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repas étoit cordial, et les manières affectueuses. La jeune demoiselle du lieu interrogeoit timidement ses hôtes , qui louoient gravement sa beauté et sa modestie. Les bons pères entretenoient toute la famille par leurs agréables propos : ils racontoient quelque histoire bien touchante; car ils avoient toujours appris des choses remarquables dans leurs missions lointaines, chez les sauvages de l'Amérique, ou les peuples de la Tartarie. A la longue barbe de ces pères, à leur robe de l'antique Orient, à la manière dont ils étoient venus demander l'hospitalité, on se rappeloit ces temps où les Thalès et les Anacharsis voyageoient ainsi dans l'Asie et dans la Grèce. . Après le souper du château, la dame appeloit ses serviteurs, et l'on invitoit un des pères à faire en commun la prière accoutumée; ensuite les deux religieux se retiroient à leur couche, en souhaitant toutes sortes de prospérités à leurs hôtes. Le lendemain on cherchoit les vieux voyageurs; mais ils s'étoient évanouis, comme ces saintes apparitions, qui visitent quelquefois l'homme de bien dans sa demeure.

Etoit-il quelque chose qui pût briser l'ame, quelque commission dont les hommes , ennemis des larmes, n'osassent se charger, de peur de compromettre leurs plaisirs ? C'étoit aux enfans du cloître qu'elle étoit aussitôt dévolue, et surtout aux pères de l'ordre de S. François. On

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suppośoit que des hommes qui s'étoient voués à la misère, dévoient être naturellement les hérauts du malheur. L'un, étoit obligé d'aller porter à cette fainille la désastreuse nouvelle de la perte de sa fortune ; l'autre, de lui apprendre le trépas d'un fils unique. Le grand Bourdaloue remplit lui-même ce triste devoir : il se présentoit en silence à la porte dii père , croisoit les mains sur sa poitrine, s'inclinoit profondément, et se retiroit muet, comme la mort dont il étoit l'interprète.

Croit-on qu'il y eut beaucoup de plaisirs, ( nous entendons de ces plaisirs à la façon du monde.) croit-on qu'il fût fort doux pour un Cordelier, un Carmë, ún Frănciscain, d'aller, au milieu des prisons, annoncer la sentence au criminel ; l'écouter, le consoler, et avoir, pendant des journées entières, l'ame transpercée des scènes les plus déchirantes ? On a vu, dans ces actes de dévouement, la sueur tomber à grosses gouttes du front de ces compatissans religieux, et mouiller ce froc qu'elle a pour toujours rendu sacré, en dépit des sarcasmes de la philosophie. Et pourtant quel honneur, quel profit revenoit-il à ces moines de tant de sacrifices, sinon la dérision du monde, et les injures même des prisonniers qu'ils consoloient ! Mais du nioins les homines, tout ingrats qu'ils sont, avoient confessé leur nullité dans ces grandes rencontres de la vie ,

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puisqu'ils les avoient abandonnées à la religion, seul véritable secours au dernier degré du malheur. O apôtre de Jésus-Christ, de quelles catastrophes n'étiez-vous point témoin, vous qui, près du bourreau, ne craigniez point de vous couvrir du sang des misérables, et qui étiez leur dernier ami ! Voici un des plus hauts spectacles de la terre : au deux coins de cet échafaud, les deux Justices sont en présence; la Justice humaine et la Justice divine. L'une implacable , et appuyée sur un glaive, est ac

compagnée du désespoir; l'autre, tenant un ! voile trempé de pleurs, se montre entre la

pitié et l'espérance ; l'une a pour ministre, un homme de sang;,l'autre, un homme de paix; l'une condamne; l'autre absout; innocente ou coupable, la première dit à la victime : « Meurs ! » la seconde lui crie : « Fils de l'in» nocence ou du repentir, montez au ciel ! »

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Voici encore une de ces grandes et nouvelles idées qui n'appartiennent qu'à la religion chrétienne. Les cultes idolâtres ont ignoré l'enthousiasme divin , qui anime l'apôtre de l'évangile. Les anciens philosophes eux-mêmes n'ont jamais quitté les belles ayenues d’Academus et

les délices d'Athènes , pour aller, au gré d'une impulsion sublime, humariser le Sauvage, instruire l'ignorant , guérir le malade, vêtir le pauvre et semer la concorde et la paix parmi des nations ennemies : c'est ce que les religieux chrétiens ont fait, et font encore tous les jours. Les mers, les orages, les glaces du pôle, les feux du Tropique, rien ne les arrête ; ils vivent avec l'Esquimaux dans son outre de peau de vache-marine ; ils se nourrissent d'huile de baleine avec le Groënlandois; avec le Tartare ou l'Iroquois, ils mesurent la solitude ; ils montent sur le dromadaire de l'Arabe, ou suivent le Caffre errant dans ses déserts embrâsés ; le Chinois, le Japonois, l'Indien sont devenus leurs néophytes : il n'est point d'île ou d'écueil dans l'Océan, qui ait pu échapper à leur zèle; et comme autrefois les royaumes manquoient à l'ambition d'Alexandre, la terre manque à leur charité.

Lorsque l'Europe régénérée n'offrit plus aux prédicateurs de la foi qu'une grande famille de frères, ils tournèrent les yeux vers ces régions lointaines, où tant d'ames périssoient encore dans les ténèbres de l'idolâtrie. Ils furent tona chés de compassion, en voyant cette dégradation de l'homme; ils se sentirent un desir immnense de verser leur sang pour le salut de ces pauvres étrangers. Il falloit percer des forêts profondes, franchir des marais imprati,

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