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que j'extrais certains morceaux intéressant l'alimentation des villes investies. Le plus souvent je transcris textuellement la traduction inédite encore de M. Vincent, non sans garder l'espoir que, grâce aux soins d'une pieuse affection filiale, les amateurs de l'antiquité scientifique jouiront un jour de l'æuvre entière du savant académicien, qui comprend, dans cet ordre, outre les deux livres de Philon, la traduction française faite pour la première fois et la recension paléographique de presque tous les textes qui composent le Mathematici veteres de Thevenot et le Recueil de poliorcétique publié avec une si grande perfection par M. Wescher.

PHILON.

Poliorcétique (livre V). -- Pagination du Mathematici veteres.

APPROVISIONNEMENT.

Page 86. « [En cas de siége] (1) il convient de déposer les biens publics dans les maisons particulières, mais (seulement) les articles peu susceptibles de corruption, par exemple l'orge grillée, le blé en bottes, le pois chiche, le lupin, l'ers (espèce de lentille), le sésame, l'hippaque ou fromage de lait de jument, le pavot pour la composition des médicaments, le millet, des pains de blé rouge, et, à l'usage des citoyens aisés, des viandes que l'on a conservées en suspension, les unes dans la lie de vin et d'autres dans le sel. Ces provisions ne sont pas d'un médiocre secours pour sustenter et fortifier ; et elles offriront une ressource toujours suffisante, ne demandant ni préparation, ni assaisonnement. Citons encore la vesce torréfiée, si cela se peut, sinon, telle qu'on l'aura, ou bien pétrie avec des olives, car par ce moyen, elle devient incorruptible; des foies conservés avec

(1) M. Vincent a cru devoir ajouter ces mots : Cependant il faut se demander, avant d'adopter définitivement cette restitution, si l'auteur, dans tout le passage relatif à l'approvisionnement, ne parle pas plutôt de celui que l'on doit emmagasiner en tout temps, pour le cas d'un investissement ou d'une disette. La suite des extraits confirmera cette interprélation. C. E. R.

le fiel (excepté ceux des porcs), salés et séchés à l'ombre, car ils demeurent ainsi à l'abri de la corruption.

» Il faut réunir tout cela à l'aide de cuisiniers et d'autres gens requis par décret; puis purifier aussi bien que possible les orges et les blés.

EMMAGASINAGE.

I. « Cela fait, on creusera des silos très-profonds dans un sol découvert, puis l'on étendra sur le fond, à une profondeur de 4 doigts (1 1/2 décimètre) et tout à l'entour, un enduit composé d'argile mêlée avec du marc d'olive et de la paille hachée, et dans lequel on introduira deux parties de bourre et une de sable. Ces silos seront des magasins excellents pour recevoir les provisions susdites, lorsqu'elles auront subi une dessiccation complète.

» Le froment une fois introduit, il faut enfoncer à la partie centrale et faire entrer jusqu'au goulot une bouteille de vinaigre, le plus acide [M. V. page 87] qu'il se pourra ; puis on mettra sur le tout une couverture en forme de cône faite avec des briques qu'on lutera tout à l'entour, au moyen de l'enduit préparé. De cette manière donc les provisions seront à l'abri de la putrefaction.

II. « On peut aussi, d'après une autre méthode, les emmagasiner dans des greniers dont les murailles, ainsi que le plancher, sont enduits de marc d'olives. Il doit y avoir des fenêtres et des soupiraux nombreux tournés du côté du nord et fermés avec un grillage, afin que les denrées ne puissent être atteintes par les oiseaux ou que les autres) animaux destructeurs ne puissent les attaquer.

III. « Le blé ne peut se corrompre lorsque par cette méthode il a été soumis à l'action du vinaigre. Cependant, si l'on est à court de bois, voici un procédé pour établir des greniers (1):

» Après avoir posé les fondations du bâtiment à construire, il faut mesurer la moitié de la largeur et prendre cette moitié

(1) Non plus en bois mais en pierre. C. E. R.

pour hauteur d'un demi-cercle (1). Après cela il faut construire de chaque côté des cintres en briques, de 3 coudées (1 mètre 1/2) [de pourtour). Ils auront 2 coudées d'ouverture (1 mètre); alors les briques étant placées sur les fondations, il faut tracer les voûtes sur une longueur d'une coudée et leur donner une largeur de 2 coudées. Ce travail se fera avec des pierres taillées et polies, les plus grandes possible, afin qu'elles puissent supporter un poids (considérable). Lorsque les voûtes seront assemblées, il faudra construire des murailles droites sur les fondations et remplir avec des briques l'intervalle compris entre les murailles et les voûtes, de manière que la construction soit quadrangulaire et d'une hauteur égale aux voûtes. Ensuite, dans les intervalles des voûtes, il faudra appliquer des solives trèsfortes, puis du chaume par-dessus et couvrir le tout de mortier aussi bien que possible.

