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de Paris, si célèbre au moyen âge et vers laquelle les disciples accouraient de toutes les nations chrétiennes, ce fils de nos montagnes fut placé par l'admiration de ses contemporains presque au même rang que le docteur Angélique et saint Bonaventure. Appelé deux fois, à la fleur de son âge, à la direction de la province des dominicains de France, qui comptait alors tant d'hommes illustres, archevêque de Lyon à quarante-six ans, il était, deux ans plus tard, cardinal-évêque d'Ostie. Il présida en cette qualité, en l'absence du pape Grégoire X, plusieurs sessions du deuxième Concile général de Lyon. Il prononça deux sermons adressés aux Pères du Concile, et, sur le cercueil de saint Bonaventure, en commentant, dans une improvisation émouvante, ces accents de la douleur de David : Je pleure sur toi, mon frère Jonathas ; Doleo super te, frater mi, Jonathas, il arracha des larmes et des gémissements à l'auguste assemblée.

Élevé sur la chaire de saint Pierre, il multiplia les preuves de sa prodigieuse activité. Pendant un pontificat de cinq mois et deux jours, il traita de la paix entre les républiques italiennes, entre Rodolphe empereur d'Allemagne et le roi de Sicile; il s'efforça de ramener à l'unité catholique l'empereur de Constantinople, et de réaliser ainsi les espérances du Concile de Lyon ; il dicta un résumé de ses sermons, résumé dont le manuscrit, conservé à la bibliothèque Barberini de Rome compte près de mille pages in-quarto à deux colonnes.

Il mourut à cinquante et un ans, loué comme un saint, pleuré par l'Eglise entière, qui avait mis dans ses qualités brillantes, dans ses vertus, dans la puissance de sa

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doctrine, dans l'éclat de sa parole et dans l'ardeur de son zèle les plus grandes espérances.

Tel fut Pierre de Tarentaise, qui porta sur le trône pontifical le nom d'Innocent V, le premier peut-être des hommes illustres de la Savoie, si nous considérons ses travaux, ses écrits, son éloquence et ses haules destinées, mais bien certainement le moins connu de tous.

Je n'ai pas la pensée de vous retracer la vie de ce grand théologien et de ce grand Pape; ce sera l'objet d'une autre étude. Je voudrais vous dire quelle fut sa patrie et quelle fut sa famille.

Je me trouve, sur ce terrain, en présence des prétentions des habitants de la vallée ou du duché d'Aoste (1) qui veulent nous ravir cette gloire de notre pays. Ces prétentions ont été exposées par M. l'abbé Laurent, chanoine de l'insigne collégiale de Saint-Pierre et de Saint-Ours d'Aoste, dans une brochure qui a pour titre : Notice biographique sur Pierre de Les Cours, religieux dominicain, pape sous le nom d'Innocent V (2).

Je suivrai pas à pas le travail de M. le chanoine Laurent, je détruirai une à une les preuves sur lesquelles il prétend appuyer sa thèse, et j'ose vous promettre dès ce moment que de toutes ses affirmations pas une seule ne restera debout.

. (1) Le duché d'Aoste (Italie) est séparé de l'arrondissement de Moutiers, de l'ancienne province de Tarentaise, par une des chaînes des Alpes et en particulier par le Petit-Saint-Bernard.

(2) Cette notice a été lue en 1872 dans les séances de la Société académique du duché d'Aoste.

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Nous avons, à l'appui de notre thèse, une première et irrécusable preuve dans le nom qui est donné à Innocent V par tous les historiens de son ordre, par tous les théologiens de toutes les écoles el de lous les pays depuis six siècles; par les souverains Pontises dans les lettres adressées à notre illustre compatriote et dans celles qui ont rappelé plus tard ses travaux et sa gloire; dans tous les manuscrits de ses ouvrages, dont un très grand nombre datent du xuie siècle, manuscrits de la bibliothèque Vaticane et de la bibliothèque Barberini à Rome, manuscrits de la bibliothèque de Turin, de la bibliothèque nationale de Paris, de la bibliothèque de Troyes et de tant d'autres. Innocent V est partout et toujours nommé Pierre de Tarentaise: Petrus Tarentasiensis, Petrus de Tarentasiâ, a Tarentasiâ, e Tarentasià ; et, en italien, Pietro di Tarentasia ou da Tarenlasia. Cet accord, celte unanimité constitue une preuve décisive pour toute intelligence qui n'est pas obstinée dans le parti pris.

