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temporel amena bientôt celui du spirituel. L'homme avec ses misères ne se trouve-t-il pas partout icibas? Le démon parvint à semer l'ivraie de la discorde dans le monastère. L'abbé, par ses profusions, s'était fait des créatures que la saine partie des religieux repoussait. L'insubordination s'en suivit. Il y eut des cabales, des voies de fait; des moines tombèrent dans l'excommunication, reçurent néanmoins les ordres, dans cet état, et célébrèrent les saints mystères. L'abbé Jacques écrivit aussitôt au pape, rejetant toute la faute sur certains , moines qui étaient en opposition avec lui. Le pape,

justificatives.: dans une lettre du 18 avril 1254, lui dit qu'il met en lui toute sa confiance, qu'il doit punir les coupables selon les canons, que ceux qui ont commis la faute énorme de frapper leurs frères, doivent être envoyés auprès de lui pour avoir l'absolution; que ceux qui sont tombés par ignorance, et qui dans cet état ont reçu les saints ordres et célébré les divins mystères, doivent faire la pénitence que lui-même jugera convenable d'imposer; et usant d'indulgence envers eux, il pourra leur donner l'absolution aussitôt qu'il le jugera convenable. Si cependant ces coupables sont tombés, avec connaissance de cause, sans pour cela mépriser les lois de l'Eglise, ils seront suspendus des fonctions de leur ordre pendant deux ans, et feront une pénitence salutaire. Mais s'ils reviennent à résipiscence, et qu'ils mènent une vie édifiante, ils pourront être admis plutôt à la grâce de la réconciliation. L'abbé, qui avait été la principale cause de ce désordre, fut déposé par le chapitre général, en 1260, et obligé de quitter le monastère,

ainsi que quelques religieux ses complices. Cette sentence fit cesser toutes les divisions, l'harmonie reparut dans le monastère, qui se trouvait endetté de dix mille livres, somme considérable pour ce temps-là. Le pape Alexandre IV déclara, que le chapitre n'était pas tenu à payer certaines dettes que l'abbé avait contractées, de son autorité privée, envers des hommes connus par leur mauvaise foi, et pour des affaires étrangères à l'abbaye. Le pape Clément IV leur écrivit dans le même sens en 1265. L'abbé Jacques était de Saint-Florentin. Il avait gouverné l'abbaye pendant dix ans.

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Le monastère se repose enfin de tant de troubles après l'élection de Jean. Son administration sage rend à la discipline religieuse toute sa vigueur, et fait oublier les traces de tant de tribulations. Il fit comprendre à ses moines que la sainteté de l'état monastique dépendait de la fidélité à suivre la règle: qu'il n'y avait point de vrais religieux sans règle, comme il n'y avait point de société sans lois.

Au mois de juin 1260, le pape Alexandre IV lui écrivit qu'il portait une affection toute spéciale à jmuficaîiva! l'abbaye de Pontigny, à cause des exemples de sainteté qu'elle avait donnés à l'Eglise. Il ajoute que l'abbaye renferme encore des hommes d'une haute vertu et pour lesquels il professe une estime et une Vénération toute particulière. Pour donner à l'abbé

des marques de sa confiance, il lui conféra le pou* voir de donner tous les ordres mineurs aux religieux de son monastère, ainsi que de bénir les pâlies et autres ornemens ecclésiastiques. Il étendit ce privilége à tous ses successeurs.

Jean vit encore s'agrandir la fortune territoriale de son abbaye. En 1259, Thibault VII, dit le Jeune, roi de Navarre et comte palatin de Champagne , confirma plusieurs donations touchant des 1 'biens situés sur les terres de sa mouvance. On remarque une rente de sept livres dix sous tournois, faite par les seigneurs de Maligny, une autre rente de cent quarante sous à Poinchy, quatre livres dix sous à Beine, cent sous donnés par Gaucher, seigneur de Poinchy, sur son cens de Jaulges, vingt sous tournois, légués par le vicomte de Ligny-leChâtel sur Méry-le-Serveux.

