant les ordres donnés par l'empereur, gourmandait les prélats trop lents à les exécuter (1). Cependant, dès le temps de Charlemagne, furent instituées en divers lieux de grandes écoles, où de toutes parts affuèrent des auditeurs. Alcuin dirigea celle de Saint-Martin de Tours, les abbés Baugulfe, Gervold et Adalbard celles de Fulda, de Fontenelle et de Corbie; l'archevêque Leidrade et l'évêque Théodulfe fondèrent celles de Lyon et d'Orléans. Ecrivant à Charlemagne, pour lui rendre compte de l'administration de son église, Leidrade lui disait qu'il avait une école de chanties très-habiles, et en outre une école de lecteurs, chargés d'interpréter les Psaumes, les Proverbes, les Prophèles et le Nouveau-Testainent (2). Nous ne nommons ici que les plus célèbres, les séminaires des maîtres qu'on vil ensuite porter aux extrémités du royaume la science qu'ils avaient reçue; beaucoup d'autres, auxquelles il ne fut pas donné d'acquérir une égale renommée, furent ouvertes vers le même temps : le zèle de quelques évêques lettrés alla même plus loin; Théodulfe enjoignit à lous les curés de son diocèse, dans les moindres bourgs, dans les villages, de recevoir et d'insiruire gratuitement tous les enfants qu'on voudrait bien leur confier (3).

De ces écoles instituées sous les auspices du grand Charles, la plus célèbre est celle du Palais. S'il plaît à quelques historiens de supposer qu'il y eut toujours une école établie dans le palais des rois francs, c'est une conjecture qu'ils ne justifient pas. On n'hésite pas à croire que même les plus barbares de ces rois eurent dans leur cohorte, dans leur cortége aulique, des gens de quelque savoir, réputés gens de lettres, qui avaient la charge d'écrire leurs missives et de les récréer par de courtes lectures, :ivant l'heure du sommeil; mais aucun de ces lecteurs, de ces scribes, ne professait une science quelconque devant un auditoire d'étudiants. Ainsi l'école du Palais est véritablement une fondation de Charlemagne. Nous lisons dans un de ses diplômes : « Toujours préoccupé de rendre meilleur l'état

(1) Labbe, Concilia, t. VII, col. 1620.
(2) Biblioth. mar. Patr., edit. Lugd., t. XIV, p. 233.

(3) Theodulf Capitulare, art, 20. Voici le texte de ce capitulaire : « Presbyteri per villas et vicos scholas habeant, et si quilibet tidelium suos parvulos ad discendas litleras eis commendare vult, eos suscipere et docere non renuant, sed cum summa caritate eos doceant... »

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» de nos églises, nous nous employons de tous nos efforts à rétablir v l’officine des lettres, dont l'inertie de nos ancêtres a presque laissé v perdre le souvenir, et cette noble étude des arts libéraux, nous la » recommandons même par notre exemple (1). Qui n'eût pas ensuite, du moins parisi les gens de la cour, considéré comme glorieux ce titre d'écolier que Charlemagne prenait lui-même dans un acle public? Il assistait, en effet, avec ses fils, avec ses filles, aux leçons données par les régents de son école et ne négligeait rien pour en profiter. Il surveillait, en outre, ses compagnons d'élude, et intervenait à propos pour admonester et châtier ceux qui le méritaient. Le moine de Saint-Gall nous raconte à ce propos une intéressante anecdote. Charlemagne, arrivant d'une expédition lointaina, fait venir en sa présence les jeunes étudiants de l'école palatine, ceux de race servile et ceux de race noble, les interroge et lit leurs cahiers. Satisfait des lettres et des vers que lui présentent les écoliers de la plus humble condition, il les range à sa droite et leur dit : « Je vous loue beaucoup, mes enfants, de votre zèle à

remplir mes intentions et à chercher votre propre bien de tous

vos moyens. Maintenant, efforcez-vous d'atteindre à la perfection; » alors je vous donnerai de riches évêchés, de magnifiques abbayes, » et je vous tiendrai toujours pour gens considérables a mes yeux. » Les nobles, au contraire, n'ayant offert que des compositions médiocres, il leur dit d'un lon courroucé : « Quant à vous, fils des prin» cipaux de la nation, vous, enfants délicats et tout gentils, vous » reposant sur votre naissance et votre fortune, vous avez négligé » mes ordres ainsi que le soin de votre propre gloire, et préféré » rous abandonner à la mollesse, au jeu, à la paresse ou à de futiles » occupations. Par le roi des cieux, permis à d'autres de vous v admirer; je ne fais, moi, nul cas de votre naissance et de votre

beauté. Sachez donc et retenez bien que, si vous ne vous hâlez » de réparer par une constante application, votre négligence passée, s jamais vous n'obtiendrez rien du roi Charles. » Une école ainsi gouvernée pouvait être le modèle de toutes les autres.

