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passage célèbre de Plutarque, au début de la Vie de Thésée, qui lui parait propre à jeter du jour sur la question controversée et qui éclaire particulièrement, selon lui, la configuration des extrémités de la carte. La discussion se renouvelle sur la lecture du mot Varü, à la suite de Franci, et l'explication qu'en a donnée M. Desjardins. Ce mot tronqué et qui n'a rien de géographique en lui-même parait à M. Renan devoir représenter les Angrivarii, et à M. RENIER, de préférence, les Ansivarii ou Ampsivarii, les uns et les autres, du reste, voisins des Franci et ayant fait partie de leur ligue.

Séance du vendredi 16.

PRÉSIDENCE DE M. RENAN.

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté.
Il est donné lecture de la correspondance officielle.

Par une lettre, en date du 10 décembre, M. le Président de l'Institut prie le Président de l'Académie de vouloir bien inviter la compagnie à désigner un lecteur qui la représentera dans la prochaine séance trimestrielle fixée au mercredi 4 janvier 1871.

L'Académie se forme en comité secret.

La séance étant redevenue publique, M. JOURDAIN termine la seconde lecture de son Mémoire sur l'éducation littéraire des femmes au moyen-âge.

ANALYSE.

Quand on a sous les yeux le tableau des universités et des colléges qui furent établis du XIIIe au XIVe siècle dans les différents pays de l'Europe, et particulièrement en France, on ne saurait nier que l'éducation de la jeunesse n'ait été alors une des plus constantes préoccupations de l'Eglise et de la royauté, des seigneurs féodaux et de la bourgeoisie. L'éducation des filles fut-elle pour nos pères l'objet de soins aussi diligents et aussi soutenus que celle des garçons ? Il serait déraison

nable et frivole de le prétendre. Cependant, même aux époques les plus sombres de l'histoire, depuis la chute de l'empire romain, jamais ce grand intérêt n'a été entièrement oublié. Pour s'en convaincre il suffit de considérer la suite nombreuse de femmes émérites qui, de Charlemagne à saint Louis, et de Philippe-le-Bel à Charles VII, se sont distinguées, non-seulement par leurs vertus publiques ou privées, mais par la variété des connaissances, et quelquefois même par le talent d'écrire. Où avaient-elles puisé, ces femmes illustres, l'éducation qu'elles possédaient ? Quelles écoles avaient-elles fréquentées ? Quelles leçons avaient-elles reçues ? En un mot, quelle a été au moyenåge l'éducation des femmes ? Telle est la question qui fait l'objet du présent mémoire.

C'est la religion chrétienne qui, la première, a consacré et fait prévaloir les maximes sur lesquelles s'appuieront toujours ceux qui réclament pour les femmes une sérieuse éducation. Le christianisme proclame en effet que la femme, bien que soumise à l'homme, ne vaut pas devant Dieu moins que l'homme ; qu'elle ne forme qu'une même chair avec l'homme ; qu'elle participe à ses devoirs en ce monde et à sa destinée dans l'autre. Les races germaines qui s'établirent sous l'empire romain étaient mieux préparées que d'autres à recevoir un tel enseignement, s'il est vrai, comme Tacite nous l'apprend, que les Germains reconnussent dans les femmes quelque chose de divin, qu'ils écoutassent leurs avis et leurs prédictions ; que dans la paix et surtout à la guerre elles fussent pour eux des compagnes fidèles, endurcies au travail, généralement chastes, toujours intrépides. Quand le christianisme fut prêché à ces nations grossières, il trouva donc le respect de la femme empreint dans leurs usages ; il épura ce sentiment traditionnel ; il le sanctifia et le fit concourir à la civilisation des peuples germains.

Ce fut ainsi que par la foi religieuse et par quelques-unes de ses traditions nationales la société du moyen-âge se trouva poussée à honorer la femme comme épouse et comme mère et à la protéger dès ses plus tendres années, en veillant à son éducation.

Dès le VI° siècle il existait sur le sol de la Gaule plusieurs monastères dans lesquels les lettres divines et humaines étaient cultivées par les religieuses, et ou de jeunes enfants étaient admises et élevées.

Au VII° siècle, sainte Gertrude, abbesse de Nivelle, qui savait, dit-on, par ceur, une partie de l'Ecriture sainte, faisait venir des livres de Rome et des maîtres d'Irlande pour l'enseignement des novices.

Sous le régne de Charlemagne, les efforts de ce prince pour relever les études ne furent certainement pas sans influence sur le progrès de l'éducation des femmes ; tout porte à croire que dans plusieurs diocèses, sinon dans tous, elles trouvaient à se procurer les connaissances tout au moins les plus élémentaires. Ainsi, une ordonnance épiscopale de Riculphe, qui vivait à la fin du IX° siècle, défend que les filles soient réunies aux garçons dans les écoles tenues par les curés; preuve irrefragable que ces écoles étaient déjà fréquentées par les enfants des deux sexes.

