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épluchées (1). On torréfie le sésame, on pile et on tamise les amandes, et ensuite on épluche des oignons, en rejetant les racines et les feuilles ; puis, après les avoir hachés menu, on les met dans un mortier pour les réduire en pâte molle. Après cela les oignons, une fois pilés dans le miel et l'huile [p. 89), sont jetés dans une marmite que l'on met sur le feu pour faire cuire le mélange. Lorsque tout cela commence à bouillir, on y introduit par petites quantités le sésame et les amandes que l'on agite avec une baguette jusqu'à ce que le tout soit employé. Dès que la préparation est bien épaissie, on la retire (du feu) pour en faire de petits pains. Celui qui en mangera un le matin et un le soir aura pris une nourriture suffisante.

» Cette préparation est aussi très-avantageuse pour les expéditions, car elle est agréable au goût, apaise la faim et n'excite pas la soif.

III. « On compose aussi un alipient avec la mauve et le fruit de l'oignon mêlés en proportions égales, broyés ensuite dans un mortier, puis mélangés avec du miel cuit. On en fait de petits pains.

IV. « On mange aussi l'oignon marin, comme l'oignon commun, cuit sous la cendre et bien rôti, puis dépouillé de sa pelure et broyé dans la farine d'ers.

Vet V bis. « On le prend aussi en infusion dans du vin trempé, la valeur de 3 cotyles (2). – Ou bien encore mêlé avec du vinet du miel, de manière à former une boisson épaisse comme le cycéon (3). Préparée de cette manière, cette composition offre une nourriture suffisante et dont la propriété diurétique est trèsfavorable à la santé.

VI. « On en fait aussi une espèce de pain, en la faisant bouillir par trois fois jusqu'à ce qu'elle soit bien fondue et réduite d'un tiers. Le pain ainsi obtenu est d'une nature fortifiante.

(1) Plus d'un litre.
(2) Plus de 78 centilitres.

(3) Espèce de boisson ou plutôt de potage composé de diverses plantes. C. E. R.

VII. «Il en est de même des figues : pilées avec des pepins de raisin (1), réduites en gâteau et parées d'une décoction) de fenouil, eiles sont, on le sait, d'une très-grande ressource dans les siéges.

VIII. « Une autre nourriture qui ne le cède à aucune, ce sont les viandes très-cuites et mortifiées, mêlées avec du beurre et du miel, ainsi que le suc de cette composition versé dans des vases bien nets.

IX. « On tire encore un bon parti de l'avoine torréfiée doucement sur la cendre dans une marmite neuve, puis infusée dans l'huile. On y trouve à la fois un aliment et un remède contre la dysenterie.

« Il importe également d'établir des jardins dans les maisons particulières et dans les citadelles, ainsi que près des temples des dieux. Cette pratique, bien qu'ayant principalement pour but la salubrité de la ville, acquiert en cas de siége une autre utilité : en effet, que l'on y plante des figuiers et des palmiers, si le terrain le permet, et qu'on y sème la cucurbite indienne ou grecque, le pied-de-veau, le chou, la laitue, l'autres légumes encore, et ces jardins deviendront extrêmement utiles.

[Page 90.] « Si les eaux ont été corrompues, il faut prendre de l’orge torréfiée, en mettre la valeur d'un cyathus sur deux conges (environ deux cuillerées par litre) du meilleur vinaigre, et réduire le tout par l'ébullition; en versant de cette décoction dans les eaux corrompues, elles redeviendront potables en peu de temps. »

Ici se termine la série des prescriptions que nous fournit la Poliorcétique de Philon de Byzance. Je me suis assuré que celle d'Apollodore, faite exclusivement en vue de l'attaque des places, n'ajoute rien à ce contingent. On pourrait compléter cet aperçu par l'examen comparé des procédés que mentionnent d'autres écrivains, militaires, médecins ou naturalistes de l'antiquité. Pour ce qui me regarde, je n'avais d'autre but que de remettre en lumière une page utile peut-être, et d'ailleurs assez peu connue,

(1) Ou plutôt : avec l'intérieur du grain de raisin sec. C. E. R.

de la littérature grecque. En outre, un sentiment que l'Académie appréciera m'a donné l'assurance nécessaire pour oser rompre le silence devant elle et arrêter quelques instants son attention. Je me suis dit que M. Vincent, s'il avait pu assister au saisissant spectacle qui se passe sous nos yeux, n'eût pas manqué de soumettre à ses confrères les morceaux qui précèdent, dans la pensée que cette communication devrait profiter à la technologie moderne. »

M. BRUNET DE PREsle ajoute à cet exposé, qui tire un nouvel intérêt des circonstances du moment, des observations relatives à la conservation des blés.

Séance du vendredi 11.

PRÉSIDENCE DE M. RENAN.

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et la rédaction en est adoptée.

il n'y a pas de correspondance.

M. le PRÉSIDENT communique à l'Académie la nouvelle, répandue par les journaux, sur la foi du Times, de la mort de M. MéRIMÉE. Il se plait à espérer que cette triste nouvelle ne se vérifiera pas, et il ne veut qu'en faire aujourd'hui la simple mention, comme il a été fait jeudi dernier, sous les mêmes réscrves, à l'Académie francaise.