A la mort de Charlemagne, les dissensions civiles qui eurent pour conséquence le démembrement de l'empire vinrent détourner beaucoup d'esprits des études libérales. Les invasions des Arabes et des Normands ne causèrent pas moins de troubles, et ne firent peut-être pas moins de ruines. Cependant la plupart des écoles restèrent ouvertes, et si les laïques, occupés d'autres soins, cessèrent de les fréquenter, on y vit constamment accourir, et des plus lointaines régions de jeunes clercs pleins d'ardeur pour la science. Sous Louis le Débonnaire et sous Charles le Chauve, l'école du Palais acquit dans toutes les provinces de l'empire une grande renommée; les gymnases ecclésiastiques de Tours, de Lyon, d'Orléans, de Mayence, de Fulda, de Metz, du Mans, de Saint-Gall, de Corbie, de Corwey, de Reichenau, de Ferrières, furent aussi très-florissants.

Non, sans doute, tout le monde n'approuve pas ce beau zèle pour l'étude ; l'ignorance a conservé quelques partisans. Le célèbre abbé de Ferrières, Loup Servat, se plaint des envieux qui calomnient et découragent autant qu'ils le peuvent les gens studieux. On vient, dit-il, aux écoles, puis on les quilte, dans la crainte d'y gagner une

(1) Baluze, Capitul., t. I, col. 203.

fâcheuse renommée (1). Au témoignage d'Amalaire, diacre de Metz, certains évêques indolents et grossiers se déclarent encore en public ennemis de toute science, a disant que c'est péché de lire, même » les Ecritures, et méprisant comme d'inutiles brouillons ceux de » leurs clercs qui jour et nuit méditent sur la loi de Dieu (2) ». C'est ainsi qu'ont été raillés et flétris les novateurs de tous les temps. Cependant ces évêques altardés dont parle le diacre Amalaire ne sont plus de son temps assez nombreux pour arrêter le progrès des études. Vainement ils gémissent, ils déclament, ils menacent; ils ne sont pas écoutés, ils ne sont pas obéis. En effet, qui maintenant a le plus de passion pour la grammaire et les autres études profanes ? C'est l'Eglise. Dans la plupart des assemblées diocésaines, dans les conciles nationaux, l'établissement de nouvelles chaires est une question constamment agitée. Toutes les villes sollicitent une école, el celles dont la requête n'a pas encore été favorablement accueillie vont porter leurs plaintes devant l'évêque des évêques. Et celui-ci leur répond : « De divers lieux on nous fait v savoir qu'on n'a pas de maîtres et que l'étude des lettres est com

plétement négligée. Que dans tous les évêchés, dans toutes les s villes qui en dépendent et partout où la nécessité s'en fera sentir, » on s'emploie avec la plus grande diligence à instituer des maîtres, » des régents, chargés d'enseigner assidûment les préceptes des » belles-lettres el des arts libéraux; quia in his maximē diviña mani» festantur atque declarantur mandata. » Tels sont les remarquables termes d'une lettre d'Eugène II, un des papes contemporains de Louis-le-Débonnaire. C'est donc maintenant un pape qui montre et prépare la voie où la jeunesse des Gaules ne voudra bientôt plus avoir d'autres guides que les philosophes, très-bien nommés « les Patriarches des hérétiques. » Et puis, quand, après quelques siècles de fécond labeur, les lettres auront enfin élé péniblement restaurées par d'humbles clercs, de pauvres moines, encouragés par des papes; quand les écoles grandies auront passé de l'étude de la grammaire à l'étude de cette philosophie première que nous appelons métaphysique, l'Eglise, maudissant l'ouvre de ses mains, allumera des bûchers pour y précipiter élèves et maîtres. Mais ce ne sera pas heureusement la dernière de ses variations.

