Abbildungen der Seite
PDF
EPUB

baiser an crucifix de bois, pour le faire ressouvenir de la pauvreté et de l'humilité chrétienne.

Voici comment les étrangers, les pèlerins étaient p 4Saccueillis dans le monastère, lorsque ces maisons servaient d'hôtelleries, où les voyageurs étaient logés et nourris gratuitement pendant plusieurs jours; il n'est pas de prévenances, d'attentions que l'on ne prodiguât à un étranger, dans la personne duquel on révérait Jésus-Christ même. Aussitôt que le portier annonçait l'arrivée d'un hôte, l'abbé, le prieur, ou un des frères préposé en leur absence à ces réceptions, accourait à sa rencontre, le saluait profondément, l'invitait à faire ensemble une courte prière, après laquelle il lui donnait le baiser de la paix. Ensuite , il le conduisait dans un oratoire, le faisait asseoir, et lisait, en sa présence, quelque passage de l'Écriture sainte. Aussitôt après, on lui prodiguait tout ce qu'une ingénieuse charité peut suggérer envers un étranger, souvent épuisé de fatigue et dans le besoin. Si c'était un jour de jeûne, l'abbé le rompait devant lui, pour l'engager à accepter sans crainte les secours que réclamait son état de fatigue; ensuite, on lui offrait une chambre et un lit pour passer la nuit. Se trouvait-il malade? 11 pouvait compter sur tous les secours que l'on prodiguait aux frères. Le cuisinier de la maison devait toujours avoir quelque chose de prêt pour recevoir les étrangers qui arrivaient à toute heure.

Durant plusieurs siècles, ces saintes hôtelleries étaient les seules que l'on rencontrât dans certain» pays, hôtelleries admirables, dans lesquelles l'étranger était accueilli avec la plus cordiale amitié, avec 174 -*' ''*'HISTOIRE :/

lia désintéressement sans pareil, et secouru dans tous ses besoins. Il se retirait édifié de la vertu des frères, et confondu des bontés et des attentions dont il avait été l'objet. A la vue de ces beaux exemples, si capables d'adoucir la rudesse des mœurs publiques de cette époque, on se sent grandir, et on est fier d'appartenir à une religion qui produit des actes d'une aussi sublime charité. • • •

Le gouvernement intérieur de l'abbaye était fondé tout entier sur la charité. Les abbés, vraimentdignes de ce nom, étaient comme autant de pères au milieu de leurs enfans. Le chapitre m de la règle leur défendait même de rien entreprendre sans avoir pris Monut. eut., auparavant l'avis des frères. « Toutes les fois, y estp. Io. ji dit, que quelque chose d'important doit avoir lieu dans le monastère, que l'abbé convoque toute la congrégation, et dise de quoi il s'agit, et qu'après avoir entendu l'avis des frères, il y pense en son particulier, et fasse"ce qu'il jugera le plus convenablè. Il appellera tous les frères au conseil, parce que Dieu révèle souvent au plus jeune ce qui est le plus avantageux. Que les frères donnent leur avis en toute soumission, et qu'ils ne se hasardent pas à le défendre avec opiniâtreté. Après cela, que la chose dépende de la volonté de l'abbé, et que tous obéissent à ce qu'il a jugé salutaire. S'il convient au disciple d'obéir au maître, il convient de même à celui-ci de régler toutes choses avec prudence et justice. Que tout le monde suive la règle, et que personne ne s'en écarte témérairement. Que peTsotfne ne suive sa volonté propre. Que l'abbé agisse ew tout avec la crainte de Dieu et dans l'intentioa

[ocr errors]

d'observer la règle. Si de petites choses sont à faire dans l'intérieur du monastère, que l'abbé prenne seulement l'avis des anciens, selon ce qu'il est écrit: « Fais toutes choses avec conseil, et tu ne te repentiras pas de les avoir faites. »