Du JX° siècle au XIII•il est constant que, dans les rangs les plus élevés, il est vrai, de la société, beaucoup de femmes se sont rencontrées, qui avaient reçu un certain degré d'instruction, qui appréciaient l'utilité de la science, aimaient les livres, recherchaient le commerce des savants et parfois cultivaient ellesmêmes les lettres et la poésie. Ainsi, pour nous borner à quelques noms : au IXe siècle, l'impératrice Judith, seconde femme de Louis-le-Débonnaire, et Dodane, duchesse de Septimanie; au Xe et au XIe siècle, Helvide, mère du pape Léon IX; Agnès, première femme de Geoffroi, comte d'Anjou ; la comtesse Mathilde, si fidèle à Grégoire VII; Adèle, comtesse de Blois; sa seur Adèle, religieuse de la Trinité de Caen; Emma, abbesse de SaintAmand-de-Rouen ; – au XIIe siècle, Mathilde d'Anjou, seconde abbesse de Fontevrault; Héloïse, qui dat sa renommée à son savoir autant qu'à ses fautes et à ses malheurs; Herrade, abbesse de Hohenbourg, dont il nous reste une si curieuse encyclopédie, l'Hortus deliciarum ; sainte Hildegarde, etc.

Dans l'éducation de ces femmes, toutes remarquables à des

titres divers, la part la plus considérable appartient à l'Eglise et au cloitre. Or, au sein des monastères, où la plupart furent élevées , l'enseignement ne se bornait pas aux connaissances usuelles, telles que la lecture, l'écriture, le chant et le comput; il comprenait l'éturle des livres saints et par conséquent celle du latin qui s'y trouve étroitement liée. Quelques religieuses ne reculaient pas devant les aspérités de la théologie, beaucoup cultivaient la versification latine, et nous ont laissé des échantillons de leur talent ou plutôt de leur inexpérience poétique, dans ces rouleaux des morts, que les communautés s'envoyaient réciproquement, afin d'obtenir des prières en faveur de leurs membres décédés. Enfin, une occupation importante de la vie du cloître, c'était la copie et l'enluminure des manuscrits.

L'influence de l'éducation monastique persiste au XIII• siècle; cependant il est facile d'apercevoir dès lors quelques traces d'un changement dans la manière dont les femmes étaient élevées.

Les habitudes de la vie mondaine impriment une direction nouvelle aux études des jeunes filles. M. JOURDAIN a rassemblé un grand nombre de textes, empruntés aux poètes du moyenâge, d'où il résulte clairement que l'éducation des demoiselles de noble extraction comprenait l'étude de la langue vulgaire, la récitation des fabliaux et des romans, le chant, l'art de s'accompagner sur les instruments le plus en vogue, comme la harpe et le violon, un peu d'astrologie, un peu de fauconnerie, la science des dés et des échecs, si familière à la société féodale, enfin les connaissances médicales nécessaires pour soigner, au retour d'un tournoi, d’une chasse ou d'un combat, les chevaliers blessés. En regard de ce plan d'études, il faut placer celui qu'avait imaginé un conseiller de Philippe-le-Bel, Pierre Dubois. Ce dernier plan consistait à réduire le nombre des couvents et à fonder, au moyen des ressources devenues disponibles, des écoles pour les deux sexes. Jeunes filles et garçons y auraient été admis dès l'âge le plus tendre. Parvenus à l'âge de raison, ils auraient appris, non-seulement le latin, mais l'hébreu, l'arabe et les autres langues de l'Orient. Cette éducation savante se serait terminée, pour les jeunes gens, par l'étude de la logique,

de l'Ecriture sainte et de la théologie ; et pour les jeunes filles, par l'étude de la médecine et de la chirurgie, y compris les sciences accessoires. Pierre Dubois destinait les jeunes filles, instruites dans les nouvelles écoles, à être envoyées en Orient pour y porter la civilisation chrétienne. Ce plan trop hardi échoua comme tant d'autres, sans avoir reçu aucun commencement d'exécution.

L'éducation que les enfants de famille noble recevaient dans les châteaux était plus brillante que solide; elle n'offrait rien de rassurant pour les bonnes meurs, et elle ne pouvait contribuer à les faire fleurir dans les familles. Aussi a-t-elle éveillé, sur le moyen-âge, les scrupules sévères de quelques censeurs qui, non contents de blâmer la lecture des romans, se sont prononcés contre l'instruction en elle-même. Tel est en particulier l'avis de François Barberino dans son curieux ouvrage Del reggimento et de costumi delle donne. Heureusement pour les femmes et pour les progrès de leur éducation, la cause des lettres eut ses avocats, parmi lesquels le plus convaincu et le plus éloquent, sans contredit, fut une femme, Christine de Pisan, dans un chapitre de la Cité des Dames « contre ceux qui disent qu'il n'est pas bon que les femmes apprennent les lettres. »

Dans la dernière partie de son mémoire, M. JOURDAIN parle de l'éducation des jeunes filles. Il rappelle qu'il existait très-anciennement, à Paris du moins, de petites écoles pour les filles, et que ces écoles se multipliaient assez rapidement. Ainsi au rôle de la taille de Paris, en 1292, on ne voit figurer qu'une seule maîtresse ; en 1380, on en trouve vingt et une.

Les écoles de filles étaient placées, comme celles des garçons, sous la juridiction des chantres de Notre-Dame; l'enseignement s'y bornait à l'abécédaire et un peu de calcul.

Des écoles semblables à celles qui existaient à Paris furent établies dans le reste de la France ; on en trouve la trace dans plus d'une province.

Ainsi donc, dit en terminant M. JOURDAIN, si de Charlemagne à Louis XI l'éducation des femmes a beaucoup laissé à désirer

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