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(1) Servati , Lupi Epistol. I. Voici le passage : « Oneri sunt qui aliquid discere affectant, et veluti in edito sitos loco studiosos quosque imperiti vulgo aspectantes, si quid in eis culpæ deprehenderint, id non humano vitio sed qualitati disciplinarum assignant. Ita dum alii dignam sapientiæ famam non cupiunt, alii, famam verentes indi

, a tam (2) Amalarius diaconus, De ecclesiast. officiis, lib. II, c. 3.

ANNÉE 4870.

20

MOIS DE NOVEMBRE.

Séance du vendredi 4.

PRÉSIDENCE DE M. RENAN.

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et la rédaction en est adoptée.

Il est donné lecture de la correspondance officielle.

M. le Ministre de l'intérieur, par une lettre en date du 3 novembre, accuse réception des fragments du Cartulaire de Saint-Sulpice de Bourges, qui avaient été communiqués à l'Académie pour servir aux travaux préparatoires du recueil des chartes et diplômes antérieurs à 1180.

M. Egger lit des observations historiques sur les mots grecs et latins qui désignent l'encre et sur leurs dérivés en français. Cette communication complète celle du 24 octobre dernier relative au papyrus Sakkinis, qui appartient aujourd'hui à l'Université d'Athènes. En voici le résumé :

« Le mot pêhay se trouvant une fois dans le papyrus grec Sakkinis, qui contient des comptes de ménage, fait penser au mot trénupos qui se lit plusieurs fois dans des papyrus semblables des musées de Leyde et de Paris. M. Egger en a pris occasion de quelques recherches sur les noms de l'encre dans les langues grecque, latine et française. Dans une note spéciale sur ce sujet, il examine successivement les mots μέλαν, d'ou les composés μελάμBpoyov et melavouprós, atramentum, d'où le dérivé atramentarius ; ŠYXQUttov, en latin encaustum puis encautum, d'où le dérivé encautarius ; puis les dérivés néolatins d'atramentum, à savoir : atrement, adrement, arrement, airement; enfin les dérivés d’encautum, à savoir : le provençal encaut, le wallon enche, le picard enque, le français encre, l'italien inchiostro; et il discute diverses questions d'étymologie qui se rattachent à l'explication de ces dérivés modernes.

» A côté des mots classiques viennent se ranger quelques mots

d'un usage ou plus récent ou simplement poétique, dont l'examen offre quelque intérêt soit pour l'histoire des arts, soit pour la lexicologie, et devra, par conséquent, etre compris dans le court mémoire dont la note lue à l'Académie n'est qu'une première esquisse. »

M. Mariette lit, en communication, des Remarques sur l'âge de pierre en Egypte qui donnent lieu à un échange d'observations entre l'auteur et plusieurs membres, notamment MM. BRUNET DE PRESLE, DESNoyers et de LONGPÉRIER. -- Il en résulte que les expressions d'âge de pierre et de temps préhistoriques dont on a beaucoup abusé, chez nous surtout, jusqu'à ces derniers temps, ne peuvent être maintenus sans des distinctions et des restrictions considérables dont le travail de M. Mariette fait sentir plus que jamais la nécessité.

M. Charles-Emile Ruelle communique la notice suivante :

L'alimentation en temps de siége chez les anciens.

a L'Académie n'a pas oublié que M. Vincent, mon illustre et regretté maitre, lui fit, de 1862 à 1866, plusieurs communications dont les éléments étaient empruntés à l'étude qu'il avait entreprise sur les traités grecs relatifs à la balistique et à la poliorcétique. Associé dès l'origine à cette étude et chargé d'un travail préparatoire sur la traduction et l'établissement du texte de ces traités, j'y ai rencontre divers passages auxquels m'a paru donner une sorte d'actualité la situation inouïe faite aux Parisiens de 1870 par leurs hôtes allemands de 1867.

v Philon de Byzance, ingénieur et architecte grec du deuxième siècle avant l'ère chrétienne, qui avait étudié, dit-on, la mécanique à Alexandrie vers le temps où florissaient Ctésibius, puis son disciple Héron l'ancien, écrivit une Poliorcétique dont il ne nous est resté que deux livres, le quatrième, cité par Vitruve (1.VII, Praef.), qui traite de la balistique, et le cinquième, sur la défense et l'attaque des places. C'est de ce dernier livre

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