L'auteur de l'Histoire de l'Eglise, enlevé trop tôt à son grand travail, M. l'abbé Darras, interrogé sur l'origine d'Innocent V, écrivait le 27 février 1877:

« Le fait de la naissance d'Innocent V en Tarentaise « est incontestable; son nom de docteur et de cardinal : « Pierre de Tarentaise, suffirait seul à l'établir, quand « même tous les auteurs ne seraient pas d'accord à le « reconnaître. Mais il y a unanimité sur ce point, aussi « bien chez les écrivains anciens d'Italie, de Savoie et de « France, que chez les érudits les plus récents. Quant à « l'existence de diplômes et de chartes remontant à l'année « 1225, date de la naissance d'Innocent V et constituant « pour lui une sorte d'extrait de baptême, il n'est guère << présumable de l'admettre. »

Mais M. le chanoine Laurent n'est pas arrêté par celle preuve, et il écrit: « S'il m'élait permis d'émettre « franchement ma pensée, je dirais qu'on doit peu ajouter « foi pour ce point d'histoire au témoignage des histo« riens. Ce qui m'autorise à penser de la sorte, ce sont « leurs contradictions; car il en est qui, sans s'en aperce« voir, assignent à cet illustre pape deux patries: Moùtiers « et La Salle; Casalis et Migne sont de ce nombre. J'ajoute « que, si le témoignage des historiens ne peut servir de « preuve qu'autant qu'ils n'ont pas voulu Iromper et « qu'ils n'ont pas pu être trompés, celle seconde condi« tion ne me parait pas exister pour ceux qui font « Innocent V de la Tarentaise: Tous ont pu être induits « en erreur par ces mots : Pelrus e Tarentasiâ (1). »

M. Laurent essaye ensuite de tourner en ridicule la réponse d'un père dominicain du couvent de la Minerve à Rome, qui lui a donné sur l'origine d'Innocent V la preuve tirée du nom de Pierre de Tarentaise et qui avouait ne pas connaître d'autres preuves. M. le chanoine ajoule avec cette singulière audace que nous constatons à chaque page et presque à chaque ligne de son travail: « Je n'ai « aucunement raison de douter de l'élendue des connais« sances historiques de ce père dominicain ; seulement

(1) Page 8,

« pouvail-il connaitre d'autres preuves, puisqu'elles « n'existent pas ? »

Nous verrons bientot les prenves nombreuses, évidentes, qui détruisent la thèse de M. le chanoine Laurent; nous verrons que, si nous lui accordons qu'il peut compter parmi les historiens qui n'ont pas voulu tromper, il doit élre absolument exclu de la catégorie d'infaillibles qu'il a découverts et qui n'ont pas pu être trompés.

Nous verrons enfin que l'autorité des écrivains qui se contredisent au sujet de la patrie d'Innocent V, est invoquée non par nous, mais par notre adversaire.

Pour enlever sa valeur à la preuve que nous avons donnée, M. Laurent prétend que plusieurs écrivains — il cite Giry (Diction, hagiograph.) et Migne, (Catalogue général et Diction. des saints) – ont appelé saint Ours originaire de la ville d'Aoste, saint Ours de Tarentaise, et il ajoute : « Saint Anselme aussi est dit de Turin, d'Angleterre et de Bourgogne. On n'a pour s'en assurer qu'à lire Rossotti, Syllabus scriptorum. »

Mais qu'importent les erreurs de quelques écrivains sur saint Ours et saint Anselme ? Ces erreurs n'ont pu obscurcir la vérité sur l'origine de ces deux grands saints, de même que les erreurs de M. le chanoine Laurent et de ses compatriotes ne peuvent rien contre les preuves irrécusables que nous apportons contre leur thèse.

M. Laurent poursuit : « Après ce, doit-on être surpris « que le Pape Innocent V, né à Aoste, dans une commune « tout à fait proche de la Tarentaise, dans un diocèse « souvent tû et confondu dans les actes publics avec la « province même de Tarentaise, ainsi que le démontrent

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