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tous les détails ne peuvent surpasser ; tout est là-dedans, depuis les fables d'Arioste, jusqu'aux exploits des véritables paladins; depuis les palais d’Alcine et d'Armide , jusqu'aux tourelles de Coeuvre et d’Anet.

Il n'est guères possible de parler même historiquement de la chevalerie, sans avoir recours aux Troubadours qui l'ont chantée , comme on s'appuie de l'autorité d'Homère, en tout ce qui concerne les anciens héros : c'est ce que les critiques les plus sévères ont reconnu. Mais alors on a l'air de ne s'occuper que de fictions. Nous sommes accoutumés à une vérité si stérile , que tout ce qui n'a pas la même sécheresse , nous paroît mensonge : comme ces peuples nés dans les glaces du pôle, nous préférons nos tristes déserts à ces champs

La terra molle , e lieta , e dilettosa

Simili a se gli abitator , produce (1). L'éducation du chevalier comniençoit à l'âge de sept ans (2). Duguesclin , encore enfant, s'amusoit dans les vieilles avenues du château de son père, à représenter des sièges et des combats avec de petits paysans de son âge. On le voyoit courir dans les bois, lutter contre les vents, sauter de larges fossés, escalader les

(1) Tas. cant. I, oct. 62.
(2) Sainte-Palaye , tom. I, prem. part.

foi gardé prenoit les e quelque nou

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ormes et les chênes; et déja montrer dans les landes de la Bretagne, le héros qui devoit sauver la France (1).

Bientôt on passoit à l'office de page ou de damoiseau, dans le château de quelque baron. C'étoit là qu'on prenoit les premières leçons sur la foi gardée à Dieu et aux dames (2). Souvent le jeune page y commençoit pour la fille du seigneur, une de ces durables tendresses que des miracles de vaillance devaient immortaliser. De vastes architectures gothiques, de vieilles forêts, de grands étangs solitaires, nourrissoient, par leur aspect romanesque, les passions que rien ne pouvoit détruire, et qui devenoient des espèces d'enchantement ou de sort.

Excité par l'amour au courage, le page poursuivoit les mâles exercices qui lui ouvroient la route de l'honneur, Sur un coursier indompté, il lançoit, dans l'épaisseur des bois, les bêtes sauvages, ou rappelant le faucon du haut des cieux, il forçoit le tyran des airs à venir timide et soumis, se poser sur sa main assurée. Tantôt, comme Achille enfant, il faisoit voler des chevaux sur la plaine , en s'élançant de l'un à l'autre; d'un saut franchisssant leur croupe ou s'asseyant

(1) Vie de Duguesclin.
(2) Sainte-Palaye, tom. I, pag. 7.

sur leur dos ; tantôt il montoit tout armé jusqu'au haut d'une tremblante échelle, et se croyoit déja sur la brèche , criant : Montjoye et Saint-Denis ! (1). Dans la cour de son baron , il recevoit toutes les instructions et tous les exemples propres à former sa vie. Là se rendoient sans cesse des chevaliers connus ou inconnus', qui s'étoient voués à des aventures périlleuses , qui revenoient seuls des royaumes du Cathay, des confins de l'Asie, et tous ces lieux incroyables où ils redressoient les torts, et combattoient les infidèles.

« On veoit, dit Froissard , parlant de la » maison du duc de Foy, on veoit en la > salle , en la chambre, en la cour, che» valiers et écuyers d'honneur aller et mar> cher, et les oyoit-on parler d'armes et » d'amour ; tout honneur étoit là-dedans » trouvé; toute nouvelle , de quelque pays ne » de quelque royaume que ce fust, là-dedans, » on y aprenoit ; car de tous pays, pour la » vaillance du seigneur, elles y venoient. »

Or sortir de page, on devenoit écuyer, et la religion présidoit toujours à ces changemens. De puissans parrains ou de belles marraines promettoient à l'autel pour le héros futur , religion , fidélité et amour. Le service

(1) Sainte-Palaye , tom. II, part. II,

de l'écuyer consistoit, en paix, à tråncher à table, à servir lui-même les viandes, comme les guerriers d'Homère, à donner à layer aux conviyes :

Ét après le manger lavèrent · Et cuier de l'eve ( eau) donnèrent. Les plus grands seigneurs ne rougissoient point de ramplir ces offices.cc A une table devant s le roi , dit le sire de Joinville, mangeoit le » roi de Navarre, qui moult étoit paré et >> aourné de drap d'or en cotte et mantel; la s ceinture, le sermail et chapelle d'or fin, » devant lequel je tranchois. » · L'écuyer suivoit le chevalier à la guerre,' portoit sa lance, et son heaume élevé sur le pommeau de la selle, et conduisoit ses chevaux, en les tenant par la droite. cc Quand il entra » dans la forest, il rencontra quatre escuyers, » qui menoient quatre blancs destriers en - dextre. » Son devoir dans les duels et les batailles, étoit de fournir des armes à son chevalier, de le relever quand il étoit abattu, de lui donner un cheval frais , de'parer les coups qu'on lui portoit, mais sans pouvoir combattre lui-même... : · Enfin, lorsqu'il ne manquoit plus rien aux qualités du poursuivant d'armes , il étoit admis aux honneurs de la chevalerie. Les licès d'un tournois, un champ de bataille , le fossé d'un

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château, la brèche d'une tour, étoient souvent le théâtre honorable où se conféroit l'ordre des vaillans et des preux. Dans le tumulte d'une mêlée , de braves écuyers tomboient aux ge. poux du roi , ou du général qui les créoit chevaliers, en leur frappant sur l'épaule trois coups du plat de son épée. Lorsque Bayard eut conféré la chevalerie à François premier : - Tu es bien heureuse , dit-il en s'adressant à » son espée, d'avoir aujourd'hui, à un si beau » et si puissant roi', donné l'ordre de la che» valerie ; certes, ma bonne espée, vous serez » comme reliques gardée, et sur tout autre » honorée. » Et puis, ajoute l'historien « fit » deux saults , et après remit au fourreau son » espée. »

A peine le nouveau chevalier jouissoit-il de toutes ses armes, qu'il brûloit de se distinguer par quelques faits éclatans. Il alloit par monts et par vaux, cherchant périls et aventures; il traversoit d'antiques forêts, de vastes bruyères, de profondes solitudes. Vers le soir il s'approchoit d'un château dont il appercevoit les tours solitaires , espérant que son bras acheveroit dans ce lieu quelque terrible fait d'armes. Déja il baissoit sa visière , et se recommandoit à la dane de ses pensées', lorsque le son d’un cor se faisoit entendre. Sur les faîtes du château s'élevoit un heaume, qui annonçoit que c'étoit là la demeure d'un chevalier hospitalier. Les

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