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Parlent-ils de la vallée où coule le fleuve şaint ? ils disent : « Ces rochers renfer» ment de profondes grottes, qui étoient autre» fois autant de cellules d'un grand nombre » de solitaires, qui avoient choisi ces retraites ») pour être les seuls témoins sur terre de la ri» gueur de leur pénitence. Ce sont les larmes de » ces saints pénitens, qui ont donné au fleuve, » dont nous venons de parler, le nom de fleuve » saint : sa source est dans les montagnes du » Liban. La vue de ces grottes et de ce fleuve » dans cet affreux désert, inspirent de la com» ponction, de l'amour pour la pénitence, et » de la compassion pour ces ames sensuelles 1» et mondaines, qui préfèrent quelques jours » de joie et de plaisir à une éternité bienheu» reuse (1). »

Cela nous semble parfait comme style et comme sentiment. · Ces missionnaires avoient un instinct merveilleux, pour suivre l'infortune à la trace, et la forcer, pour ainsi dire, jusques dans son dernier gîte. Les bagnes et les galères pestiférées, n'avoient pu échapper à leur ingénieuse charité; écoutons parler le père Tarillon dans sa lettre à M. de Pontchartrain :

« Les services que nous rendons à ces pau» Vres gens, (les 'esclaves chrétiens au bagne

(1) Lett. éd. tom. I, p. 288.

K..

>> de Constantinople), consistent à les entres » tenir dans la crainte de Dieu et dans la foi, » à leur procurer des soulagemens de la cha» rité des fidèles, à les assister dans leurs ma» ladies , et enfin à leur aider à bien mourir : » si tout cela demande beaucoup de sujétion .») et de peine, je puis assurer que Dieu y at-. » tache en récompense de grandes consolations. » . . . . .. .......... .. .....

» Dans les temps de peste, comme il faut être » à portée de secourir ceux qui sont frappés, » et que nous n'avons ici que quatre ou cinq » missionnaires, notre usage est qu'il n'y ait » qu'un seul père qui entre au bagne, et qui » y demeure tout le temps que la maladie 2. dure : celui qui en obtient la permission du » supérieur, s'y dispose pendant quelque jour » de retraite, et prend congé de ses frères, » comme s'il devoit bientôt mourir. Quelque» fois il y consomme son sacrifice, et quel» quefois il échappe au danger (1). » .'

Le père Jacques Cachold écrit au père Tarillon :

« Maintenant je me suis mis au-dessus de » toutes craintes que donnent les maladies con» tagieuses ; et s'il plaît à Dieu, je ne mourrai » pas de ce mal, après les hasards que je viens » de courir. Je sors du bagne où j'ai donné

(i) Lett. éd. tom. I.

» les derniers sacremens à quatre-vingt-deux » personnes.... Durant le jour, je n'étois, ce w me semble, étonné de rien; il n'y avoit que » la nuit, pendant le peu de sommeil qu'on » me laissoit prendre, que je me sentois l'es» prit tout rempli d'idées effrayantes. Le plus » grand péril que j'ai couru, et que je ne cour» rai peut-être de ma vie, a été à fond de-cale so d'une sultane de quatre-vingt-deux canons. »Les esclaves, de concert avec les gardiens, » m'y avoient fait entrer sur le soir pour les » confesser toute la nuit, et leur dire la messe » de grand matin. Nous fûmes enfermés à

doubles cadenats, comme c'est la coutume. » De cinquante-deux esclaves que je confessai, »» douze étoient inalades, et trois moururent » avant que je fusse sorti; jugez quel air je as pouvois respirer dans ce lieu renfermé, et: .x sans la moindre ouverture. Dieu qui, par sa » bonté, m'a sauvé de ce pas-là, me sauvera n de bien d'autres (1). » : Un homme qui s'enferme volontairement dans un bagne en temps de peste ; qui avoue ingénument ses terreurs, et qui pourtant les surmonte par charité; qui s'introduit ensuite à prix d'argent, comme pour goûter des plaisirs. illicites à fond-de-cale d'un vaisseau de guerre, afin d'assister des esclaves pestiférés; avouons.

(1) Lett. éd. tom. I, p. 24.

le, un tel homme ne suit pas une impulsion naturelle; il y a quelque chose ici de plus que l'humanité. Les missionaires en conviennent, et ils ne prennent pas sur eux ces auvres sublimes : « C'est Dieu qui nous donne cette force, ré» pètent-ils souvent, nous n'y avons aucun » mérite. »

Un jeune missionnaire, non encore aguerri contre les dangers, comme ces vieux chefs tout chargés de fatigues et de palmes évangéliques, est étonné d'avoir échappé au premier péril; il craint qu'il n'y ait de sa faute, il en paroît humilié. Après avoir fait à son supérieur le récit d'une peste, où souvent il avoit été obligé decoller son oreille sur la bouche des malades, pour entendre leurs paroles mourantes', il ajoute : « Je n'ai pas inérité, mon révérend » père, que Dieu ait bien voulu recevoir le » sacrifice de ina vie, que je lui avois offert. » Je vous demande donc vos prières, pour ob» tenir de Dieu qu'il oublie mes péchés, et » qu'il me fasse la grâce de mourir pour lui,»

C'est ainsi que le père Bouchet écrit des Indes : « Notre mission est plus florissante que » jamais, nous avons eu quatre grandes per. » sécutions cette année. »

C'est ce même père Bouchet , qui a envoyé en Europe les tables des brames, dont M. Bailly s'est servi dans son histoire de l'astronomie. La société Angloise de Calcuta n’a jusqu'à présent

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fait paroître aucun monument des sciences Indiennes, que nos missionnaires n'eussent ou découvert ou indiqué. Et cependant les savans Anglois, souverains de grands royaumes, favo. risés par tous les secours de l'art et de la puissance, devroient avoir bien d'autres moyens de succès, qu'un pauvre Jésuite , seul, errant et persécuté. « Pour peu que nous parussions » librement en public, écrit le père Royer , » il seroit aisé de nous reconnoître à l'air et » à la couleur du visage. Ainsi , pour ne point vo susciter de persécution plus grande à la reli» gion, il faut se résoudre à demeurer caché » le plus qu'on peut. Je passe les jours entiers, » ou enfermé dans un bateau, d'où je ne sors » que la nuit, pour visiter les villages qui sont » proche des rivières, ou retiré dans quelque » maison éloignée (1). »

Le bateau de ce bon religieux étoit tout son observatoire; mais on est bien riche et bien habile quand on a la charité.

(1) Lett. édif. t. I, p. 8.

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