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d'une hauteur et d'une forme extraordinaires, s'élève du volcan. Pline la décrit d'une façon saisissante ; sa comparaison si beureuse avec le pin d'Italie a fait fortune et les Napolitains appellent encore « il pino » le panache des éruptions du Vésuve.

Pline l'Ancien veut étudier de près ce phénomène. Il quitte Misène et fait voile dans la direction du volcan; mais il ne peut aborder. Poussé par le vent du nord, il se dirige alors vers Stabies et y débarque. Dans la soirée, les lapilli tombent en telle abondance, qu'ils menacent de bloquer les habitants

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dans leurs maisons, et celle grele de petites pierres se prolonge jusque dans la matinée du 25; Pline se rend alors sur le rivage, avec l'intention de fuir par mer, mais le vent est toujours contraire; il se couche à terre pour prendre du repos. L'éruption augmentant alors d'intensité, ses serviteurs s'enfuient, à l'exception de deux; soutenu par ces derniers, le vieillard se dresse, puis retombe aussitôt sans vie. Son corps, retrouvé trois jours plus tard, présentait l'altitude du sommeil, si frappante dans plusieurs des moulages de Pompéi.

Il est vraisemblable que cette mort tragique survint au cours d'un paroxysme explosif, analogue à celui qui, le 8 avril 1906, a substitué la cendre aux lapilli. Elle coïncide, en eflet, comme temps, avec l'apparition du grand

nuage noir, sillonné d'éclairs, qui vint envelopper Misène et que Pline décrit dans sa seconde lettre. Quelques géologues ont voulu y voir l'équivalent d'une nuée ardente, mais il est facile d'y reconnaître un nuage ordinaire de cendre, entraîné dans les hautes régions de l'atmosphère et ne laissant tomber sa poussière qu'une fois arrivé à une certaine distance du volcan (fig. 22).

Cette rapide analyse démontre à l'aide d'arguments multiples que Pompéi n'a pas subi la destruction foudroyante de Saint-Pierre sous le souffle brûlant d'une nuée ardente. Le Vésuve, en refaisant, il y a deux ans, une page de sa vieille histoire, a fourni la démonstration expérimentale des déductions qu'il est légitime de tirer aussi bien de l'étude géologique des ruines que des récits de Pline. La mort de Pompéi, longue à venir, a été due à un ensevelissement progressif par des matériaux lancés dans l'espace et retombés sur le sol à la façon de la grèle ou de la pluie.

Ainsi, d'une part, presque instantanéité de l'anéantissement sous le choc de matériaux brûlants, violentes actions mécaniques s'exerçant suivant une trajectoire presque horizontale, sans aucun mouvement du sol et, d'une autre, écrasement, étouflement lent sous des matériaux froids ou tièdes, actions mécaniques se développant de haut en bas, secondées par des tremblements de terre; telles sont les formules, par lesquelles on peut résumer l'action destructrice des deux types principaux d'explosions volcaniques, illustrés, hélas ! l'un et l'autre, par deux des plus mortels cataclysmes qu'ait à enregistrer l'histoire de la Physique du Globe.

Si le mécanisme destructeur des éruptions du Vésuve et de la Montagne Pelée n'a pas été le même, on peut, au point de vue humain, relever de frappantes analogies entre ces dramatiques événements. Dans ses lettres, Pline s'est montré aussi bon observateur des hommes que des choses. En lisant le récit de sa fuite de Misène, il me semble revivre des heures que j'ai moimême vécues; il me semble que, dans l'obscurité d'une chute épaisse de cendre, à peine éclairée par un soleil blafard, je vois s'agiter devant moi des ombres, déjà vues aux Antilles ou sur les flancs du Vésuve, je crois reconnaître des cris d'angoisse ou de détresse, des prières et des imprécations déjà entendues. A dix-huit siècles de distance, en face des mêmes dangers, l'àme des hommes est restée la même, alors qu'autour d'eux tant de choses ont changé. Ils sont secoués par les mêmes terreurs et ils ne trouvent que les mêmes termes pour les exprimer!

