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les localités qu'il passe en revue, l'auteur n'a rien omis de ce qui pouvait les faire connaître dans les plus petits détails. Les planches nombreuses qui accompagnent et éclaircissent ses descriptions témoignent assez de l'importance que le duc de Luynes attachait à la reproduction de ces monuments, lesquels néanmoins présentent un intérêt tout local, et sous le rapport de l'art en général n'offrent, en fait de construction et de décoration, rien de bien notable, sauf en ce qui concerne le vieux donjon de Chevreuse.

Telle est l'analyse sommaire d'un travail recommandable par des qualités plus solides que brillantes, mais appelé à rendre, s'il voit le jour, de très-réels services, car il contient sur une portion importante de l'histoire de l'Ile-de-France des résultats à la fois neufs et définitifs. Il est certain que, si le duc de Luynes n'avait pas été ravi si tôt à tous les genres d'illustration qui honorent sa mémoire, l'ouyrage de M. Moutié eût été publié sans délai pour faire suite à ces · beaux cartulaires que notre Compagnie a distingués et récompensés

précédemment. En attribuant aujourd'hui à l'Histoire de Chevreuse la première médaille du concours, non-seulement la Commission signale à l'attention publique un livre très-méritant par lui-même, mais encore elle s'associe pour une part à des intentions libérales qui n'ont pu et ne pourront peut-être, maintenant moins que jamais, se réaliser.

Le nom de l'écrivain érudit dont l'ouvrage a obtenu la seconde mé. daille n'est pas non plus étranger à cette Académie. M. Ernest Desjardins a figuré honorablement dans un précédent concours pour une bonne étude topographique sur les embouchures du Rhône. Maintenant il se présente avec un travail qui rentre dans le même ordre de recherches, mais est conçu sur un plan beaucoup plus vaste, puisqu'il s'agit de la Géographie de la Gaule, d'après la table de Peutinger. Lo gros volume que nous avons eu sous les yeux comprend : 10 la re. production des deux premjers segments de la carte originale, avec une carte de redressement; 2° une introduction critique sur l'époque et l'importance de ce manuscrit pour la géographie ancienne de la Gaule; 3° une table méthodique de dépouillement de tous les témoignages fournis par les auleurs, par les inscriptions, par les médailles; 4° une table alphabétique de renvoi tant aux segments de la carte qu'au texte explicatif, Celte simple énumération suffit déjà à donner l'idée des divisions adoptées par l'auteur pour parvenir à l'élucidation de la partie de la table de Peutinger où la Gaule se trouve comprise. L'importance de ce monument pour la géographie de l'empire romain tout entier était dès longtemps si généralement appréciée, qu'il a été donné depuis le XVIe siècle plusieurs éditions du précieux document. La seule dont on se servît jusqu'ici était celle de Scheyb, publiée à Vienne en 1753, et reproduite à Munich en 1824, presque sans changements, par les soins de Conrad Mannert. La réduction de la partie gauloise des deux premiers segments que notre savant confrère, M. Léon Renier, a fait graver d'après cette édition, el qu'il a publiée dans l'Annuaire de la Société des antiquaires de France pour 1850, n'a certes pas été sans influence sur le développement qu’ont pris chez nous depuis cette époque les études de géographie comparée. Malheureusement la reproduction de Scheyb et de Mannert était loin de mériter la réputation d'exactitude que lui avait faite le nom de ce dernier éditeur. Un autre de nos confrères, M. A. Maury, dans un voyage qu'il fit à Vienne en 1862, eut l'occaANNÉE 4870.

