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Au reste, cessons de nous étonner si les Saints éprouvent aujourd'hui quelques rigueurs, lorsque nous voyons que dès le commencement du monde Dieu laisse immoler le premier des Saints par le plus noir forfait. Il n'appartient point à la faiblesse humaine de pénétrer ce mystère, et ce n'est point ici le lieu de s'en occuper. En attendant, il suffit de prouver que de semblables événemens n'arrivent point par je ne sais quelle négligence de Dieu ; mais qu'il les permet dans sa prévoyante sagesse. Et comment qualifier d'injustice ce qui témoigne incontestablement d'un jugement divin ; car la volonté de Dieu, c'est la justice souveraine. La conduite de la divinité n'est point injuste, parce que l'homme ne peut concevoir l'étendue de l'éternelle justice. Revenons à notre sujet.

Nous voyons donc d'après ce qui a été dit qu'il n'arrive rien sans l'ordre de Dieu, mais que parmi les actions diverses, celles-ci sont réglées par sa sagesse, celles-là tolérées par sa patience, d'autres enfin condamnées par sa justice. Quelques personnes vont penser peut-être que ces preuves sont insuffisantes puisqu'elles ne portent que sur des faits particuliers. Voyons si nous pouvons en tirer des exemples qui s'appliquent à tous les hommes ensemble.

Le genre humain s'étant accru et multiplié avec son iniquité, Dieu, dit l'Ecriture sainte, voyant que la malice des hommes se multipliait sur la terre et que toutes les pensées de leurs caeurs étaient tournées au mal en tout temps, —Il se repentit de ce qu'il avait créé l'homme sur la terre; et, ému de douleur au-dedans de lui-même : J'exterminerai de la face de la terre, dit-il, l'homme trinsecus: Délebo, inquit, hominem quem creavi a 3 2 facie terræ./Consideremus quemadmodum in his omnibus et sollicitudo Domini pariter et severitas indicetur. Primum enim ait : /idens autem Deus; secundo, Tactus dolore cordis intrinsecus; tertio, Delebo, inquit, hominem quem creavi. In hoc siquidem quod videre omnia Deus dicitur, curaejus ostenditur; in hoc quod dolet, terror irati; in hoc quod punit, severitas judicantis. Poenituit ergo, inquit Scriptura sacra, Deum quod hominem fecisset in terra, non quod Deus sit obnoxius huic motui, aut ulli subjaceat passioni, sed sermo divinus ad insinuandam plenius nobis rerum scriptarum intelligentiam quasi humano nobiscum affectu loquens, sub nomine pœnitentis Dei vim demonstrayit irati. Ira est autem divinitatis, poena 33 peccantis,/Quid ergo post hæc secutum est? Cum inquit, vidisset Deus terram esse corruptam, diaeit ad Noë : Finis universæ carnis venit coram me, repleta est terra iniquitate a facie eorum , et ego disperdam eos cum terra (1). Et quid postea? Rupti sunt, inquit, omnes fontes abyssi magnæ, et cataractæ cæli apertæ sunt, factaque est pluvia super terram quadraginta diebus et quadraginta noctibus (2). Et paulo post : Consumpta est omnis caro quæ movebatur super terram (3). Et dein

(1) Gen. VI, 12-13.
(2) Gen. VII, 12-13.
(3) Ibid. 2t.