Les conclusions qui viennent d'être formulées au sujet de Pompéi ne peuvent s'appliquer à Herculanum ', dont les ruines sont ensevelies à quel

1. La bibliographie des mémoires concernant Herculanum est loin d'être aussi toussue que celle qui concerne Pompéi. M. le professeur Hughes a publié récemment un intéressant travail, dans lequel il a tenu compte du résultat des observations sur la Montagne Pelée, rappelées plus taut et plus loin (Cambridge Antiquarian Society's Communications, XII, 1906, 25).

ques kilomètres de distance, sous l'emplacement de l'actuelle Résina. La ville antique se trouvait au pied occidental du Vésuve, bâtie près de la mer, sur une pente creusée de plusieurs ravins.

Aucun document historique contemporain ne peut être utilisé pour la recherche qui nous occupe; à peine peut-on se demander si une phrase de la première lettre de Pline n'y fait pas allusion.

L'opinion, longtemps admise, qu'Herculanum a été noyé dans un flot de lave, était basée sur une méprise géologique. La surface du sol à Résina est

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FIG. 22,2- UN NUAGE DE CENDRES S'AVANÇANT SUR LES RUINES DE BOSCOTRECASE

ENVELOPPÉES PAR LA LAVE RÉCENTE. AVRIL 1906).

bien constituée par des coulées de roches massives, mais celles-ci datent des éruptions de 1631 et de 1792; elles se trouvent à quelque trente mètres audessus des ruines. La structure des matériaux, qui enveloppent ces dernières, conduit à éliminer, avec non moins de certitude, l'hypothèse d'un ensevelissement sous des matériaux transportés par une voie aérienne quelconque.

Aucun des procédés destructeurs directs ne peut donc être invoqué, et l'on doit faire appel à l'un des phénomènes secondaires du volcanisme, aux torrents de boue.

Dans toute éruption, l'origine de ceux-ci peut être diverse, cratérienne ou périphérique; mais toujours, la source de l'eau doit être cherchée dans l'atmosphère et non dans la profondeur'.

Dans le premier cas, elle s'accumule avant l'éruption dans un ancien cratère; les premières explosions rejettent cette eau pluviale, transformée en boue par son mélange avec des débris du vieux sol et de la cendre récente. J'ai eu l'heureuse chance d'assister de près à un phénomène de ce genre, précurseur d'une grande éruption de la Soufrière de Saint-Vincent. J'étais sur le bord même du cratère, dont le fond était occupé alors par un petit lac. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, celui ci fut soulevé, puis projeté tout entier par une subite et formidable explosion. La colonne boueuse, chargée de vapeurs, haute de plus de mille mètres, que j'ai vue alors passer devant mes yeux', constituait un spectacle que je recommande aux amateurs de sensations fortes et rares.

1. Celle opinion est celle à laquelle j'ai été conduit par mes observations personnelles aux Antilles et au Vésuve et par la discussion d'observations antérieures faites par plusieurs auteurs sur divers volcans. De nombreux géologues ont formulé parfois à cet égard un avis différent, donnant à l'ean une origine profonde ou la faisant venir de la mer. Je ne pense pas que de semblables opinions puissent aujourd'hui résister à un examen sérieux.

En réalité, ces émissions cratériennes de boue impliquent des conditions fort spéciales, très exceptionnellement réalisées; la plupart des torrents boueux sont dus à d'autres causes.

La plus générale, la seule qui soit applicable au Vésuve ?, résulte de l'action directe des pluies torrentielles, si fréquentes au cours des éruptions, sur la masse énorme de matériaux incohérents, accumulés sur les flancs du volcan par les grandes explosions.

Quelle que soit du reste l'origine du phénomène, celui-ci conduit à la production de coulées d'une boue épaisse, pouvant charrier d'énormes quartiers de roches, qui semblent flotter à sa surface. Les matériaux ainsi transportés s'étalent et s'accumulent à la base de la montagne, produisant, suivant leurs dimensions, des conglomérats ou des tufs, à structure chaotique.

