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« demande, parens inhumains, leur imposer la « nécessité de l'indigence la plus indigne ? Re« posez-vous d'un tel soin sur la religion à la« quelle vous avez confié vos enfans. On a bien « plus de mérite à se faire pauvre soi - même. « Qu'il leur soit libre, nous vous le demandons, « de se faire pauvres de plein gré ; ils doivent « embrasser la pauvreté, mais non pas y être « contraints. Et s'ils y sont contraints, qu'ils la « supportent par piété, mais qu'elle ne leur de« vienne pas une sorte de tourment infligé par « condamnation. Pourquoi les jeter en dehors des « droits du sang et de la nature (1)?» Salvien condamne aussi l'usage assez commun de quelques pères, qui ne laissent à leurs enfans religieux , que l'usufruit des biens qu'ils leur assignaient, donnant le fonds à leurs autres enfans séculiers, de peur que les religieux n'en disposassent. On voit par ces plaintes de Salvien, que l'état religieux n'excluait pas encore du droit de succéder, et n'ôtait pas le pouvoir d'administrer ses biens et d'en disposer. Encore longtemps après, nous trouvons de saints abbés qui font des testamens pour léguer leurs biens. Le principal ouvrage de Salvien, et le second dans l'ordre des temps, est un traité Du gouvernement de Dieu, ou comme Gennade l'intitule,

(1) Livre IIr, p. 267.

suivant l'explication que l'auteur en donne luimême, Du juste Jugement de Dieu en ce monde; mais il est plus connu encore sous le titre, De la Providence. Les malheurs presque continuels dont l'empire était affligé depuis près de cinquante ans, et surtout les derniers ravages des Huns et des Vvandales parurent ébranler la foi de quelques personnes dans les Gaules. Bien des gens, au lieu de s'en prendre à leurs péchés, s'en prenaient au Seigneur, qui les punissait. Ils murmuraient contre sa Providence, et quelques-uns en prenaient occasion de la révoquer en doute. A défaut de raisons, les impies s'autorisent des plus faibles apparences, pour tâcher de justifier leur incrédulité. Salvien entreprit donc de défendre la Providence par un grand ouvrage divisé en huit livres, qu'il dédia à l'évêque Salonius, son élève. Il y met en œuvre les plus solides raisons et les plus brillans tours de l'éloquence pour confondre l'impiété. Après avoir dit, dans la préface, qu'il n'est point de ces auteurs qui consultent plutôt leur propre renommée que l'intérêt d'autrui, et qui s'efforcent moins d'être utiles et salutaires que de paraître habiles et diserts, il établit la Providence dans le premier livre par la raison et les exemples; et dans le second, il la prouve par les témoignages des saintes Ecritures. En commençant le troisième livre, il se propose cette grande question : pourquoi, si Dieu gouverne le monde, les Barbares sont-ils plus heureux que les Chrétiens, et les méchans souvent dans la prospérité et dans la grandeur, tandis que les gens de bien languissent dans l'affliction et dans le mépris?Salvien emploie les six derniers livres à satisfaire à cette objection. Il dit d'abord qu'il pourrait se contenter de répondre : « Je suis homme, je « ne le comprends pas.Je n'ose pénétrer les se« crets de Dieu; je crains de l'entreprendre, car « c'est une témérité sacrilége de vouloir aller plus « avant que Dieu ne le permet. Il a dit qu'il fait « et règle toutes choses; que ce soit assez pour « vous (1). » Puis il ajoute que les chrétiens ne devraient chercher d'autres raisons de leurs souffrances que celle qu'en donne l'Apôtre : « Nous « sommes destinés aux persécutions (2). » Mais, comme plusieurs ne goûtaient pas une maxime si élevée, et croyaient que les biens terrestres devaient être la récompense de leur foi, il dévoile les fausses vertus et les vices honteux de la plupart des chrétiens de son temps, et il fait voir avec une éloquence digne du sujet, que toutes les calamités publiques étaient de justes châtimens des péchés qui régnaient alors. Pour le démontrer, il parcourt les conditions diverses et les provinces; et il fait une peinture si vive des désordres auxquels on s'abandonnait, que l'indi

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gnation contre les auteurs de ces crimes, ne laisse presque plus de place à la compassion pour leurs misères. On objectait que les Chrétiens étaient encore meilleurs que les nations idolâtres, qui lesavaient subjugués; Salvien répond que les péchés ont un caractère particulier de malice dans une profession aussi sainte que le christianisme, et, tout en reconnaissant que les peuples dont Dieu s'était servi pour punir les Chrétiens, étaient sujets à de grands vices, il fait ainsi leur portrait : « La race des Sa« xons est cruelle, les Francs sont perfides, les « Gépidesinhumains, les Huns impudiques; enfin, « dans la conduite de toutes ces nations barbares, « domine un vice particulier, mais leurs défauts « ont-ils le même degré de malice que les nôtres? « L'impudicité des Huns est-elle aussi criminelle « que la nôtre ? La perfidie des Francs est-elle « aussi blâmable que la nôtre ? L'intempérance des « Alains est-elle aussi répréhensible que celle des « Chrétiens?La rapacité des Albanoisest-elle aussi « condamnable que celle des Chrétiens? Si le Hun « ou le Gépide use de fourberie, qu'y a-t-il là « d'étonnant, lui qui ignore tout-à-fait que la « fourberie est un crime? Si le Franc se parjure, « que fait-il de si étrange, lui qui regarde le par« jure comme un discours ordinaire, et non comme

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Il montre ensuite que les mœurs des Barbares hé

rétiques qui avaient ravagé l'empire, étaient beaucoup plus régulières que celles des Romains (1). Il loue particulièrement la chasteté des Goths et des Vvandales, qui avaient horreur des impudicités que l'on voyait régner surtout en Afrique et dans l'Aquitaine. « Rougissez, peuples Romains, rougis

sez de votre vie. Il n'est presque pas de villes sans lieux de prostitution, il n'en est point qui soient exemptes de turpitudes, si ce n'est les cités seulement où les Barbares ont établi leur domination. Et nous nous étonnons de nos malheurs, nous qui sommes si impurs! Nous nous étonnons d'être surpassés en force par nos ennemis, lorsqu'ils nous surpassent en vertus ! Nous nous étonnons de ce qu'ils possèdent nos biens, ceux qui ont nos vices en horreur! Ce n'est point à la force naturelle de leurs corps qu'ils sont redevables de leurs victoires, ce n'est point à la faiblesse de notre nature que nous devons nos défaites. Qu'on se le persuade bien, qu'on ne remonte point à une autre cause; ce qui nous a vaincus, c'est le dérèglement de nos mœurs (2). » N.

En parcourant les désordres des différens états,

Salvien n'épargne ni les ecclésiastiques, ni les

(1) Il nomme ainsi les peuples soumis à l'empire Romain. (2) Livre vII , p. 93.

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