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parle, et Aurélius Victor est l'historien qui a le mieux traité Galère ! Qu'on interroge Lactance, il répondra que Galère était pire que Dioclélien, que sa rudesse allait jusqu'à la cruauté, que ses paroles, ses actions, son regard même répandaient la terreur. Ainsi voilà deux empereurs, deux collègues dont le visage, dont les regards inspiraient la terreur, et qui par ce trait de ressemblance peuvent se disputer le buste de Boulaq. Lequel choisir? Ajoutez enfin quę; si Maximien Herculius a le nez retroussé, Galère a le nez aquilin, et que ni l'un ni l'autre n'ont le nez droit de notre buste, et vous avouerez que l'iconographie impériale du IVe siècle résiste aux efforts les plus sincères.

» Un fait certain, et le point capital, c'est qu'entre le buste de Boulaq et les groupes de Venise il n'y a pas seulement analogie d'art, de style, de caractère, mais ressemblance et ressemblance parfaite. La coupe des cheveux et de la barbe, décisive, je le répète, à cette époque de l'histoire, les rides, les yeux, la bouche, le nez même, tout en un mot est semblable, et parait être l'æuvre des mêmes artistes. Quand on songe que le porphyre était tiré des carrières de l’Egypte, et qu'en Egypte se trouvaient les grands ateliers où se taillaient et se façonnaient pour le service impérial les colonnes, les sarcophages, les groupes et les statues, on peut, d'une part, conclure hardiment que le buste de Boulaq et les groupes de Venise sont de la même époque, du même pays et du même art; mais on n'est pas obligé de porter un jugement définitif sur l'attribution qu'il convient de faire du buste de Boulaq à tel ou à tel empereur romain. On peut se borner à dire que le buste de Boulaq reproduit le type général adopté par les sculpteurs de porphyre en Egypte pour représenter les Augustes et les Césars. De même que les monétaires ont confondu les mêmes types comme à dessein sous des légendes distinctes, attribuant aux Augustes et aux Césars tantôt un type et tantôt un autre; et cherchant à présenter aux regards du monde romain comme l'image d'un seul empereur en quatre personnes, de même la sculpture dans les groupes de Venise, comme dans les groupes de Rome, donne aux Augustes et aux Césars le même type, un type convenu, et ANNÉE 1870.

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c'est ce type officiellemeut adopté pour figurer la tétrarchie de Dioclétien que le buste de Boulaq représente avec un caractère saisissant.

» Quand il s'est agi de déclarer que les groupes de Venise appartenaient à l'art du quatrième siècle, on n'a pas manqué de faire valoir le caractère étrange qu'offre l'ornementation du baudrier, des épées et des cuirasses que portent nos mystérieux personnages. On se demandait si cette ornementation appartenait vraiment à l'art romain. Il suffit de jeter les yeux sur les débris imposants du colosse d'Alexandric pour avoir une réponse.

> On lit dans le voyage de Paul Lucas, voyage qui remonte à l'année 1714, le passage suivant:

« L'ancienne Alexandrie n'a à présent que trois portes ouvertes : celle de Rosette, celle qui conduit à la colonne de Pompée et la porte Verte; toutes ces portes sont belles et bien bâties, et on y voit encore des colonnes de granit et de porphyre qui sont de la dernière beauté. Je fis le tour des murailles de la ville qui sont en fort bon état.., ) Un peu plus loin il dit: « Je découvris au pied des murailles, sur le bord de la mer, plusieurs blocs de porphyre, qu'il serait fort difficile d'enlever pour en faire d'excellents ouvrages. Il y en a qui pèsent assurément deux ou trois milliers; j'en enlevai un de cent cinquante livres que j'ai envoyé en France, et on peut juger par cet échantillon de la beauté du porphyre et de l'usage qu'on en pourrait faire. Toutes ces richesses sont fort inutiles aux Turcs qui ne savent pas les mettre en æuvre et par conséquent n'en font pas beaucoup de cas. » Ce curieux passage nous apprend qu'au commencement du dix-septième siècle un certain nombre d'ouvrages en porphyre qui ornaient l'ancienne Alexandrie avaient été conduits sur le bord de la mer pour être expédiés en Europe et impitoyablement transformés en tables, en vases et en bustes. C'est ainsi que Paul Lucas s'empara d'un morceau de cent cinquante livres et qu'il s'arrèta devant le poids redoutable des autres morceaux. Au voyageur passionné de Louis XIV succédait, quatre-vingts ans après, un bataillon de savants que

le général Bonaparte conduisait à la conquête scientifique de l'Egypte. Les morceaux de porphyre attendaient encore sur les bords de la mer que les ravisseurs de l'occident eussent l'occasion ou la force de les dérober. Parmi ces morceaux, s'en trouvaient deux qui avaient fait partie d'une statue colossale et cuirassée. Aussitôton se mit à dire que ces morceaux devaient être les restes mutilés de la statue d'un empereur romain, de la statue qui couronnait la colonne de Pompée. Cette conjecture était tout à fait hasardée; car une statue qui n'avait pas moins de sept pieds de taille n'aurait pas été en proportion avec la colonne de Pompée. Quoi qu'il en soit et sous ce prétexte, voici les fragments de porphyre embarqués et apportés en France par l'amiral Truguet. M. De Choiseul-Gouffier les achète, et ils sont cités dans le catalogue de sa vente comme les fragments d'une statue colossale et cuirassée d'un empereur romain. Je n'épargnai rien pour retrouver ces fragments auxquels leur origine me permettait d'attribuer un intérêt historique, et je crus avoir fait une heureuse découverte quand j'appris qu'ils avaient passé des mains de M. Choiseul-Gouffier dans celles de M. le prince de Bourbon-Conti et finalement dans celles de M. le duc de la Rochefoucauld-Doudeauville. Malheureusement ces fragments qui ornent le jardin de l'hôtel de la RochefouCauld-Doudeauville ne mesurent qu'un mètre soixante centimètres et ne représentent que les cuisses de la statue et une portion de la cuirasse. La sculpture est grossière et le porphyre n'est pas d'une grande beauté.

