Abbildungen der Seite
PDF

DE FÉNELON,

ARCHEVÊQUE DE CAMBRAI,
PRÉCÉDÉES

D'ÉTUDES SUR SA VIE, PAR M. AIMÉ-MARTIN.

[merged small][graphic][merged small]

CHEZ FIRMIN DIDOT FRERES, LIBRAIRES,

IMPRIMEURS DE L'INSTITUT DE FRANCK,

RUE JACOR, m.

M DCCC XLV.

[graphic]

AVIS DE L'ÉDITEUR.

La vie de Fénelon, quoique dégagée de presque toutes les passions humaines, fut très-agitée. Elle peut se diviser en plusieurs époques bien distinctes : l'éducation du duc de Bourgogne, suivie de la disgrâce et de l'exil; les discussions publiques sur le quiétisme, suivies du jugement de la cour de Rome; enfin les désastres de la France et l'envahissement de son territoire par les étrangers, où la charité du prélat sembla croître avec nos malheurs. Là se renferme toute la vie politique et chrétienne de Fénelon, vie sublime qui*se résume dans ces trois pensées : donner un bon roi à la France, 4e bonnes institutions aux peuples, et une religion éclairée et désintéressée au monde.

Nous avons essayé l'esquisse de cet immense tableau , en prenant pour base de notre travail:

1» La Correspondance de Fénelon, qui forme aujourd'hui 12 vol. in-8»;

2» La nouvelle Histoire de Fénelon, publiée à la téte de Télémaque par les soins du marquis de Fénelon, pendant son séjour en Angleterre, et dont deux ou trois exemplaires seulement existent aujourd'hui dans les bibliothèques des amateurs;

3» L'Histoire de la vie et des ouvrages de Fénelon , par Ramsai;

4» Le Recueil des principales vertus de Fénelon, par l'abbé Galet, ouvrage touchant, et que M. de Bausset n'a pas connu;

à» L'Histoire de Fénelon, par le père Querbeuf, ouvrage estimable, et que M. de Bausset a fondu entièrement dans le sien;

6» Enfin l'Histoire de Fénelon, composée sur les manuscrits originaux par le cardinal de Bausset. Ce livre, élégamment écrit, plein de recherches et d'érudition, est le meilleur qu'on ait publié sur la matière; mais on peut lui reprocher quelques lon

gueurs, qui affaiblissent considérablement l'intérêt. L'auteur a trop prodigué dans son texte les richesses littéraires que le hasard avait fait tomber dans ses mains.

Telles sont les sources où nous avons puisé abondamment; notre but a été de réunir dans un seul ou» vrage, réduit aux proportions que comporte le sujet, tout ce qu'il y a de vraiment utile, de vraiment intéressant dans les ouvrages que nous venons da citer.

Quant aux œuvres de Fénelon, notre recueil renferme plus de vingt volumes, c'est-à-dire tous les écrits relatifs à l'éducation; plus, tous les ouvrages littéraires, politiques, historiques et purement religieux. Sous ce rapport, les œuvres ie Fénelon sont complètes.

Nous y avons joint les principaux ouvrages de théologie, et entre autres le livre si célèbre dos Maximes des Saitits, qui, jusqu'à ce jour, n'a trouvé place dans aucune édition de Fénelon.

Enfin nous avons terminé notre collection par nn choix fait avec le plus grand soin dans toutes les correspondances de l'auteur. Ces correspondances avaient toujours été séparées, ou classées d'après les matières qui y sont traitées. Nous les avons réunies, en ayant soin de replacer chaque lettre à sa date, en sorte que cette partie des œuvres est comme une suite non interrompue de tableaux délicieux, où l'on voit se reproduire successivement toute la vie intellectuelle, religieuse, morale et politique de l'écrivain et du pasteur : monument divin de sa vertu, et qui, en ne le considérant que sous le rapport littéraire, peut encore servir à sa gloire!

L. A. M.

31 mars 1835.

[ocr errors]

ÉTUDES

SUB

LA VIE DE FÉNELON.

Sa mémoire doit avoir le même avantage que sa vie: celui de faire aimer la religion.

La Harpe.

