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de la république. Est-ce que cette vie sobre et agreste avait des douleurs et des gémissemens, alors qu'ils prenaient devant le foyer où ils l'avaient eux-mêmes apprêtée, cette nourriture modeste et rustique dont ils ne pouvaient user que vers le soir? Est-ce qu'ils déploraient, dans un cœur avare et insatiable, de ne pouvoir entasser des talens d'or, quand ils réprimaient par des lois jusqu'à l'usage de l'argent ? Est-ce qu'ils regardaient comme le supplice de l'ambition et de la cupidité de ne point voir leurs coffres regorger de pièces d'or, alors qu'ils jugeaient indignes du sénat un homme de race patricienne, qui avait voulu posséder jusqu'à dix livres d'argent?Ils ne méprisaient pas, je pense, de pauvres vêtemens, lorsqu'ils portaient une robe étroite et rude, lorsqu'ils étaient appelés de la charrue aux faisceaux, et que sur le point d'endosser les ornemens de consul et de dictateur, ils abattaient peut-être avec ces toges brillantes qu'ils allaient revêtir, la poussière de leur front trempé de sueur. Aussi ces magistrats indigens avaient une république opulente. Aujourd'hui les trésors du pouvoir appauvrissent la république. Eh! je le demande, quelle folie, quel aveuglement de s'imaginer que des richesses privées puissent exister dans un état pauvre et mendiant? Tels étaient donc ces vieux Romains; et sans connaître Dieu, ils dédaignaient les richesses, comme les méprisent à présent ceux qui suivent le Seigneur.

Au reste, pourquoi parler de ces hommes qui dans

imperii propagandi, contemptum propriæ facultatis ad publicas opes conferebant, et licet privatim pauperes essent, divitiis tamen communibus abundabant; cum etiam Græci quidam sapientiæ sectatores sine ullo publicæ utilitatis affectu , prope omni se rei familiaris usu, assequendæ gloriæ aviditate, nudaverint; nec solum hoc, sed etiam usque ad contemptum doloris ac mortis, doctrinæ suæ culmen erexerint, dicentes scilicet etiam in catenis atque suppliciis beatum esse sapientem. Tantam virtutis vim esse voluerunt, ut non possit esse unquam vir bonus non beatus. Si ergo illi a quibusdam nunc etiam sapientibus viris miseri non putantur, qui nullos laboris sui fructus nisi ex præsenti tantum laude capiebant; quanto magis religiosi ac sancti viri miseri non putandi sunt, qui et præsentis fidei oblectamenta capiujnt, et beatitudinis futuræ præmia consequentur?/T)ixit quidam ex istis de quibus querimur , cuidam sancto viro secundum veritatis regulam sentienti, id est, quod Deus omnia regeret, ac pro humano genere necessariam moderationem suam et gubernaculum temperaret : quare ergo, inquam , tu ipse infirmus es ? hoc utique eo sensu atque judicio, hoc est: Si Deus, ut putas, in hac praesenti vita omnia regit, si Deus cuncta dispensat, qua ratione fortis ac sanus est homo quem peccatorem scio ; et tu infirmus , quem sanctum esse non ambigo? Quis tam profundi la vue d'agrandir l'empire, contribuaient du mépris de leurs biens à l'accroissement de l'opulence publique ? Quoiqu'ils fussent pauvres en particulier, ils se ressentaient pourtant de l'abondance commune. Quelques Grecs, sectateurs de la sagesse, sans aucun zèle pour la chose publique, ne se sont-ils pas aussi dépouillés de presque tout leur patrimoine, par l'avidité d'une vaine gloire? Bien plus, n'ont-ils pas porté jusqu'au mépris de la douleur et de la mort la perfection de leur philosophie, prétendant que le sage est heureux même dans les fers et les supplices? Le pouvoir de la vertu, disaient-ils, est si grand, qu'il est impossible à l'homme de bien de n'être pas toujours dans le bonheur. Si donc quelques personnes faisant profession de sagesse, sont loin de regarder comme malheureux ceux qui ne retiraient de leurs travaux d'autre fruit qu'une gloire passagère, combien moins faut-il appeler malheureux ces hommes saints et religieux qui goûtent les délices de la foi présente, et attendent les récompenses de la béatitude future?Un de ces ennemis de la Providence disait à un saint homme qui, dans son opinion conforme aux règles de la vérité, croyait que Dieu régit toutes choses, qu'il exerce un pouvoir nécessaire aux hommes, et qu'il tient en main le gouvernail du monde : « D'où vient que vous êtes si infirme ?» Ce qui signifie en d'autres termes : « Si Dieu, comme vous le pensez, régit tout dans cette vie présente, s'il dispense tout, pourquoi cet homme que je sais être pécheur est-il plein de force et de santé ? pourquoi êtes-vous accablé de faiblesse, vous dont la vie est irréprochable ?» — N'admirez-vous point la profondeur de ce bel esprit qui ascordis virum non admiretur, qui merita religiosorum atque virtutes tam magnis retributionibus dignas putat, ut in præsenti hac vita carnes atque fortitudines yorporum, præmia putet debere esse sanctorum?/Respondeo igitur non junius tantum religiosi nomine, sed universorum. Quæris igitur, quisquis ille es, qua ratione infirmi sint sancti viri. Respondeo breviter, quia ideo sancti viri infirmiores se esse faciunt, quia si fortes fuerint, sancti esse vix possunt. Opinor enim omnes ommino homines cibis ac poculis fortes esse, infirmos autem abstinentia, ariditate, jejuniis. Non ergo mirum est quod infirmi sunt qui usum earum rerum respuunt per quas alii fortes fiunt. Et est ratio cur respuant, dicente Paulo Apostolo de se ipso : Castigo corpus meum , et servituti subjicio, ne forte cum aliis prædicaverim, ipse reprobus efficiar (1). Si infirmitatem corporis appetendam sibi etiam Apostolus putat, quis sapienter evitat? Si fortitudinem carnis Apostolus metuit, quis rationabiliter fortis esse præsumit? Hæc ergo ratio est qua homipes Christo dediti et infirmi sunt et volunt esse./Absit autem ut hoc argumento religiosos putemus a Deo negligi, per quod confidimus plus amari. Legimus Timotheum Apostolum carne infirmissimum fuisse. Numquid negligebatur a Domino , aut ob infirmitatem