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sion de comparer l'édition de Mannert avec l'original pour ce qui concerne la Gaule, et il put y relever un assez grand nombre de mauvaises leçons et de tracés omis, qu'il a fait connaître dans un article de la Revue archéologique. Il était donc nécessaire d'entreprendre une révision complète de ce document capital et d'en donner une reproduction qui fût, autant que possible, minutieusement et rigoureusement exacte. C'est là le travail qu'a voulu exécuter M. Desjardins, et dont la partie qui intéresse notre pays a été soumise par lui à notre jugement. Depuis la clôture du concours et la proclamation de son résultat, l'Académie entière a pu se convaincre, par l'examen de l'épreuve photographique d'un des segments de la table, que les calques d'après Mannert, revisés sur l'original par M. Desjardins, puis gravés sur pierre et tirés en couleur, laissaient peu de chose à désirer, qu'ils fournissaient des instruments d'étude plus commodes peut-être que ceux qu'aurait produits la photographie elle-même. Sans doute les épreuves obtenues par la photographie auraient mieux répondu aux scrupules paléographiques qu'ont pu concevoir et exprimer quelques membres de la Commission. Mais les moyens restreints dont l'édileur dispose ne lui permettaient guère d'entrer dans cette voie coûteuse ; et, telle qu'elle est, l'exécution matérielle des cartes nous semble devoir suffire aux besoins de l'érudition. Quant à l'introduction et au commentaire, ce sont, au dire du juge le plus compétent parmi nous, des parties traitées avec non moins de soin et de succès. Dans l'introduction, l'éditeur s'est attaché à déterminer l'époque de la première composition de la table et des additions qui ont été faites successivement. On comprend sans peine quelle peut être l'utilité d'un semblable travail, quand il est le résultat d'un examen approfondi de tous les documents anciens qui concernent le sujet. Entre autres aperçus remarquables, on peut citer la discussion relative aux deux Ġermanies et à l'époque où elles furent définitivement établies comme provinces indépendantes de la Belgique et de la Lyonnaise. Dans le commentaire proprement dit, l'auteur, à la suite de chacun des noms de peuples, de fleuves ou de rivières, et de lieux mentionnés dans la table, a cité tous les textes, les passages des itinéraires, les inscriptions, les légendes des médailles qui s'y rapportent, en discutant, souvent avec une grande sagacité, les diverses opinions émises sur l'identification de ces noms de lieux anciens avec les noms de lieux modernes. Quelquefois on se sent tenté d'exprimer le regret qu'il n'ait pas émis plus souvent, sur les questions controversées, un avis personnel qu'il était si bien en mesure de donner, non sans autorité. Il faut cependant reconnaître que, par cette réserve, il a évité bien des chances d'erreurs, et qu'ayant à s'occuper d'une grande multitude de détails qui peuvent laisser prise à la critique, il n'ait pas voulu se charger encore d'une responsabilité de plus. Le livre de M. Desjardins, malgré les légères imperfections qu'on y pourra découvrir, n'en restera pas moins un des recueils de documents les plus importants et les mieux ordonnés qui aient été publiés depuis bien longtemps sur la géogra pbie ancienne de notre pays.

Le travail considérable présenté par M. Joly, professeur à la Faculté des lettres de Caen, et qui a pour titre : Benoit de Sainte-More et le Roman de Troie, ou les métamorphoses d'Homère et de l'épopée grécolatine au moyen-âge, aurait pu disputer le premier rang, si toutes les parties en eussent été étudiées avec le même soin. Cet ouvrage com

prend : 10 un morceau fort étendu d'histoire littéraire, dont la plus grande portion est encore manuscrite; 2° le texte complet et jusqu'à présent inédit du Roman de Troie, renfermant plus de trenle mille vers, avec des notes et un glossaire des mots qui ont le plus besoin d'interprétation. L'édition d'un poème aussi long et aussi important pour la connaissance de la langue et de la littérature française de la fin du XIIe siècle est en elle-même une ouvre fort méritoire ; mais la façon dont s'en est acquitté M. Joly a soulevé au sein de la Commission des critiques sérieuses. On a trouvé que la notice des manuscrits du roman élait superficielle, l'auteur n'ayant pas essayé de grouper par famille les vingt-six manuscrits connus, et n'ayant déterminé suffisamment ni leur valeur absolue ni leur valeur relative. On a fait observer qu'après avoir pris pour base de son édition le manuscrit français n° 2181 de la Bibliothèque nationale, il l'avait dans maint endroit inexactement reproduit, laissant de côté d'excellentes leçons et leur en substituant de moins bonnes, sans indiquer les motifs de cette préférence; on a remarqué enfin que le glossaire est insuffisant et Trabit dès la première page une certaine inexpérience des travaux de rénovation philologique publiés dans ces derniers temps en France et à l'étranger