que j'ai créé, depuis l'homme jusqu'aux animaux. Examinons comment, dans toutes ces paroles, se révèlent et la sollicitude et la sévérité duSeigneur.Car elle dit d'abord: Le Seigneur voyant, ensuite ému de douleur au-dedans de lui-même, puis enfin j'exterminerai l'homme que j'ai créé. Dieu voit toutes choses, voilà qui montre sa vigilance; il éprouve de la douleur, voilà le trouble de la colère ; il punit, voilà la sévérité d'un juge. Il se repentit donc, dit l'Ecriture-Sainte, de ce qu'il avait créé l'homme sur la terre. Non que Dieu soit sujet ou soumis à aucune passion, mais l'écrivain sacré pour nous faciliter l'intelligence des pages saintes, s'accommode en quelque sorte à notre langage, et, sous le nom de repentir, nous dévoile toute l'étendue de la colère divine. La colère est d'un Dieu, le repentir d'un coupable. Qu'arriva-t-il après cela ? Lorsque Dieu eut vu que la terre était corrompue, Il dit à Noé : La fin de toute chair est venue pour moi; car la terre est remplie d'iniquité par la présence des hommes, et moi je les perdrai avec la terre. Et qu'ajoute-t-il ensuite ? — Toutes les sources du grand abime furent rompues, et les cataractes du ciel furent ouvertes ;– et la pluie tomba sur la terre durant quarante jours et quarante nuits. Et peu après : Toute chair qui vivait sur la terre fut détruite. Puis ensuite : Noé resta seul, et ceux qui étaient avec lui dans l'arche. Je voudrais demander ici à ceux qui accusent Dieu de ne point se mêler des affaires humaines, s'ils doutent qu'il s'en soit alors occupé ou qu'il en ait jugé? Car, à mon avis, il n'a pas jugé seulement, mais il a été doublement juge. En conservant les bons, il se montre ré

munérateur bienveillant, et juge sévère en condamnant les coupables.

ceps : Remansit autem solus Noë et qui cum eo erant in arca (1). Hic nunc requirere ab illis volo qui incuriosumhumanarum rerum appellant Deum, an illo tempore vel curasse eum terrestria credant, vel judicasse? Puto enim, non judicavit tantum , sed etiam dupliciter judicavit. Nam et dum servat bonos, pium se retributorem, et dum condemnat malos, severum judicem comprobavit.

3* Sed hæc forsitan apud stultos, quia ante diluvium, id est, quasi alio quodam seculo gesta sunt minus auctoritatis habere videantur. Quasi vero aut tunc alius Deus fuerit, aut postea eamdem mundi curam habere noluerit. Possum quidem divino munere per singulas post diluvium generationes probare quæ dico; sed et enormitas vetat, et tamen certa quædam et majora sufficiunt, quia cum idem sit absque dubio majorum pariter ac minorum Deus, id profecto intelligendum est in minoribus, quod in majoribus comprobatur.

33* Igitur cum post diluvium generationi hominum benedixisset Deus , im mensamque hominum multitudinem benedictio ipsa generasset, loquitur ad Abraham Dominus e coelo, ut deserat terram suam, inquirat alienam. Vocatur, sequitur, adducitur , conlocatur , fit de paupere locuples, de ignoto potens, infimus peregrinatione, excellentissimus dignitate. Sed ne hæc tamen quæ ei data

Gen. VII, 23.

Peut-être ces faits pourront-ils sembler moins imposans à des hommes égarés, parce qu'ils se sont passés avant le déluge, et pour ainsi dire, dans une autre ère. Comme si Dieu n'eût pas alors été ce qu'il fut toujours, ou qu'il eût ensuite dédaigné de prendre le même soin de l'univers! Je pourrais, il est vrai, en parcourant toutes les générations qui ont suivi le déluge, prouver sans peine ce que j'avance; mais la longueur m'arrête, et d'ailleurs, il suffit de quelques grands événemens, puisque Dieu étant l'auteur des plus mémorables comme des plus obscurs, l'on doit nécessairement entendre de ces derniers ce qui s'applique aux premiers.

Après le déluge, Dieu bénit le genre hnmain, et sa bénédiction ayant engendré une immense multitude d'hommes, du haut du ciel Dieu parle à Abraham, lui ordonnant de quitter sa patrie, de chercher une terre étrangère. Il est appelé, il obéit, il se laisse conduire, il s'établit dans le lieu marqué; pauvre, il devient riche; inconnu, il devient puissant; obscur pélerin, il s'élève à une dignité remarquable. Mais de peur que tous ces dons ne parussent plutôt des faveurs que des récompenses méritées, il est éprouvé par des revers, lui qui ne connais

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