Sur la proposition de M. le PRÉSIDENT, la double élection de MM. VILLEMAIN et ALEXANDRE, précédemment fixée par l'Académie au 3e vendredi de novembre, est ajournée.

M. RENIER communique une notice sur deux inscriptions latines relatives aux divisions de la Gaule sous les empereurs, spécialement aux Novempopuli. Quelques observations d'un membre de l'Académie sur des différences de caractères qui l'auraient frappé dans la seconde partie de la première de ces inscriptions sont un moment controversées, mais après examen n'ont pas de suite.

M, DE LONGPÉRIER met sous les yeux des membres de l'Académie l'empreinte d'une bague d'or appartenant à M. Jules Charvet, et donne lecture d'une notice sur cet objet précieux.

« M. Charvet, dit-il, a réuni des séries très-importantes de matrices de sceaux du moyen-âge; et il a placé en tête un certain nombre de bagues d'or appartenant au temps des Mérovingiens, et portant sur leur chaton des monogrammes et des inscriptions gravées en creux. Ces anneaux ont servi de cachets ou sceaux privés. Leur propriétaire m'en a confié l'étude et j'ai pensé que l'un d'entre eux était de nature à intéresser particulièrement l'Académie.

Cet anneau a été un peu maltraité par le temps ; il a perdu une partie notable des ornements qui accompagnaient son chaton. On sait, en effet, que la plupart des bagues mérovingiennes d'or sont décorées de groupes de deux ou trois globules soudés sur l'anneau, au point où il s'unit avec le chaton. Dans la bague dont il est ici question, un seul de ces globules subsiste; mais il est facile de voir les traces de soudure qui indiquent la place où les globules perdus étaient autrefois fixés.

M. DE LONGPÉRIER montre à ses confrères d'autres bagues mérovingiennes qui portent ces globules décoratifs au complet ; mais sans insister sur ces détails préliminaires, il revient au premier anneau. Celui-ci, qui a été trouvé à Laon, offre la légende + BERTILDIS

autour d'un monogramme. Or, cette lé

gende circulaire, consistant en un nom pro

pre, le monogramme doit représenter, non

plus un nom, mais un titre, et l'on peut d'au

tant mieux s'arrêter à cette idée que l'on connait diverses monnaies sur lesquelles les titres REX, DVX, MARCHIO, COMES, EPS (episcopus), en toutes lettres ou en monogrammes, occupent la place centrale et sont entourés par des caractères disposés en cercle, et formant les noms des personnages qui portaient ces titres. Le monogramme gravé sur la bague de BERTILDIS se lit facilement RESINA, et M. DE LONGPÉRIER en conclut que le sceau a appartenu à Bertilde, une des femmes de Dagobert I (628-638).

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» De cette femme on sait peu de chose. Son nom apparaît dans un passage de la Chronique attribuée à Frédégaire, au paragraphe LX, où, parlant de Dagobert, l'écrivain dit : « Luxuriæ supra modum deditus tres habebat, ad instar Salomonis, reginas, maxime et plurimas concubinas. Reginæ vero hæ erant Nantechildis (Nanthildis), Vulfegundis (Vulfigundis), et Berchildis (Berthildisj. On donne ici les diverses formes de ces noms telles qu'elles se trouvent imprimées par Dom Bouquet (Hist. de France, t. II, p. 437).

> Berchildis peut être un état de Bertechildis, connu de l'un des copistes ; cette forme peut aussi provenir de la ressemblance graphique du C et du T dans la minuscule. Le Polyptyque d'Irminon nous montre tantôt Berthildis et tantôt Bertildis. Mais la bague, que son style, que sa forme ne permettent pas de faire descendre au delà du VIIe siècle, prouve qu'au temps même des Mérovingiens le caractère H pouvait etre omis. L'irrégularité orthographique était alors extrême ; c'est ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, que les monnaies d'or de Clotaire II (584-628) portent tantôt CHLOTARIVS, et tantot CLOTARIVS; et qu'un tiers de sou du même prince, frappé à Embrun, présente la légende CHLOTHACHARIVS RIX (avec trois H).

» Quoiqu'il en soit, les érudits qui auront à donner une nouvelle édition de la Chronique attribuée à Frédégaire pourront tirer quelque parti de la bague de Berthilde; en premier lieu, parce qu'elle fournit la forme orthographique adoptée par cette princesse elle-même ; en second lieu, parce que le titre inscrit en monogramme sur la bague prouve que le chroniqueur a eu raison de ranger Berthilde parmi celles des épouses de Dagobert qui ont été reconnues comme reines, soit par les grands, soit même par les gens d'église, comme donne lieu de lé penser l'incise ad instar Salomonis, destinée à servir d'excuse biblique, ou au moins d'exemple atténuant à la polygamie royale.

» Les auteurs de l'Art de vérifier les dates se sont bornés à dire, en parlant de Dagobert: «Ce prince avait eu pour femmes Gomatrude, Nantilde, Ragnétrude, Wulfégonde et Berthilde » ; et ils s'abstiennent de toute distinction.

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