Hâtons-nous de dire que ces défauts sont rachetés par l'excellence de l'introduction littéraire; M. Joly s'y est montré vraiment maître de son sujet; il y a exposé les vicissitudes de l'épopée troyenne pendant tout le moyen-âge avec une ampleur de détails et une tinesse d'aperçus tout à fait dignes d'éloges. Ici cependant encore la Commission doit faire quelques réserves pour ce qui concerne la biographie du vieux trouvère. Sur ce point, M. Joly admet comme certain, après d'autres critiques, que maître Benoît, auteur de la chronique en vers des ducs de Normandie, et Benoît de Sainte-More, auteur du Roman de Troie, ne sont qu'un seul et même personnage; que ce personnage a écrit sous le règne du roi Henri II, entre les années 1475 et 1185; qu'il était Normand d'origine, ou tout au moins qu'il s'était fait de l'Angleterre normande une seconde patrie; l'éditeur tient en outre pour très-vraisemblable que c'est aussi ce Benoît qui a composé le roman de l’Enéas. Les quatre propositions, la première surtout, qui est assurément la plus grave, n'ont pas paru, par des raisons qu'il serait trop long d'exposer ici, victorieusement démontrées. Mais, dès que M. Joly en vient à examiner les sources auxquelles a puisé Benoît de Sainte-More, par quelle filiation d'idées la tradition d'une origine troyenne et latine s'est implantée chez les conquérants de la Gaule et de l'Angleterre, il marche d'un pas assuré sur un terrain que ses études familières lui ont appris à bien connaître, et il sait mettre en évidence ce que les métamorphoses de l'épopée gréco-latine au moyenâge offrent de curieux et d'intéressant littérairement et moralement. Son programme est celui-ci : « Il s'agit de voir comment les auteurs » ont pu être amenés à trailer ce genre de sujet, et quel esprit ils y » apportent; comment, malgré tant de différences, tant de motifs na» turels de répulsion, Te moyen-âge a pu être attiré vers l'antiquité; » comment il l'a comprise et ce qu'il en pouvait porter ; jusqu'à quel » point il se l'est assimilée, à quel état moral, à quel état d'instruction » ienait l'altération qu'il lui a fait subir ; si cette idée qu'il en a con» çue à un certain moment a été modifiée par des études postérieures; » en quoi cela a aidé ou retardé la vraie Renaissance. » Or tous les points, assurément fort délicats, de ce programme complexe, ont

été traités par l'auteur, dans la partie restée manuscrite, avec autant de science que de sagacité. Le chapitre consacré à l'épopée latine et à la Pharsale en particulier, au point de vue de l'influence qu'elles ont pu exercer sur Benoît de Sainte-More et ses imitateurs, montre surtoui combien la connaissance approfondie de l'antiquité peut servir à la critique des sources où le moyen-âge a puisé un grand nombre de ses inspirations poétiques. Ces considérations ont vivement frappé la Commission et l'ont déterminée à décerner à l'éditeur du Roman de Troie la troisième médaille, sans trop s'arrêter à des imperfections qu'elle devait néanmoins vous signaler.

C'est ainsi qu'après des lectures assidues et des délibérations qui n'ont pas été sans quelque hésitation, au moins quant au classement, nous avons attribué les trois récompenses du premier ordre dont vous nous permettez, comme pour les autres, d'être les dispensateurs. Peut-être aurions-nous désiré pouvoir placer aussi au même rang un livre très-bien exécuté, auquel il ne nous est permis de décerner que la première des six mentions honorables. Chronique d'une ancienne ville royale, Dourdan, capitale du Hurepoix, tel est le titre de ce beau volume dů à M. Joseph Guyot et imprimé à ses frais avec une élégance de bon goût. Pour remplir les 450 pages très-compactes dont il se compose, son auteur n'a eu recours à aucune digression sur l'histoire générale; il parle sans cesse et uniquement de Dourdan, soit qu'il donne un tableau géologique du pays, soit qu'il décrive ses édifices, soit qu'il rapporte les événements plus ou inoins considérables qui s'y sont passés. L'église, le château, les halles, la maison commune, les corps d'état, les revenus civils et ecclésiastiques, les opérations de la justice avec toutes leurs péripéties, les faits de guerre, donnent lieu tour à tour à d'amples détails, quelquefois très-intéressants, toujours bien présentés. M. Guyot a consulté de nombreux documents originaux disséminés dans les archives centrales de Paris, dans les archives départementales de Versailles, de Chartres et d'Orléans. Les archives locales de l'église Saint-Germain et de l'Hôtel-Dieu de Dourdan lui ont fourni des titres curieux, ainsi que les archives d'un particulier, fils du dernier bailli de cette ville, aujourd'hui déposés à la mairie. On voit que M. Guyot, propriétaire et habitant du vieux château de Dourdan, a traité l'histoire de sa ville avec une affection toute filiale, et n'a rien négligé pour plaire à l'esprit et aux yeux du lecteur. Quoiqu'il se soit généralement abstenu de propositions controversables, la Commission à cru remarquer qu'il n'avait pas su entièrement éviter l'écueil des étymologies hasardées, notamment en ce qui concerne le nom même de Dourdan. Nous devions aussi observer que tout dans ce livre n'élait pas du domaine de notre examen. Nous n'en ferons certes pas un reproche à l'auteur, mais enfin il ne faut pas oublier qu'une partie notable de son ouvrage, aussi bien que les trois appendices qui y sont joints, se rapportent à une période ou à des sujets un peu en dehors des limites chronologiques ou des matières spéciales dans lesquelles se renferme le programme du concours. C'est ce qui nous a décidés à ne mettre qu'au second rang, mais du moins dans la place la plus honorable, cette exacte et complète monographie qui est vraiment en son genre une cuvre achevée.

