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On croit lire un morceau de Plutarque.

Avec ce penchant à voir les objets sous un rapport simple et tendre, le père Dutertre ne peut manquer d'être fort touchant, quand il parle des Nègres. Cependantil ne les représente point, à la manière des philanthropes, comme les plus vertueux des hommes ; mais il y a une raison, une sensibilité, une bonhommie qui ... charment toute l'ame, dans la peinture qu'il fait de leurs sentimens naturels

« L'on a vu , dit-il, à la Guadeloupe une ,» jeune Négresse, si persuadée de la misère 30 de sa condition, que son maître ne put » jamais la faire consentir à se marier au nègre » qu'il lui présentoit. ............. ........................... » Elle attendit que le père (à l'autel) lui de.» mandât si elle vouloit un tel pour son mari ; » car pour lors elle répondit avec une fermeté » qui nous étonna : non, mon père, je ne veux » ni de celui-là, ni même d'aucun autre ; je » me contente d'être misérable en ma personne, » sans mettre des enfans au monde qui seroient » peut-être plus malheureux que moi, et dont :», les peines me seroient beaucoup plus sensibles » que les miennes propres : elle est aussi tou» jours constamment demeurée dans son état » de fille , et on l'appeloit ordinairement la » Pucelle des Isles.» · Le bon père continue à retracer les moeurs

des Nègres, à décrire leurs petits ménages dans leurs cases, à faire admirer leur tendresse pour leurs enfans. Il entre-mêle son récit de sentences de Sénèque, qui parle de la simplicité des cabanes où vivoient les peuples de l'âge d'or; puis il cite Platon ou plutôt Homère, qui dit que les dieux ôtent à l'esclave une moitié de sa vertu : Dimidium mentis Jupiterillis aufert. Il compare le Caraïbe sauvage dans la liberté, au Nègre sauvage dans la servitude, etil montre combien le christianisme aide au dernier à supporter ses maux.

Le mode du siècle a été d'accuser les prêtres d'aimer l'esclavage, et de favoriser l'oppression parmi les hommes; or, il est certain que personne n'a élevé la voix avec autant de courage et de force en faveur des esclaves, des petits et des pauvres, que les auteurs ecclésiastiques. Ils ont constamment soutenu que la liberté est un droit imprescriptible du chrétien. Les colons protestans, convaincus de cette vérité, pour arranger tout à-la-fois leur cupidité et leur conscience, ne baptisoient leurs Nègres qu'à l'article de la mort; et souvent même, dans la crainte qu'ils ne revinssent de leur maladie, et qu'ils ne réclamassent ensuite , comme chrétiens, leur liberté, ils les laissoient mourir dans l'idolatrie (1) : la reli

(1) Hist. des Ant. tom. II, p. 503.

gion se montre ici aussi belle que l'avarice paroît hideuse.

La manière sensible et religieuse, dont les missionnaires parloient des Nègres de nos colonies , étoit la seule qui s'accordât avec la raison et l'humanité. Elle rendoit les maîtres plus pitoyables, et les esclaves plus vertueux; elle servoit la cause du genre humain, sansnuire à la patrie, et sans bouleverser l'ordre et, les propriétés, Avec de grands mots on a tout perdu; on a éteint jusqu'à la pitié; car, qui oseroit encore plaider la cause des noirs, après les crimes qu'ils ont coinmis ? Tant nous avons fait de inal ! tant nous avons perdu les plus belles causes, et les plus belles choses (1)!

Quant à l'histoire naturelle, le père Dutertre vous montre quelquefois tout un animal d'un seul trait; il appelle l'oiseau-mouche une fleur céleste, c'est le vers du père Commire : ca : Florem putares rare per liquidum AEthera. ' « Les plumes du flambantou duflammant, dit-il » ailleurs, sont de couleur incarnat; et quand

(1) Cette vérité est bien sensible aux représentations des tragédies de Corneille. Le spectateur demeure presque froid aujourd'hui aux scènes sublimes des Horaces et de Cinna : derrière tous ces mots admirables, Quoi ! vous me pleureriez mourant pour mon pays , etc. on ne voit plus que du sang, des crimes et le langage de la tribune de la convention.

» il vole à l'opposite du soleil, il paroît tout » flamboyant comme un brandon de feu (1). » · M. de Buffon n'a pas mieux peint le vol d'un oiseau, que l'historien des Antilles : « Cet oi. » seau (la frégate) a beaucoup de peine à se » lever de dessus les branches; mais quand il » a une fois pris son vol, on lui voit fendre » l'air d'un vol paisible, tenant ses ailes éten-, » dues, sans presque les remuer, ni se fatia guer aucunement. Si quelquefois la pesan33 teur de la pluie, ou l'impétuosité des vents » l'importune, pour lors il brave les nues, se » guinde dans la moyenne région de l'air, et » se dérobe à la vue des hommes (2). »

Il représente la femelle du colibri , faisant son nid : .«.i... Elle carde, s'il faut ainsi dire, » tout le coton que lui apporte le mâle , et le » remue quasi poil-à-poil avec son bec et ses >> petits pieds, puis elle forme son nid, qui » n'est pas plus grand que la moitié de la » coque d'un ouf de pigeon. A mesure qu'elle » élève le petit édifice , elle fait mille petits * tours, polissant avec sa gorge la bordure du 2 nid , et le dedans avec sa queue. : ' » .............. .. ... S...... Je n'ai jamais pu remarquer en

(1) Hist. des Ant. tome II, p. 268. (2) Ibid, tom. II, p. 269.

. » quoi consiste la béchée que la mère leur

» apporte, sinon qu'elle leur donne la langue » à succer, que je crois être toute emmiellée » du suc qu'elle tire des fleurs. »

Si la perfection dans l'art de peindre, consiste à donner une idée précise des objets, en les offrant toutefois sous un jour agréable, le missionnaire des Antilles a atteint cette perfection.

· CHAPITRE VIII. in

Missions da la Nouvelle - France.

.

Nous ne nous arrêterons point aux missions de la Californie, parce qu'elles n'offrent aucun caractère particulier, ni à celles de la Louisiane, qui viennent se confondre avec ces terribles missions du Canada, où l'intrépidité des apôtres de Jésus-Christ, a paru dans toute sa gloire.

Lorsque les François, sous la conduite de Champelain , remontèrent le fleuve Saint-Lau. rent , ils trouvèrent les forêts du Canada habitées par des Sauyages, bien différens de ceux qu'on avoit découverts jusqu'alors au Nouveau-Monde. C'étoient des hommes robustes, courageux, fiers de leur indépendance, capables de raisonnement et de calcul; n'étant étonnés ni des meurs des Européens, ni de

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