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ALoRs que Rome, cette ville maîtresse, fatiguée de conquêtes et lasse de triomphes, se reposait bercée mollement par les douceurs d'une paix universelle; alors qu'elle convoquait en son sein tout ce qu'il y avait dans l'empire de poètes à la suave harmonie, d'orateurs aux paroles dorées, de philosophes aux vastes conceptions, et qu'elle dispensait au génie ces palmes jusque-là réservées au courage ; alors que le monde romain, oublieux des antiques vertus, se plongeait dans les enivremens des voluptés, dans les séductions du luxe, dans les impudences du vice, que la morale s'en allait expirante, que les Socrates passaient inaperçus, que leurs voix mouraient sans écho, perdues dans ce fracas assourdissant de passions, dans ces longues acclamations de plaisir; que les peuples courbés sous l'esclavage, trainaient péniblement leurs chaînes parfois recouvertes de fleurs, mais plus souvent ensanglantées, et que le sage soulevant avec douleur ses yeux vers le ciel, regardait l'Orient, croisait ses bras et attendait! — Dans ce bouleversement de toutes choses, un Dieu-homme naissait, prêchait et mourait en un coin de l'Asie, et ses disciples, enflammés d'une héroïque ardeur, tentaient de régénérer la face du monde, préparaient l'émancipation des peuples, embrassaient dans leur gigantesque ambition les terres encore ignorées, et, voyageurs audacieux, marchaient à la conquête de Rome, sans autres armes qu'une croix de bois, sans autres auxiliaires qu'une morale austère et rebutante. Voyez-les, ces pélerins du ciel! voyez comme ils affrontent tous les dangers, comme ils terrassent toutes les contradictions, comme ils relèvent toutes les espérances, comme ils consolent toutes les infortunes, comme ils captivent toutes les attentions , comme ils s'insinuent dans tous les cœurs, comme ils enchaînent toutes les intelligences! — La grande cité les avait vus passer, et elle avait souri! Les puissans avaient à peine laissé tomber un regard de dédain sur ces hommes aux dehors si vulgaires, le peuple les avait aperçus, et indifférent, il était retourné à ses spectacles, à ses jeux ! — Mais voilà que leurs paroles ont retenti, et Rome s'est émue! L'univers a entendu, et il s'est troublé ! L'Asie soulevant sa paupière mourante, a cru voir la lumière, et s'est prise d'amour pour elle! La Grèce, abjurant ses fables antiques et reniant son Olympe, a salué le Dieu inconnu ! La vieille Italie a retrouvé son âge d'or, les Gaules ont échangé leurs superstitions druidiques contre le symbole chrétien; les nations amassées aux froides régions du Nord, ont accueilli dans leurs bras amoureusement entr'ouverts la Croix qui s'avançait resplendissante; dans tous les cœurs s'est fait sentir une vaste sympathie pour l'humanité ; l'esclave a repris son rang d'homme; l'œuvre de régénération universelle a été commencée, et le signe du Christ a plané sur le monde, étendard sublime à l'ombre duquel sont venus se rallier les sectateurs de l'Évangile!

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Tel est le tableau merveilleux que présente à nos regards le spectacle de la prédication apostolique. Sans doute, le doigt de Dieu était là; sans doute, les prodiges opérés par les disciples du Christ frappaient les imaginations confondues et arrachaient la conviction ; sans doute, la beauté de la morale évangélique, les vertus des premiers chrétiens, ce je ne sais quoi de céleste et de divin qui respire dans les enseignemens des Apôtres : tout cela pouvait bien entraîner quelques ames déjà façonnées par la philosophie. Mais que plus tard, lorsque l'intervention du ciel était moins fréquente, le même spectacle ait été donné au monde, que la richesse ait dédaigné ses trésors, que la volupté ait abjuré ses joies, que l'opulence ait échangé son luxe contre la pauvreté du Christ, que la philosophie ait embrassé la folie de la croix , que le savoir orgueilleux se soit laissé prendre à la simplicité des Evangiles, oh! voilà, certes, qui doit étonner. Elle avait un étrange ascendant, cette éloquence qui surmontait à la fois tant d'obstacles! Jadis les philosophes avaient régné sans contestation; nulles difficultés n'entravaient leur marche; achever l'édifice commencé par leurs devanciers, c'était là toute leur œuvre. Mais les Pères, à leur apparition première, virent autour d'eux se dresser tout armés de nombreux contradicteurs, et, semblables à ces Juifs nouveaux-venus de Babylone, il leur fallait combattre d'une main, édifier de l'autre. C'est donc en quelque sorte sous ce double rapport d'apologistes et de législateurs que nous pouvons les considérer; dans cet examen, les premiers siècles de l'Eglise viennent se dérouler au spectateur émerveillé. Elle lui apparaît d'abord cachée dans l'ombre, puis grandissant tout-à-coup, enveloppant l'univers de ses réseaux invisibles, et enfantant de vigoureux génies; toujours attaquée, toujours triomphante, siégeant enfin sur les ruines du vieux paganisme, on la voit se lever belle de

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