La publication de M. Edouard Flouest, intitulée : Notice sur le camp de Chassey (Saône-et-Loire), nous ramène plus directement que l'histoire de Dourdan à cet ordre d'investigations essentiellement archéologiques que nous avons trop rarement à vous signaler cette année et

pour lesquelles le but primitif et comme originel de ce concours légitime suffisamment notre prédilection. Le camp de Chassey, indiqué pour la première fois par M. Bulliot, d'Autun, n'a été méthodiquement exploré qu'à partir de 1864 par M. Flouest, avec l'aide de quelques-uns de ses confrères de la Société d'archéologie de Châlon-surSaône. Poursuivie avec persévérance, cette exploration a fourni les éléments d'un mémoire bien conçu qui traite d'abord de la situation topographique et de la configuration du camp, puis de la nature des objets qui y ont été observés ou recueillis. Suivant la classification adoptée jusqu'ici, M. Flouest distingue ces objets par époques: l'âge de la pierre, l'âge du bronze, l'âge du fer ou époque gauloise, enfin l'époque gallo-romaine; et par conséquent il n'échappe point au reproche d'avoir admis une chronologie quelque peu arbitraire, puisqu'on a aujourd'hui reconnu que la présence en un même lieu d'un objet de pierre et celle d'un objet de métal, fût-il en fer, n'entraînent pas nécessairement l'antériorité du premier objet par rapport au second. Tout en faisant ses réserves sur ce mode de classification qui ne peut être accepté comme une règle absolument juste, la Commission est restée frappée de l'exactitude des descriptions données par M. Flouest, du soin, qui ne saurait jamais être trop minutieux, avec lequel il a indiqué les provenances des objets énumérés, des ressemblances ou des différences qu'il a signalées entre ces mêmes objets et leurs analogues, rencontrés dans des stations similaires; enfin et surtout de la manière dont il s'est approprié la substance des meilleurs travaux publiés avant lui sur la matière. La Commission lui a su gré aussi de s'être mis en garde contre les opinions préconçues, de s'être abstenu de conclusions hâtives et d'avoir eu la précaution de se renfermer dans l'exposé clair et méthodique de fails bien observés. Neuf planches habilement exécutées ajoutent encore à l'intérêt de la notice archéologique de M. Flouest, et, quoiqu'elle n'embrasse qu'un champ assez restreint, nous lui avons décerné la seconde mention honorable.

En troisième ligne, dans ce même ordre de récompenses, nousavons placé un volume qui a pour titre : De l'influence du langage populaire sur la forme de certains mots de la langue française, et pourauteur M. Emile Agnel. Cet opuscule forme ou plutôt formera la troisième partie d'un ouvrage plus considérable, intitulé : Etudes philologiques sur la prononciation et le langage populaires de Paris. Tel qu'il est, ce petit livre, qui a été de la part de son auteur l'objet d'une révision altenlive, a paru, par la réunion des morceaux dont il se compose, présenter un ensemble digne d'un sérieux examen. La formation de la langue française étant surtout populaire, il semblerait à première vue superflu de montrer que dans plusieurs de ces mots il y a une part à faire à l'influence spontanée et pour ainsi dire inconsciente du peuple. L'idée de M. Agnel est vraie cependant à beaucoup d'égards. Prenant la forme de la langue française au Xlle et au XII° siècle comme classique, il montre les changements que des prononciations vicieuses ou les habitudes de parler populaires y ont introduits, tantôt temporairerement, tantôt d'une manière définitive; et, pour faire cette démonstration, il groupe par séries des observations de détails qui portent sur les préfixes, les permutations, les additions et les soustractions de lettres. Ce choix est un peu arbitraire sans doute, mais chaque observation en particulier est d'une parfaite justesse et plusieurs d'entre elles semblent neuves. L'auleur appartient à la meilleure école éty

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