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paraissait comme une ombre, et puis ils trébuchaient lourdement, objets de pitié et d'effroi; d'une main agitée s'empressaient-ils d'effacer de leur front une sentence indélébile ? soudain les caractères tracés par un doigt immortel reparaissaient tout sanglans et désignaient leur crime aux peuples consternés ! — Ainsi ont-ils marché depuis que l'éloquence chrétienne les a terrassés pour jamais ; ainsi marcheront-ils jusqu'au jour où, leurs yeux se dessillant à la lumière, ils viendront grossir le bercail du Christ pour adorer ce qu'ils n'avaient cessé de blasphémer et de maudire.

Et ce n'étaient là encore que les moindres ennemis du christianisme : du milieu de cette société païenne surgissait une nouvelle philosophie qui rattachait les lambeaux du passé à ses rêveries à elle, et tentait de retarder quelques heures la longue agonie du paganisme. On ne retrouvait plus là ni le haut génie du divin Pythagore, ni la douce morale du tolérant Socrate, ni les sublimes enseignemens du sage Platon, ni les vertus élevées de l'austère Portique ; c'était un mélange confus de toutes les doctrines, un assemblage informe de toutes les traditions, un bizarre amalgame d'erreurs et de vérités. Jaloux du merveilleux accroissement que prenait chaque jour l'Évangile, ces philosophes de la veille osaient contester à la morale évangélique l'antiquité de ses doctrines. Ils ignoraient ou feignaient d'ignorer que la révélation du Christ n'est autre chose que le complément, ou, si l'on aime mieux, le développement des révélations faites à l'humanité en des âges divers. Pour détruire, ou tout au moins pour contrebalancer la force qu'une si vénérable origine prêtait aux dogmes catholiques, ils essayèrent de relever le culte de Jupiter abattu par le ridicule, et de le montrer s'appuyant, lui aussi, sur la sanction des siècles. Ils transformèrent en symboles mystérieux toutes ces bizarres divinités du paganisme, ils détournèrent à leur profit toutes les vieilles traditions, ils interprêtèrent à leur guise tous les oracles obscurs de Dodone ou d'Ephèse, ils déterrèrent tous les secrets impénétrables des premiers temps, pour en faire jaillir un témoignage en leur faveur; ils voulaient ainsi élever édifice contre édifice, opposer principe à principe, et ruiner sans retour le christianisme qui les épouvantait si fort.

Leurs noms pouvaient imposer aux esprits vulgaires.

— C'était Plotin, génie ami des hautes et sublimes contemplations; il s'était frayé une route nouvelle dans les vastes champs de la métaphysique, et, le premier, au sein de la décadence, il avait ressuscité cette fureur de philosophie jadis si commune dans la Grèce discoureuse.

— C'était Jamblique, dont l'esprit voué aux aberrations du mysticisme, rêvait profondément

TOM. I. B

des mystères de la nature cachée sous les symboles égyptiens, et ne cherchait la vérité que sous le voile de l'allégorie; d'autant plus dangereux, qu'il était plus inoffensif, d'autant plus difficile à terrasser, que ses armes semblaient plus inno, CenteS. — C'était Celse l'apostat : chrétien d'abord, il s'était ensuite épris de la nouvelle philosophie, et il était devenu l'un des plus fougueux adversaires du christianisme; le temps nous a conservé sa redoutable polémique. Ses objections portent d'autant mieux que, à une éloquence vigoureuse et rapide, il unissait une connaissance approfondie du culte qu'il avait renié; il ne fallait rien moins pour le réduire au silence, que le vaste génie d'Origène, prodige de savoir qui se trouvait là, placé par la Providence, comme un rempart contre les ennemis de l'Eglise. — C'était Apollonius, bizarre parodie du Christ; au dire de Philostrate son panégyriste, au dire des philosophes contemporains, il aurait rempli l'Orient de son nom et de ses miracles, mais à n'écouter qu'une saine critique, bien loin d'en faire un thaumaturge rival de Jésus-Christ, on pourrait aller même jusqu'à révoquer en doute son existence. C'était enfin les Libanius, les Maxime, et mille autres philosophes plus ou moins connus, plus ou moins accrédités, qui par différens moyens cherchaient à anéantir le christianisme, pour y substituer leurs folles pensées et leurs extravagantes rêveries. Ils s'adressaient à toutes les passions, savaient employer tous les ressorts, toucher à toutes les cordes sensibles. Celui-ci évoquait la vieille Rome tout éplorée et regrettant ses dieux évanouis; il rappelait ces temps antiques où le culte de Jupiter étalait dans la ville souveraine ses augustes solennités et ses pompes triomphales, il plaidait la cause de ces divinités usées et cherchait à réveiller en leur faveur le patriotisme assoupi des Romains; puis, après une longue énumération de héros, de conquêtes, de vertus et de nobles exemples, il demandait insolemment ce que pouvait enfanter de semblable la secte nouvelle avec ses dogmes étrangers et ses bizarres superstitions. Celui-là cherchait à capter les intelligences ennemies de tout frein ; il réclamait à haute voix l'affranchissement de la raison que le christianisme voulait asservir à d'absurdes croyances, il ridiculisait ces dogmes sévères que l'Evangile imposait à la foi, et, dans son rationalisme orgueilleux, il en appelait à la dignité de l'homme de tout ce qui lui semblait, à lui, une violation des droits les plus sacrés. Un autre, adulateur insidieux, représentait les Chrétiens comme des conspirateurs obscurs, espèce de société à part qui s'isolait des intérêts publics, qui abjurait les souvenirs de la patrie, qui ne portait qu'avec impatience le joug des empereurs, et qui marchait à la conquête d'un avenir merveilleux, dont la réalisation tendait à effacer du monde et l'empire et la gloire de Rome. Plusieurs allaient jusqu'à transformer en une sorte de puissance magique le christianisme, qui chaque jour leur enlevait des adeptes ; quelques - uns ne voyaient dans le courage héroïque des martyrs qu'un sombre fanatisme plus capable d'inspirer l'horreur que d'émouvoir la pitié; d'autres attribuaient à je ne sais quelle apathie ces abnégations sublimes, ces renoncemens surhumains que le stoïcisme n'avait pas même soupçonnés. A tant d'inculpations diverses, les fidèles n'opposaient qu'un héroïque silence ou le spectacle plus héroïque encore de leurs vertus : soldats invincibles, ils se montraient aussi courageux dans les combats qu'intrépides dans les supplices ; c'étaient les légions chrétiennes qui seules retraçaient la valeur des antiques Romains, et qui retardaient encore la chute de l'empire tout prêt à s'écrouler sous les attaques redoublées des Barbares; citoyens irréprochables, ils payaient par des bienfaits les outrages qui leur étaient prodigués; ils apparaissaient comme des consolateurs au milieu des calamités, comme des anges de paix au sein des discordes publiques; les empe

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