» Si vous voulez établir un grenier sur cette construction, posez des poutres et des solives et couvrez le toit avec des tuiles ou avec un bon mortier; mais si vous bornez là votre construction, disposez des espèces de chambres et vous n'aurez pas besoin de solives (2). Or, afin que votre construction présente des dimensions convenables, ayant une grar deur proportionnée à la hauteur (3), établissez les fondations de la grandeur que vous voudrez, en donnant aux voûtes, à partir des fondations, une hauteur égale à celle que nous avons dite. Mais si vous voulez que le linteau (örtépoupov) ne soit ni d'une seule pièce de bois, ni(même en bois, de peur d'incendie, alors, après avoir fait l'entrée de la grandeur que vous voudrez, vous construirez des tours en dehors; puis, ayant posé à la partie supérieure des pierres taillées inclinant les unes à gauche les autres

(1) Cette hauteur doit être mesurée sur le sol, le mot étant pris dans le sens purement géométrique. A. J. H. V.

(2) Il s'agit ici des solives qui devaient être placées entre les voûtes. C. E. R.

(3) Hauteur qui est elle-même, on l'a vu, proportionnée à la largeur du bâtiment. C. E. R.

à droite, vous mettrez ensuite comme clef de voûte une pierre large par en haut, étroite par en bas, en lui faisant faire office de coin. Cela fait, vous ôterez les briques employées comme auxiliaires, car l'ouvrage se soutient solidement par lui-même; et ce procédé est utile, même dans la construction des tours lorsque l'on veut y pratiquer des poternes sacs y faire entrer de poutres (1).

» Telle est donc la manière dont il faut construire les magasins d'approvisionnement.

» Du reste, en fait de blé, celui-là est (page 88) moins sujet à souffrir qui provient de semailles faites avec soin dans une terre bien labourée, puis moissonné bien sec et conservé en gerbes le plus longtemps possible.

IV. « Il y a encore un autre moyen de préserver le blé de la corruption : c'est, après avoir fait une espèce de litière avec de la paille, de l'étendre tout autour des silos (2), puis, la recouvrant d'un lut argileux, d'y mettre les approvisionnements et enfin d'y jeter du foie de cerf desséché et coupé par petits morceaux.

V. « Un autre excellent moyen de préserver de la corruption le blé, l'orge et les légumes, c'est, après avoir coupé en morceaux, avec des instruments en pierre, les fruits du fenu-grec, de mettre dans les silos les fruits susdits ou de la sarriette, ou de l'origan, en les mêlant tels quels avec les légumes que l'on veut conserver.

• Vous établirez aussi, au moyen d'un ruisseau, une irrigation cxtérieure autour des magasins. Il faut que ces sortes de constructions soient munies de trémies adaptées à la toiture, afin que l'on puisse à volonté y introduire sans peine les provisions et les faire tomber à la partie inférieure.

» Quand on veut approvisionner une ville, il faut que ce soit

(1) Le grec dit voutes (fadloss) au lieu de poutres (otpw Tripes). C'est évidemment une erreur de copiste. A. J. H. V.- Je demande à faire mes réserves sur celle conjecture. G. E. R.

(2) A l'intérieur, bien entendu. C. E. R.

au moins pour une année. Il faut faire les achats à l'époque où les denrées sont au plus bas prix, puis, après un certain laps de temps, on consomme les provisions anciennes, et l'on emmagasine de nouveau par précaution contre les cas de siége ou de disette.

ALIMENTATION

1. « Il est utile aussi de déposer dans les maisons particulières des oignons marins (1) et d'autres, et d'en cultiver autour de la ville, tout le long des murailles, afin que, en employant la recette d'Epimenide (2), les citoyens ne souffrent pas dans les moments de disette. Cette recette est la suivante :

» Après avoir fait cuire [les oignons) et les avoir coupés trèsmenu, on y mélange un cinquième de sésame, environ un quinzième de pavot (3), et l'on broie le tout ensemble, en y ajoutant du miel de la meilleure qualité, puis l'on en fait des pastilles de la grosseur de fortes olives. Si l'on prend une dose de cette composition vers les deux heures, et une autre vers les dix heures (4), on n'aura point à craindre de souffrir beaucoup de la faim.

II. « [P. 88.] Il y a encore une autre préparation, analogue à celle-là, qui doit être composée de la manière suivante : On prend un demi-setier de sésame attique (5), un demi-conge de miel (6), une cotyle d'huile (7), et un chenix d'amandes douces

(1) Scilles ou squilles. V.

(2) V. Barocius f. 3, vo et Th. H. Martin sur Héron, p. 455. Cf. P. A. Cap., Histoire de la pharm. et de la matière médicale, l. I, p. 39.Epimenidium, chez Théophr. et chez Pline : mauve, asphodèle rameuse, squille ; – huile de sésame, amandes pilées, miel. (Cadet, Journal de pharmacie, t. V, 87.) - A. J. H. V.

(3) Proportions énoncées soit : oignons, 1 kil.; sésame, 0,200 gr.; pavot, 68 gr. C. E. R.

(4) C'est-à-dire, dans notre manière de compter, 8 h. du matin et 4 h. du soir. A. J. H. V.

(6) Un peu plus de 4 litres.
(6) Plus d'un litre et demi.
(7) Plus d'un quart de litre.

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