Guy de Maligny, seigneur de Beine, étant sur le point de partir pour une croisade, fit un legs, de concert avec Marie, son épouse, pour faire célébrer l'anniversaire de chacun d'eux, « désirant, disentils, pourvoir au salut de nos âmes, nous avons légué à la bienheureuse Marie de Pontigny et aux frères qui y servent Dieu, soixante livres de rente sur nos censives de Beine. Il mourut en 1250. T. ra,p. 86. En 1226, Etiennette de la Forterre, Pierre et Drouhin de Lignorelle, ses enfans, donnèrent en aumône à Dieu et à l'Eglise de Pontigny, pour le salut de leurs âmes et de celles de leurs ancêtres, ce qu'ils possédaient en droits seigneuriaux dans la terre de Carisey. Doët, seigneur de Flogny, légua pour son anniversaire un muid d'avoine, et cent sous, monnaie de Provins. Bura, son épouse; Godewin, Sédeline et Luquette, leurs enfans, jurèrent, entre les mains de Guy, seigneur de Maligny, qu'ils observeraient cet engagement. Il en dressa un acte, et y apposa son sceau (1227). Marc, chevalier de Percey, fit don de ce qu'il possédait vers la fontaine de Ligny-la-Ville, et sur lequel on était en contestation. Guillaume-le-Beau, de Percey, agit avec la même loyauté, pour des biens qu'il avait à Percey et sur lesquels s'étaient élevés des différends. Milet, aussi de Percey, fils de Gaultier; Itier, son frère; Ermensande et Aaline, ses sœurs, donnèrent également à Dieu et à la bienheureuse Marie de Pontigny, pour le salut de leurs âmes et de celles de leurs ancêtres, dix arpens du bois de Vansilvain, ou Val-Servin, et vendirent le reste à la même abbaye huit sous l'arpent, monnaie de Provins ( 1221 ). Robert, seigneur de Percey, approuva ce don qui était de sa mouvance. Ce prix de l'arpent de bois, fixé à huit sous, nous donne une idée de la valeur de ces dons, consistant en sous, que l'on rencontre si souvent. Jean de Percey choisit Pontigny pour le lieu de sa sépulture, en 1233. Ermengarde, sa sœur, épouse de Pierre de Mohomme, propriétaire des dîmes de Soumaintrain, fit beaucoup de bien a l'abbaye. Agnès de Percey, épouse de Hugues de Béru, voulut avoir sa sépulture à Pontigny (1231), et y fonda son anniversaire. L'acte fut passé devant l'official de Brinon.

Après avoir gouverné l'abbaye quelque temps avec beaucoup de sagesse, Jean donna sa démission , et se mit au rang des simples religieux, pour vacquer plus librement à l'affaire de son salut. Les auteurs de la Gaule chrétienne placent cet abbé avant Jacques, et mettent ensuite un abbé du nom de Pierre IV.

L'abbaye dePontigny avait déjà cent cinquante ans d'existence. Un nouvel ordre de chose naissait dans la société chrétienne. La féodalité se ruinait et mourait dans les entreprises d'outre-mer; l'autorité royale prenait de nouvelles forces; les études, singulièrement favorisées par les croisades à cause des rapports avec la civilisation orientale, allaient sortir des cloîtres. Un nouvel idiome se formait qui devait triompher de la langue latine et régner dans les villes et dans les campagnes. Les universités venaient de paraître, d'éclater même; elles menaçaient de jeter dans l'ombre l'enseignement des cloîtres et des cathédrales. Dans ces mouvemens compliqués, l'Eglise remplit un rôle immense; elle fonda et domina les universités; elle se jeta dans les lettres, elle présida au conseil des rois, prit part à l'affranchissement des peuples; quelquefois même, elle s'éleva contre l'eflervescencQ d'une bourgeoisie émancipée. Dans ces combats de l'Eglise pour la cause de la civilisation, ses efforts n'étaient plus renfermés dans les cloîtres; ils devenaient nécessairement extérieurs. De nouvelles voies s'ouvraient à l'activité humaine. La sécurité générale, menacée encore, s'accroissait par les progrès du temps.

Les ordres militaires religieux qui avaient été créés pour les guerres d'Orient, devaient naturellement déchoir de leur importance à la suite des croisades. D'autres ordres, purement monastiques,

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