François de Salignac de la Mothe-Fénclon naquit au chateau de Fénelon, en Périgord, d'un second mariage du marquis de Fénelon avec Louise de la Ci opte, sœur du marquis de Saint-Abre. Mademoiselle de la Cropte joignait à beaucoup d'esprit tous les avantages de la beauté et de la naissance; mais elle avait peu de fortune, et le marquis de Fénelon était déjà père de plusieurs enfants. Aussi la famille dans laquelle elle entrait blama-t-elle cette alliance, qui plus tard devait lui être si glorieuse, puisque Fénelon en fut le fruit.

La première éducation de Fénelon fut toute chrétienne. Le marquis de Fénelon prodigua ses soins à l'enfant de sa vieillesse. Le moral, le physique, furent également soignés et cultivés. L'enfant était délicat : à force de ménagement, d'exercice et de sobriété, on le rendit capable de soutenir la fatigue et le travail. Il avait l'esprit vif et l'âme tendre; on alimenta cette double flamme par les exemples de la tendresse et par les conversations les plus instructives. Les historiens ont peu parlé de l'influence de la mère sur l'enfant; mais il est impossible que cette influence n'ait pas été largement exercée, puisque Fénelon fut élevé dans sa famille jusqu'à l'age de douze ans.

Quoique le marquis et la marquise de Fénelon le perdissent rarement de vue, on le confiait cependant quelquefois à un domestique. Un jour qu'il prenait l'air aux environs du château, il échappa à ce valet quelques propos qui manquaient de justesse; le jeune enfant, qui en avait beaucoup, crut pouvoir les relever. Le domestique insista; l'enfant ne se laissa pas convaincre; et le domestique emporté par la mauvaise humeur, le saisit avec violence, et le jeta par terre. Il se fit mal en tombant; mais la crainte de faire chasser le domestique l'engagea au silence, et il laissa croire à sa mère que le hasard seul avait causé sa chute. Fénelon avait alors six ans.

Déjà son éducation classique était commencée; on l'avait confiée à un précepteur habile, mais dont le principal mérite était de faire aimer l'étude. L'aimable enfant fat nourri, pour ainsi dire, du miel de l'antiquité; en sorte qu'à l'âge de douze ans, lorsque son père l'envoya à

l'université de Cahors, alors très-florissante, 11 savait parfaitement le grec, et écrivait en français et en latin avec élégance et facilité. Enfin, il avait lu les poètes, les philosophes et les orateurs qui ont illustré ces trois langues; il eu connaissait les beautés, et déjà même il s'était essayé à les reproduire.

Ainsi se formait dans la famille cet homme dont les écrits devaient adoucir le sort des peuples. Loin du fracas des villes, loin du tumulte des passions, son âme paisible recueillait avidement et conservait avec soin les impressions du beau et du bon; et nul doute que ces premières études si bien faites, que cette éducation à la fois grecque et chrétienne, n'aient exercé la plus heureuse influence sur ses ouvrages et sur son caractère.

II avait dix-huit ans lorsque le marquis de Fénelon, son oncle, le fit venir à Paris, et le plaça au collége du Plessis, puis au séminaire de Saint-Sulpice, où le jeune Fénelon termina ses études théologiques. Cet oncle était un homme de beaucoup de mérite et d'une grande piété. Le grand Coudé, qui l'honorait de son estime, disait de lui qu'il était également propre pour la conversation, pour la guerre et pour le cabinet.

Après cinq ans de recueillement et d'instruction, Fénelon reçut les ordres à l'âge de vingt-quatre ans. Sa vocation fut pleine et entière. On raconte même que, malgni sa jeunesse et sa faible santé, il voulait se consacrer aux missions du Canada; mais son oncle refusa son conseil tement, et ce fut dans la paroisse même de Saint-Sulpicn que Fénelon exerça, pour la première fois, les fonctions de son saint ministère.

Le soin des pauvres, la visite des malades, le confessionnal, le catéchisme, les prônes, les exhortations familières , tous ces travaux obscurs et pénibles, qui n'en son» que plus méritoires, l'abbé de Fénelon s'y livra avec ferveur. On le vit alors commencer cette vie de bienfaits, d'aumônes, de charités, de consolations, pour laquelle il était né. Au lieu de rechercher les riches, il recherchait les pauvres :il descendait aux dernières classes, el c'est là qu'il s'exerçait à soulager les maux qui ne peu

« ZurückWeiter »