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PRÉFACE

Quelques éléments de cet ouvrage ont paru ailleurs : l'ensemble est nouveau. Ailleurs on présentait Vigny comme poète et philosophe; l'objet de ce travail est moins l'étude d'un homme que celle d'une idée : la mission religieuse propre à la poésie. De ce côté, Vigny avait conçu de vastes desseins. Sa principale œuvre poétique, les Destinées, contient le testament d'un homme d'action refoulé dans la retraite. Pour qui considère, en effet, la crise des mœurs et des opinions, le problème poétique par excellence est relatif à ce qu'on appelle le merveilleux dans l'épopée. Dès 1824, A. de Vi

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gonie chrétienne. Dans cette voie, ses efforts aboutirent au mythe philosophique : ainsi de la Grâce dans le Prologue des Destinèes, ou du Verbe dans la Maison du berger.

Mais il s'en faut de beaucoup qu'on doive considérer le livre des Destinées comme proposant seulement une solution poétique.

A ses idées générales, depuis 1830, Vigny donnait le nom de « philosophie », comme à . ses poèmes, depuis 1842, la qualification de « philosophiques ». C'était indiquer qu'on ne les jugerait du point de vue véritable qu'en les appréciant selon leur tendance politique et sociale. Il entendait par là, sans doute, principalement, que l'ordre ne se fonde plus sur une définition théologique.

Rencontre remarquable, A. Comte adoptait pour devise une maxime de Cinq-Mars : « Qu'estce qu'une grande vie, sinon une pensée de jeu

nesse exécutée par l'âge mûr ? » La politique

des Destinées présente, dès avant 1854, quelques traits de la politique positive. La condamnation du régime parlementaire, l'apothéose du Travail et de la Femme, surtout l'idée que l'institution d'un sacerdoce social devenait plus que jamais urgente afin qu'on cessât de bâtir sur le sable, ces éléments de sociologie devaient, selon Vigny, revêtir la forme d'un nouveau symbole. En 1831, on en trouve l'annonce dans la pièce de Paris; trente ans après, l'Esprit pur le célèbre, sous la figure de la Colombe, « visible Saint-Esprit ».

J'ai cru pouvoir attribuer plus d'importance à celle d'Éva, cette figure voilée, pour ainsi dire, qui semble planer sur les Destinées.

En voici la raison.

La politique contenue dans ce recueil donnait telle quelle une forme positive aux premiers vœux de notre romantisme.

Plusieurs novateurs ont esquissé les premiers traits d'une religion de philosophes. Ballanche émettait l'idée d'une palingènèsie sociale ; Lessing racontait l'éducation du genre humain par le Saint-Esprit; M" de Staël apportait là-dessus la pensée de l'Allemagne. Peut-être discerne-t-on quelque inspiration analogue dans les idées théosophiques de la Muse française, premier organe de notre romantisme. Elle groupait comme en un faisceau les nouveaux poètes. Elle les unissait par l'espoir d'une sorte de mission sociale. Ils figuraient en elle leur demi-sacerdoce, et, par un sûr instinct des temps à venir, ils empruntaient à Virgile un vers fameux qui devenait leur devise d'épigraphe : « Voici la Vierge qui revient. » Comme la Révolution, le romantisme était une religion imparfaite : au bout de cette voie s'aperçoit maintenant le symbole de Comte. Je me suis, de préférence, attaché à la théorie

du symbole social.

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