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cas. Nous n'avons pour cette période des annales orientales quc des compilations rédigées assez longtemps après l'époque dont il s'agit, qui, en général, ne brillent ni par l'exactitude, ni par la critique. C'est donc uniquement d'après un examen minutieux des faits et d'après le rapprochement des diverses autorités que nous devons nous décider.

» La date la plus reculée a été donnée par Ibn-Alathir, non sous l'année 489, comme l'a dit, par une légère inadvertance, un de nos savants confrères (1), mais au commencement du paragraphe qu'il a consacré, dans le récit des faits arrivés en l'année 492 (1099), à la prise de Jérusalem par les Francs. Ibn-Alathir se contredit lui-même, en disant que ce ne fut qu'après que les Francs eurent vaincu les Turcs près d’Antioche, et en eurent fait un grand massacre, par suite duquel ces derniers furent affaiblis et se dispersèrent, que les Egyptiens, voyant la faiblesse des Turcs, marchèrent sur Jérusalem (2). La date de 489 (1096) a été reproduite par Abou'lféda (3), qui, le plus souvent, ne fait que copier Ibn-Alathir, en l’abrégeant. Elle a été adoptée par Renaudot (4), Deguignes (5), Gibbon (6), l'abhé Guénée (7), et feu M. Munk (8). Mais elle est en contradiction

(1) Recueil des historiens des croisades, publié par les soins de l'Académie des inscriptions et belles-lettres : documents arméniens, t. Jer, Paris, 1869, in-folio, p. 32, no 3.

(2) Ibn-el-Athiri chronicon quod perfectissimum inscribitur. Volumen decimum, edidit Car. Job. Tornberg, 1864, in-89, p. 193. Je dois faire observer que, par une erreur de pagination, le chiffre 193 est répété en tête de deux pages de ce volume. C'est de la première qu'il s'agit ici.

(3) Annales Muslemici, t. III, p. 308 et 318.
(4) Historia patriarcharum Alexandrinorum, p. 478.

(5) Histoire générale des Huns, etc. t. fer, p. 349 ; t. II, 2° partie, p. 134.

(6) Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain, édit. de 1828, 1. XI, p. 350, role. Cf. ibid. p. 354.

(7) Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, t. L, p. 204; ou dans les Lettres de quelques Juifs, etc. édil. de 1847, p. 042.

(8) La Palestine, dans l'Univers piltoresque de Didot, p. 618, A.

formelle avec l'autorité d'Aboul'faradj, qui s'exprime ainsi : « Dans l'année 492 (28 novembre 1098, 16 novembre 1099), ► lorsque les Egyptiens virent la faiblesse des Turcs; ils se mi» rent en marche vers Jérusalem et assiégèrent cette place où ► se trouvaient l'émir Sokmån et Ilgazy, tous deux fils d'Ortok, o le Turcoman, et leur cousin germain, Siwendj. Ils dressèrent » contre elle quarante et quelques mangonneaux et la prirent

par capitulation (1).»

» On voit que le chroniqueur chrétien que nous venons de citer place la prise de Jérusalem par les Egypticns dans l'intervalle qui s'écoula entre la prise d'Antioche par les Croisés et celle de la ville sainte par les mêmes guerriers occidentaux, et que, d'après son récit, Jérusalem changea deux fois de maitres dans la même année de l'hégire, ou, pour parler plus exactement, dans les huit premiers mois de cette année. Il a seulement eu tort d'assigaer à la prise de Jérusalem par Afdhal une date qui peut difficilement être admise, puisque nous savons avec certitude que la ville sainte fut enlevée par l'armée chrétienne le 22 jour de cha’bàn 492 (14 juillet 1099), après un siège qui dura environ quarante jours et qui commença le septième de juin. Il ne resterait donc pas l'espace suffisant pour placer le siége et la prise de Jérusalem par Afdhal et le temps de l'occupation de cette ville par les Egyptiens. Mais d'après un chroniqueur égyptien, Mohammed ibn Moyesser (2), dont le récit a été reproduit par le savant Makrizy (3), ce fut dans le mois de cha'bân 491 (4 juillet, 1er août 1098), que le vizir égyptien Afdhal marcha contre Jérusalem avec des troupes nombreuses. Le biographe IbnKhallicân, dans une courte notice consacrée à Ortok, donne la date du mois de chewal 491 (septembre 1098) comme celle de

(1) Historia compendiosa dynastiarúm, p. 369.