Ceux qui ont déversé le mépris sur les habitans des cloîtres n'ont jamais connu la prudence, la sagesse, la charité, qui présidait à leur plus petits exercîcfes. Tout homme de bien qui voulait s'élever au-dessus de lui-même, dominer les faiblesses de l'humanité et se porter vers sa céleste origine, accourait dans ces maisons régulières, et là il trouvait la vraie sagesse dans un degré infiniment supérieur à tout ce que les auteurs païens nous ont jamais raconté des fameux sages de la Grèce. Des milliers de guerriers, ces preux et loyaux chevaliers de tous les ordres, qui ont donné tant de preuves de leur valeur sur les champs de bataille, dans les plaines de l'Orient, n'ont pas rougi de se soumettre à-la règle de Cîteaux et d'en pratiquer les exercices, au milieu des camps, et jusque sous les feux de l'ennemi. 'r-" '-'>i '-'-'- -:

[ocr errors]

Ses confrères l'élurent pour sa douceur et l'amitié qu'ils lui portaient; mais iïs perdirent bientôt ce bon abbé dont le gouvernement fut très-court. Sa mort arriva lé f 3 janvier, vers l'an 1414. Il fut enterré dans le chapitre vers le premier pilier, à gau

[ocr errors][ocr errors]

che en entrant. Les mémoires de l'abbaye font §eult mention de cet abbé.

JEAN DE BIENVILLE.

n»*. Jean de Bienville, ou de Bulmeville, était doc

teur en théologie; il jouissait d'une grande considération dans l'ordre. En 1415, les Pères du concile de Constance le choisirent pour chef de l'ambassade qu'ils envoyèrent aux Écossais. Il fut aussi désigné par le chapitre général pour traiter les affaires de l'ordre en Angleterre. Hector Boece loue beaucoup ses talens, joints à la sainteté de sa vie.

Le pape Martin V portait à cet abbé une affection particulière; il lui annonce dans une bulle du 24 juin 1418, qu'à sa considération et pour rendre à son abbaye les honneurs qui lui sont légitimement dus, il permet, à lui et à ses successeurs dans l'abbaye de Pontigny, de se revêtir des insignes pontificaux, comme de la mitre, de l'anneau et des ornemens qui les accompagnent. Il lui donne aussi la permission de donner la bénédiction solennelle les jours de fête, après la messe, après les vêpres et après les matines, non-seulement dans son abbaye, dans les monastères et les prieurés qui en dépendent, mais encore dans les paroisses qui sont sous sa juridiction immédiate ou en partie seulement, pourvu toutefois qu'aucun évêque, ni aucun légat du Saint-Siége ne soit présent. Jean de Bienville reçut Jeanne de Châlons, comme ayant la garde gardienne de l'abbaye. Les comtes de

[ocr errors]

Tonnerre, vicomtes de Ligny, exerçaient alors régulièrement sur cette maison leur protectorat despotique. Une charte, que les abbés de Pontigny regardaient comme apocriphe, rapportait que le 9 novembre 1421, Jeanne de Châlons avait été reçue dans l'église de Pontigny par les religieux, qui étaient allés à sa rencontre en procession; que l'abbé Jean de Bienville avait fait serment sur le grand autel qu'il la reconnaissait comme garde gardienne, souveraine, proteclresse, conservatresse de la dite église et de ses membres, droits et appartenances ressortissant et estant de la chastellenie, ressort, souveraineté et baronie du dit Ligny-le-Chastel. Jeanne de Châlons avait exposé que la terre de Ligny avait été séparée du comté de Tonnerre auquel elle était attachée depuis long-temps, mais qu'un arrêt rendu à son avantage, contre Louis, Jean et Hugues de Châlons , ses frères, lui avait rendu la terre de Ligny, dans laquelle elle venait exercer ses droits de suzeraineté. L'hommage exigé par les comtes de Tonnerre était appelé l'hommage d'homme vivant et d'homme mourant, parce qu'à la mort d'un abbé le comte de Tonnerre, ou son représentant, se rendait à l'abbaye; les religieux lui rappelaient que leur défunt abbé lui avait rendu foi et hommage, et en même temps ils lui présentaient leur nouvel abbé, qui lui rendait le même hommage.

Les abbés de Pontigny tentèrent plusieurs fois de se soustraire aux énergiques prétentions des comtes de Tonnerre, mais la prescription de ces derniers l'emporta toujours. Pierre, abbé de Pontigny, rendit cet hommage en 1504. Il fut rendu de nouveau

[ocr errors]
« ZurückWeiter »