>> Revenons donc à Alexandrie et retournons sur le bord de la mer. Peut-être trouverons-nous encore un de ces blocs de porphyre dont nous a parlé Paul Lucas, un de ces blocs qui par leur poids forcent le respect des amateurs et que les gouvernements seuls sont capables de soulever et de s'approprier. En effet, sur un trône, un véritable trône, siége un empereur romain. La tête, les bras, les pieds sont coupés; mais la majesté impériale a survécu aux mutilations et répand sur ces restes déshonorés l'ineffaçable cachet de sa grandeur première. M. Brunet de Presle en entretenait récemment l'Académie, et je

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suis heureux, je l'avoue, de justifier ses impressions par la production du monument lui-même.

» Peut-être l'Académie reconnaitra-t-elle que les restes mutilés de Dioclétien ont depuis assez longtemps souffert l'injure du temps et l'oubli des hommes, et qu'il serait digne de la France de leur offrir, dans le palais du Louvre, un dernier asile.

» J'ai dit que cette statue mutilée représentait un Dioclétien. J'invoquerai d'abord à l'appui de cette opinion quelques souvenirs historiques. On se rappelle, sans aucun doute, que, les Alexandrins ayant tué le préfet d'Egypte, l'empereur Dioclétien assiégea Alexandrie et finit par s'en rendre maitre, en coupant les aqueducs.

> On sait encore que la célèbre colonne dite de Pompée fut, si ce n'est élevée, du moins consacrée à Dioclétien par le préfet Pomponius ou Pompée, et il n'est point douteux qu'elle ne fût couronnée par une statue de cet empereur. Alexandrie était remplie des statues de celui qui devait réorganiser l’Egypte, embellir Alexandrie, relever les temples et mériter enfin qu'on prit son avenement à l'empire pour le point de départ d'une ère nouvelle. Eutrope dit : « Ea tamen occasione, ordinavit provide mulla et disposuit quæ ad nostram ætatem manent. » Mais, si Dioclétien peut être considéré comme le réorganisateur de l'administration égyptienne, c'est surtout comme ennemi du christianisme et protecteur ardent du paganisme qu'il excita l'enthousiasme des Egyptiens.

» Les auteurs n'ont pas négligé de nous apprendre que, reprenant dans un but politique les traditions des Caligula, des Domitien et des Commode, Dioclétien voulut être adoré et proclamé par toute la terre le fils adoptif de Jupiter. Par une coïncidence singulière, Alexandrie avait pour Dieu principal un Jupiter, le grand Jupiter Sérapis, dont la statue assise était l'objet d'un culte solennel. Du moment que les Alexandrins cherchaient à honorer l'Empereur par une statue colossale, ils ne pouvaient le flatter plus délicatement qu'en lui donnant la pose de son patron Jupiter, c'est-à-dire en le représentant assis sur un trône, et dans une attitude jovienne. Qui sait d'ailleurs

si notre statue colossale n'était pas destinée à être l'ornement d'un temple comme cette statue de Valentinien que Valens fit placer dans une basilique à Antioche ?

» Le rapprochement ne manquerait pas d'importance quand bien même il ne trouverait pas dans un médaillon d'or de Dioclétien une éclatante confirmation. Ce médaillon d'or porte les lettres ALE. Il a été frappé à la monnaie d'Alexandrie, comme médaille de fête à l'occasion d'une solennité extraordinaire. Il représente la tête nue et barbue de Diocletien avec cette légende : IMP. C. C. VAL- DIOCLETIANVS. P. F. AVG. Au revers se lisent ces mots : IOVICONSERVATORI- Jupiter, la tête ornée d'une couronne de laurier, porte une barbe fournie qui tombe sur la poitrine. Assis sur un trône, il tient de la main droite le foudre et de la gauche la haste.

»Si maintenant vous comparez ce médaillon frappé à Alexandrie et notre statue colossale de porphyre évidemment sculptée en Egypte, vous aurez sous les yeux, je ne dis pas le modèle et la copie, mais au moins deux monuments reproduisant identiquement le même sujet à la même époque. Je sais bien que le médaillon montre Jupiter nu dans la partie supérieure du corps et couvert par une draperie dans la partie inférieure, tandis que Dioclétien est vêtu des pieds à la tête : mais cette différence dans le costume était nécessaire pour distinguer le dieu et l'homme; ce qui doit surtout attirer notre attention, c'est le trône qui est un monument unique dans l'histoire de l'art de cette époque, c'est l'ornementation du trône sur le médaillon d'or de Diocletien et dans la statue de porphyre, ornementation qui se retrouve sur une monnaie d'or de Licinius, sur un médaillon d'or de Valentinien et de Valens et qui établit entre les groupes de Venise et la statue mutilée d'Alexandrie un lien indissoluble d'art et de chronologie.

» En définitive, la statue mutilée d'Alexandrie et le buste de Boulaq me paraissent être des arguments décisifs dans l'histoire des groupes de Venise. Les observations critiques que peuvent soulever ces monuments s'éclairent et se fortifient les unes par les autres. Les monuments antiques de porphyre appar

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