(2) Manuscrit arabe de la Bibliothèque impériale, n° 804 A, folio 35 r.

(3) Description de l'Egypte, article intitulé : Almechhed Alhoçainy, t. I, p. 427. A seconde ligne de cet article il faut lire Socmân, au lieu de Socan,

la prise de Jérusalem sur les deux fils de ce chef turcoman (1). Dans une autre notice qui a pour sujet le calise Mosta'ly, il dit que le vizir de ce prince, Afdhal, reçut Jérusalem des mains de Socman, le vendredi 25 du mois de ramadhan 491 (26 août 1098) (2). Il est vrai qu'il mentionne aussi l'opinion d'après laquelle cet événement eut lieu dans le mois de cha'ban de l'année 489. Ibn-Khaldoun a raconté plusieurs fois la prise de Jérusalem par Afdhal; la première fois, dans un morceau con. sacré spécialement aux expéditions des Francs en Syrie; la seconde, dans un chapitre où il est question de l'histoire des Seldjoukides; la troisième, dans l'histoire des calises fatimites. Dans le premier de ces récits (3), il donne la date de l'année 491; dans le second (4), celle du mois de cha’bân 489; mais en présentant cette fois encore la tentative d'Afdhal sur Jérusalem comme une conséquence de l'affaiblissement éprouvé par les Turcs, à la suite de leur déroute sous les murs d'Antioche. C'est ce qu'il fait encore dans un autre chapitre, où toutefois il a négligé d'indiquer aucune date.

» Un témoignage d'un grand poids en faveur de l'opinion qui place la prise de Jérusalem par les Egyptiens dans l'année 1098, c'est celui de Guillaume de Tyr, qui atteste que le prince égyptien avait occupé Jérusalem, après en avoir expulsé les Turcs avec beaucoup de peine, l'année même où les guerriers francs se préparaient à l'assiéger (5). Dans un autre passage de

-(1) Vies des hommes illustres de l'islami me, édit. De M. de Slane, t. Jer, p. 90, 1. 1.

(2) Ibid. p. 84.

(3) Ibn Khalduni narratio de expedilionibus Francorum in terras islamismo subjectas, edid. Car. Joh. Tornberg; Upsaliæ, 1810, in-40,

p. 11.

(4) Ibid p. 124.

(5) L, VII, ch. XXIII, p. 743 du recueil de Bongars : « Sed et prin» ceps Ægyptius, qui multo labore codem anno, Turcorum expulso > principatu, prædictam urbem receperat, comperto quod ab Antio» chia, etc. »

son histoire (1), l'archevêque de Tyr dit que l'émir Elafdal, dans la même année où Jérusalem fut assiégée et restituée à la foi chrétienne par le peuple des fidèles, avait conquis cette ville pour son maitre, en l'arrachant à la puissance des Turcs. II ajoute que l'émir avait à peine occupé tranquillement sa conquête pendant onze mois, lorsque l'armée chrétienne la lui enleva. Dans un autre passage (2), Guillaume de Tyr dit positivement que la prise de Jérusalem par Emireius (Emir, elDjoyouch ou Afdhal) fut postérieure au désastre des Turcs devant Antioche. Telle est aussi l'opinion exprimée par Guibert, abbé de Nogent (3). Enfin un chroniqueur allemand du commencement du mno siècle, l'abbé Ekkard, atteste formellement que Jérusalem fut prise deux fois dans l'espace d'une année, la première par les Sarrasins, la seconde par les Francs (4).

