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renseignements de toute nature qui jettent le plus grand jour sur l'histoire intime de cet empire byzantin, si incomplétement et insuffisamment étudié par la science moderne. M. Revillout fait voir combien les papyri du Louvre concordent admirablement avec ce que nous savions déjà par les anciens auteurs et le Corpus Juris. Les évêques avaient pris depuis un siècle une importance de plus en plus grande dans l'administration romaine. Au moment où fut rédigé le code de Justinien, ils possédaient déjà une juridiction exclusive de toute autre au criminel sur les moines et les clercs. Ils avaient la haute direction de toutes les fondations pieuses, hôpitaux, asiles de vieillards, orphelinats, bureaux de bienfaisance, etc., et à ce titre ils se faisaient mettre en possession des biens compris dans les legs pieux et de toutes les sommes nécessaires, si les héritiers tardaient trop à accomplir la volonté des testateurs. Conjointement avec les magistrats civils ils désignaient les tuteurs des enfants, les curateurs des mineurs ou des fous. Ils recevaient dans leurs basiliques un grand nombre d'actes et leur communiquaient le caractère d'authenticité. Ils avaient à intervenir dans toutes les questions de meurs et de protection individuelle, soit entre le maître et l'esclave, soit entre le père et l'enfant, soit entre le magistrat et les sujets de l'empire. Ils exerçaient le droit d'asile dans leurs églises, le droit de surveillance dans les prisons. Chaque semaine ils interrogeaient tous les prisonniers tour à tour, recevaient leurs plaintes sur les traitements qu'ils subissaient, faisaient abréger la durée des détentions purement préventives et avertissaient l'empereur quand ils trouvaient le juge en faute; non-seulement ils controlaient activement toutes les actions des præsides administrateurs, entre les mains desquels Justinjen avait réuni tous les pouvoirs judiciaires, civils, militaires et fiscaux; mais d'après une novelle ils pouvaient eux-mêmes désigner ces præsides, en s'entendant avec les notables de la province.

De là à gouverner en personne il n'y avait qu'un pas, et ce pas fut franchi. Après que les Perses, battus par l'empereur Héraclius, se furent retirés de l'Egypte qu'il avaient envahie depuis

quelques années, le patriarche d'Alexandrie Cyrus exerça les pouvoirs d'un préfet augustal et même presque d'un roi, car il fit la paix et la guerre ; sous sa domination les évêques étaient devenus forcément de véritables gouverneurs. Or, c'est précisément à cette époque mal connue que le métropolitain Pesunthius occupait le siége important de Coptos. Aussi ses papiers font-ils bien voir à chaque page toute l'importance de son rôle administratif et judiciaire en même temps que de son influence religieuse et prophétique, si je puis m'exprimer ainsi.

Pesunthius était en effet l'un des prélats les plus vénérés, les plus admirés de son époque. Ses discours sont pleins d'énergie et d'éloquence véritable; il manie avec élégance la langue copte, il paraît très-versé dans les connaissances du temps. S'il faut en croire son biographe, il aurait été initié aux sciences de l'ancienne Egypte, dont les diverses écritures n'avaient rien de caché pour lui, et un jour qu’un de ses disciples lui avait apporté un rituel funéraire trouvé dans une grotte sépulcrale, il l'ouvrit, le lut et y trouva le nom des morts, à la grande surprise et je dirais presque au grand effroi du pauvre disciple. Cette donnée, qui n'a du reste rien d'improbable, est confirmée pleinement par un des papyrus qui proviennent de Pesunthius; car on y trouve d'un côté un texte démotique et de l'autre côté un texte copte, écrits d'une encre tout à fait semblable, sinon identique. D'autres fragments de papyrus appartenant à la même collection portent au revers d'un texte copte une suite de caractères complétement inconnus qui, suivant l'heureuse conjecture de M. Pierret, pourraient bien être les caractères propres au peuple nubien. M. Etienne Quatremère a parlé, d'après les Arabes, de cette écriture nubienne qui ne ressemble à aucune autre.

En dehors de la collection de Pesunthius, si exceptionnellement riche, le musée du Louvre renferme également sur papyrus plusieurs actes de provenances diverses et d'un genre analogue à ceux du British Museum.

Les ostraca, par leur importance et par leur nombre, méritent d'être classés tout près des papyri. La plus riche collection fran

çaise d'ostraca coptes est de beaucoup celle qui appartient à M. Egger. Ensuite viennent celles de la Bibliothèque nationale et du Louvre, de MM. Miller et Lenormant. A Londres le British Museum et la collection Amhurst renferment aussi un bel ensemble de pièces coptes tracées sur des fragments de poterie.

Il en est de ces ostraca comme de ceux qui sont écrits en langue grecque et que M. Egger a si bien étudiés. Ils sont pleins de révélations inattendues sur la vie intime, sur les coutumes et les habitudes journalières de ceux qui les ont rédigés. On y trouve de tout, lettres familières, proscynèmes ou actes de ferme propos, comptes de ménage, morceaux tirés de la sainte Ecriture, stipulations, promesses et engagements, soit actuels, soit conditionnels, petits traités spirituels, actes de vente ou de donation, condoléances et conseils de direction, traités d'association commerciale, etc., etc. Les ostraca'se sont conservés beaucoup mieux que les papyri et ils ont servi à peu près aux mêmes usages ; car, ainsi que le dit M. Egger dans un de ses beaux mémoires, le papyrus était souvent sort cher et les fragments de poterie grise ou rouge qui abondent partout en Egypte convenaient admirablement pour y tracer des caractères avec une encre fortement gommée. A défaut de poteries, on prenait un caillou, une planchette, un morceau de cuir. Il existe de tous ces types dans les diverses collections tant de Londres que de Paris.