Ce sont des dépôts de ce genre, des tufs, formés essentiellement de menus fragments de ponces, de débris de roches compactes ou cristallines et de fine poussière, qui ont enseveli Herculanum. Par places, notamment dans le théâtre, ils sont fortement consolidés", alors qu'ailleurs ils sont presque incohérents. A ces tufs de structure chaotique sont associés des lits stratifiés, @uvre des ondes plus liquides, qui suivent parfois et ravinent la boue épaisse.

Des courants boueux successifs ont envahi la ville, rempli ceux de ses édifices et celles de ses maisons qui ont résisté à leur choc, moulé leurs cavités; ils ont enveloppé sur place tous les objets que renfermaient ces constructions, en ont entraîné d'autres'. L'étude minéralogique du tuf ne laisse aucun doute sur son mode de formation et fournit par suite une démonstration sans réplique de la façon dont la ville a été anéantie. Au cours de l'éruption de la Montagne Pelée, d'ailleurs, des faits du même genre se sont reproduits (fig. 23 et 24) et ont pu être suivis pas à pas?

1. Les planches XXI et XXII de La Montagne Pelée sont la reproduction de deux photographies que j'ai pu faire au cours de cette explosion.

2. Il ne saurait être question, en eflet, ici de la fonte brusque de la neige ou de la glace sous l'influence de matériaux incandescents. Cette cause est souvent en ceuvre dans les volcans des régions polaires et dans ceux de très haute altitude. On connait des exemples de son intervention à l'Etna (éruption de 1755, par exemple).

3. J'ai discuté le mécanisme de formation de semblables torrents à l'aide de mes observations aux Antilles en 1902, et en utilisant aussi les constatations faites depuis longtemps dans les Alpes sur des phénomènes tout à fait identiques, bien que ne mettant pas en quvre des matériaux volcaniques (La Montagne Pelée, p. 121-459).

4. On peut comparer ces lufs à certains types de cinérites, remaniées du massif du Mont-Dore. J'ai traité en détail la question de la structure et de l'origine de ces formations dans un mémoire récent, Contribution à l'étude des brèches et des conglomérals volcaniques, in Bull. Soc. géol. France, VI, 1906, 635-683, pl. XIX à XXI.

Ces données étant acquises, on peut essayer d'aller plus loin, discuter sur l'origine de ces torrents boueux, et rechercher

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quelle liaison de temps a existé entre leur production et l'ensevelissement de Pompéi.

Deux hypothèses peuvent être faites, qui d'ailleurs doivent sans doute se superposer. L'éruption s'est produite après un repos séculaire du vol

can; il est donc fort posFIG. 24. – LA VILLE DE BASSE-POINTE ENLIZÉE

sible que des eaux plu

viales se soient amassées tout d'abord dans le fond de l'antique cratère et qu'elles en aient été chassées au début du paroxysme. Une phrase de la première lettre de Pline est

PAR LES TORRENTS BOUEUX.

1. C'est ainsi que des débris de constructions: briques, luiles, moëllons, fragments de bois, etc., et même des objets d'art, jouent dans ce tuf boueux le rôle d'éléments constituants, au même titre que les fragments de ponces ou d'autres roches volcaniques.

2. Tels sont en particulier ceux constatés à Basse-Pointe, où les maisons situées dans le basfond, à l'embouchure de la rivière, ont été ensevelies jusqu'à la toiture (fig. 23 el 24). Le cas de cette petite ville peut être très exactement comparé à celui d'Herculanum, car elle se trouvait en dehors de la zone affectée par le phénomène destructeur de Saint-Pierre. Son enlizement a été l'oeuvre d'une série de crues boueuses, dont la première a commencé peu d'heures avant la catastrophe du 8 mai, alors que les autres se sont succédé au cours de plusieurs mois.

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