(1) Epit. ad Cor. IX, 27.

signe d'assez hautes récompenses aux mérites et aux vertus des Saints, pour croire que l'embonpoint et la vigueur du corps, dans cette vie présente, doivent être le seul apanage des justes? Je réponds donc, et ce n'est pas seulement au nom d'un homme religieux, mais au nom de tous : — Vous me demandez, vous, pourquoi les justes sont accablés d'infirmités ?—Je réponds briè| vement : Les hommes saints s'affaiblissent eux-mêmes dans la crainte qu'un corps trop robuste ne devienne, pour eux un obstacle à la sainteté. Car tous les hommes, je pense, deviennent forts par l'usage de nourritures délicates et de boissons délicieuses, faibles par l'abstinence, l'aridité des mets et des jeûnes. Rien donc de surprenant si l'on est faible quand on se prive de ce qui donne de la vigueur aux autres. Et la raison pour laquelle ils en agissent ainsi, l'apôtre saint Paul nous l'apprend en disant de lui-même : Je châtie rudement mon corps et le réduis en servitude, de peur qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé. Si l'apôtre estime comme si désirable l'infirmité du corps, qui est sage de l'appréhender ? Si l'apôtre redoute la vigueur de la chair, qui est raisonnable de la désirer ? Et voilà pourquoi les hommes dévoués au Christ sont faibles et veulent l'être. Nous lisons que l'apôtre Timothée était d'une complexion très-délicate. Etait-il négligé par le Seigneur, ou plaisait-il moins au Christ à cause de son infirmité, lui qui voulait être infirme dans le dessein de lui plaire ? L'apôtre Paul luimême connaissant bien ies maladies qui le travaillaient, ne lui permit cependant de prendre et de goûter, pour ainsi parler, qu'un peu de vin. Je veux dire qu'il lui

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