Personne ne s'était encore occupé de cette branche si productive de la littérature égyptienne. M. Revillout en a montré toute la richesse dans un chapitre fort étendu ; puis il a terminé son mémoire par l'étude de nombreuses inscriptions coptes gravées ou tracées sur pierre ou sur marbre qui se trouvent soit à Paris, au musée égyptien du Louvre et dans l'escalier de la section des médailles à la Bibliothèque nationale, soit à Londres, dans les salles du musée égyptien au British Museum.

Tous ces textes, dont M. Revillout a rapproché d'autres documents en grand nombre qui devaient les éclairer par la comparaison, forment un ensemble trop vaste pour qu'il soit possible d'en donner une idée dans un compte-rendu; mais M. Revillout a fait précéder leur étude d'une introduction grammaticale très

importante, dont nous détachons un chapitre, celui qui concernela phonétique et les transformations des mots grecs employés dans les divers dialectes de la langue copte:

« Primitivement la tendance basmurique à l'a se faisait sentir dans le thébain lui-même; elle s'est conservée assez tard dans les récits populaires, tels que le fragment du Faïoum, le morceau d'Ezéchiel et le papyrus médical. Nous la constaterons souvent dans nos ostraca.

o Ce remplacement de l'omicron thébain dans le corps des mots par un a basmurique ou vulgaire, nous semble prouver que les Egyptiens devaient avoir un son vocal comparable au kamets hébreu ou, ce qui revient au même, au zekopho syriaque. Les anciens grammairiens nous apprennent, en effet, que ces voyelles avaient un son intermédiaire entre celui de l'a et celui de l'o. Il en était encore ainsi du temps d’Aben Esra, en ce qui touchait le kamets. Maintenant les juifs d'Occident le prononcent a quand il est long, le prononcent o quand il est bref.

» Le zekopho, de son côté, est toujours un a pour une moitié des Syriens et toujours un o pour les autres. Les Nestoriens et les Maronites l'ont donc pleinement assimilé chacun à une de nos voyelles, en laissant perdre l'intonation qui l'en distinguait autrefois. C'est ce qu'ont fait également en égyptien les dialectes thébain et basmurique, après qu'ils eurent adopté dans l'écriture les lettres grecques. Quant aux autres sons vocaux, on en peut comprendre la nature, en étudiant la manière parfois fort différente dont le thébain et le memphitique transcrivent parallèlement les mêmes mots grecs. Cette appropriation diverse et spéciale de la langue grecque au copte n'a encore attiré l'attention d'aucun philologue et mérite cependant un examen sérieux.

» Régulièrement parlant, le memphitique a égard dans ses transcriptions à la prononciation réelle plutôt qu'aux signes graphiques des mots grecs; car, dans ce dialecte, les mots se prononçaient comme ils s'écrivaient et cette prononciation avait beaucoup d'analogie avec celle des Grecs modernes. Ainsi : el est toujours transcrit en memphitique par 1, a par ε. C'est le son

actuel de ces diphthongues chez les Hellènes. Cependan il faut remarquer que tout n'est pas aussi régulier et qu'il n'y a pas identité parfaite. La diphthongue ou, par exemple, subsiste constamment dans l'écriture; ce qui prouve qu'elle n'avait pas à cette époque le son d'un «. D'autre part, on conservait ordinairement l'ntc. Il paraît que, comme le suppose Schwartz dans une de ses admirables études, il y avait bien réellement, en Egypte du moins, un son qui tenait la moyenne entre l'a et l'i consécutifs rapidement prononcés comme dans les mots anglais : times, fire, etc. Ce son n'était donc pas sans une certaine analogie avec celui qu'attribue Erasme à l'nta. Nous pourrions le transcrire en français par un è muni d'un accent grave, bien que l'a et l'i eussent fait sentir faiblement encore leur présence, en se diphthonguant pour ainsi dire.

» Cependant il faut remarquer que, si l'ora était parfois représenté dans les mots grecs par une, et vice versa, nous possédons également quelques exemples d'nta transcrits par une ou par un u. Le contraire arrivait aussi et l’nte remplaçait souvent l', par simple raison d'euphonie, quand celui-ci semblait couper par un son aigu le milieu d'un mot. C'est ainsi que l'on écrivait: apXnTEXTWV, apXnETTLOXOTOS, etc. On ne doit pas oublier en effet que le copte appliquait quelquefois au grec ses propres règles d'euphonie et traitait même tout à fait à la mode égyptienne quelques-uns des mots qu'il lui empruntait. Par ce procédé, nous avons en thebain le mot ψυχοουε pluriel grec de ψυχη, προσευχοουε de προσευχη, επιστολοουε d' επιστολη, πρoβoλοουε de προβολη, πομπηυε de Troue Tin et ainsi de suite pour une quantité de mots grecs se terminant par un nta; de même que nous possédons dans les évangiles memphiliques la particule grecque ws recevant directement des affixes comme les adverbes coptes et se changeant alors en kosef" avec un omicron, suivant les règles ordinaires de la phonétique égyptienne.

» L’nte était du reste tellement une voyelle à part, qu'il a été adopté dans une foule de mots et de formes uniquement coptes dans les divers dialectes et qu'il y joue toujours un rôle grammatical très-tranché. Ce n'était donc en aucune façon un pur

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