» Un écrivain qui n'était pas orientaliste, mais qui, grâce à une saine critique et à un heureux emploi des sources à sa portée, a mieux connu les annales du monde oriental que plus d'un orientaliste de profession, feu M. Hyacinthe Audiffret, a bien vu que le récit d'Abou'lféda ne pouvait obtenir la préférence sur les témoignages concordants d'Abou'lfaradj et de Guillaume de Tyr (5). Nous croyons avoir corroboré une opinion qu'il avait dù se contenter d'énoncer en deux mots, resserré qu'il était dans les bornes d'un article biographique. Il est juste, d'ail-. leurs, d'ajouter qu'il y a bientôt soixante-douze ans le sa

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(1) L. IX, ch. X, p. 768 : « Hic idem, etiam eodem anno quo a » fideli populo est obsessa, et fidei restituta christianæ, camdem a .» Domino protectam civilatem a Turcorum potestate domino suo ven» dicaverat : vixque eam mensibus undecim obtinuerat quietam, cum » Christianus exercitus eam, propitio Domino, ab indebitæ jugo servi» tutis eripuit.

(2) L. VII, ch. xix, p. 740.
(3) L. VII, ch. 111, p. 533 du recueil de Bongars.

(1) Ekkehardi abbatis libellus qui dicitur Ierosolymita, etc. apud Marlène et Durand, Amplissima collectio, t. V, 522, 523.

(6) Biographie universelle de Michaud, articlo Mostaly, t. XXX, p. 250, el note 1.

vant Wilken s'était prononcé en faveur de l'autorité d'Abou'lfaradj (1).

o Nous avons vu dans ce qui précède, ajoute M. DEFA ÉMERY, que les témoignages arabes et latins les plus dignes de foi s'accordent à placer la prise de Jérusalem par les Egyptiens en l'année 1098, quoique la plupart des orientalistes et des historiens aient préféré une date plus reculée de deux années, en faveur de laquelle on peut alléguer une autorité imposante, celle d'Ibn-Alathir. Il est juste toutefois de faire observer que, pour la période dont il s'agit, le récit du célèbre chroniqueur arabe laisse beaucoup à® désirer : des faits importants y sont passés sous silence, d'autres rapportés à une date différente de la date véritable. Dans plusieurs cas l'auteur du Câmil expose les diverses opinions de ses devanciers, sans essayer de résoudre les difficultés. En ce qui concerne le fait qui nous occupe, il ne faut pas oublier qu’Ibn-Alathfr ne l'a pas raconté dans un paragraphe spécial, placé à son véritable rang dans la série chronologique des événements; il s'est borné à le mentionner assez brièvement dans un paragraphe subsequent, consacré à un fait postérieur de trois années à la date adoptée par lui pour le premier. Des deux systèmes en présence, nous devrons donner la préférence, indépendamment de toute autre considération, à celui qui s'accordera le mieux avec l'epsemble des faits, tel qu'il nous est connu par les meilleures sources. Or tel est le cas, pensons-nous, pour la date la plus récente. Mais pour faire partager à nos lecteurs notre conviction, nous jugeons à propos de retracer le résumé des événements dont la Syrie et la Palestine furent le théâtre, pendant l'espace de trois années environ qui s'écoula entre la mort du sultan Tutuch et l'arrivée des croisés devant Antioche. Nous empruntons les principaux traits de ce tableau à l'histoire d'Alep, de Kémål-Eddin, auteur dont la naissance eut lieu près d'un siècle après l'époque dont nous nous occupons, mais qui mérite toute conlapce pour ce qui concerne spécialement l'his.

(1) Commentatio de bellorum cruciatorum ex Abulfeda historia, Gole tingæ, 1798, in-4°, p. 31.

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