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raient été plus florissans, se seraient fait un devoir de donner à leurs disciples d'autres lois, d'autres institutions. » Enfin, il émet le vœu que les religieux puissent porter des secours aux prêtres des campagnes; qu'ils tiennent des écoles et qu'ils forment quelques élèves pour le sanctuaire. Toutes sortes de précautions sont prises pour rendre la vie monastique à son austérité primitive. Dans nos temps critiques et raisonneurs, elle est devenue comme le type de la vie molle et indolente; et cependant combien en est-il parmi les plus ardens à dénigrer les habitans des cloîtres, qui voulussent supporter le régime et les liens de la communauté la plus relâchée? Outre la méditation, le chant de l'église, les lectures, qui remplaçaient efficacement le travail des mains et gênaient à toute heure la liberté des moines, à quelle sévérité de costumes, de nourriture , de mœurs, d'habitudes , n'étaient - ils pas assujétis?

JEAN DEPAGUY.

Il naquit à Sedan, entra dans l'abbaye dé Pontigny avec son frère, qui fut fait procureur. Il joignait à un grand amour de l'étude de vastes connaissances pour l'administration. On le jugea capable de relever l'abbaye de Pontigny de l'état de dépérissement dans lequel elle était tombée. En effet, en moins de deux ans il couvrit les trois quarts des dettes que le monastère avait contractées sous le règne précédent. Tandis qu'il s'efforçait de faire revivre les vertus monastiques, il éprouvait une résistance qu'il ne devait point surmonter : c'étaient les symptômes de cette décadence morale que l'on remarquait en France, et qui n'avaient que trop pénétrés dans son abbaye, sous le gouvernement de l'abbé Chanlatte. Ce n'était plus l'illustre abbaye de Pontigny qui allait périr, c'était son ombre. Malgré les signes précurseurs de la tempête , les hommes et les institutions vivaient au jour le jour; la royauté, les parlemens, les abbayes, la noblesse, le clergé, semblaient se hâter de jouir de leurs derniers momens. Un esprit d'agitation, de relâchement, se manifestait de toutes parts. Enfin, la révolution de 1789 arrive; le 13 février 1790, l'assemblée constituante rend son fatal décret qui détruit de fond en comble tous les établissemens religieux. Depaguy voulut encore temporiser; mais lorsqu'il vit que des édits de proscription planaient sur sa tète, il partagea entre les religieux le peu d'argent qui se trouvait dans l'abbaye, s'en croyant propriétaire plus légitime que la nation qui le confisquait à son profit, et les renvoya dans leurs familles.

Ce fut alors un spectacle lamentable. Les pauvres religieux s'exilèrent tristement de leur antique asile; les vieillards, l'âme pleine de regrets, et ne comprenant point qu'on ne leur permît pas d'y mourir; les jeunes religieux, inquiets de l'avenir, et redoutant l'incertitude d'une vie nouvelle au milieu des persécutions. Leur nombre ne s'élevait plus qu'à vingtcinq, en y comprenant deux frères convers. Quelquesruns,fidèlesàleurvocation, montrèrent aumonde <jue l'esprit de saint Etienne vivait encore dans Pontigny. Le reste se jeta dans le siècle, et la religion eut à gémir sur les écarts de plusieurs d'entre eux. L'abbé Depaguy se retira à Saint-Florentin, où il occupa les loisirs de sa retraite à transcrire et à mettre en ordre, dans trois volumes in-folio, les titres et les chartes des divers établissemens de cette ville, et sauva ainsi de l'oubli et de la destruction des pièces du plus haut intérêt pour l'histoire de Saint-Florentin. Durant le peu de temps qu'il gouverna l'abbaye de Pontigny, il avait transcrit de sa propre main tous les titres de son abbaye, comme on l'a vu ailleurs. Ce savant et laborieux abbé mourut à Saint-Florentin en 1810, plein de jours et de tristesse , après avoir vu enlever les dernières pierres de son abbaye.

Lorsqu'en 1795 l'abbaye fut vendue, l'église profanée, le corps de saint Edme, par une protection spéciale dela Providence, resta dans sa châsse, et aucun des hommes de la révolution n'osa y porter ses mains sacriléges. Malgré le refroidissement de la foi, les peuples voisins conservent toujours delà vénération pour les reliques du saint archevêque de Cantorbéry. C'est le plus précieux trésor de la paroisse, et comme la sauve-garde de la belle église dans laquelle elles réposent.

Jusqu'en 1821, l'église de Pontigny eut pour curé M.1 François-Nicolas Robert, ancien moine de l'abbaye, intrépide défenseur des biens de son église. Il refusa constamment les stalles au chapitre de Troyes, qui les demandait pour remplacer celles de Clairvaux qu'il possédait déjà, et dont le travail ne peut entrer en parallèle avec celles de Pontigny. Il accorda des reliques de saint Edme à la duchesse d'Angoulême. Ce fut après bien des refus que M. de Boulogne, évêque de Troyes, en obtint pour la chapelle de son séminaire. Pontigny faisait alors partie de l'évêché de Troyes. De grandes Eglises demandèrent les orgues, les grilles, les autels, et éprouvèrent des refus humilians.

En 1825, M. Cabias, desservant de Pontigny, crut devoir substituer une nouvelle châsse à l'ancienne, qui était de bois doré, fermée à la tête par un grillage à travers lequel on pouvait considérer la sainte relique. Il descendit donc cet te châsse, sans avoir assez consulté l'archevêque de Sens, qui l'en blâma fortement. Il déposa le corps de saint Edme dans une chapelle ornée de tentures, où il resta six mois. La nouvelle châsse, plus légère et plus découverte, est fermée de grands carreaux en verre, et est, par là même, exposée aux spoliations et à la profanation. La cérémonie de cette translation se fit humblement, en présence des prêtres des environs et des fidèles de la paroisse. Quel rapprochement avec ces translations solennelles auxquelles les rois, les princes, les évêques accouraient avec un pieux empressement. Que les temps sont changés! Le corps du Saint fut trouvé couché dans sa châsse, revêtu de ses ornemcns pontiGcaux, depuis la mitre jusqu'aux brodequins. On répara la mitre qui se détachait en lambeaux, et on changea le linceul qui touchait le corps. Le bras de saint Edme, détaché du temps de saint Louis, est déposé dans une armoire pratiquée dans le mur d'une chapelle. Je ne dois pas passer sous silence le concours extraordinaire qui se fit à Pontigny, cette même année 1825, le lendemain de la Pentecôte, jour où l'on célèbre ordinairement la fête de saint Edme, quoiqu'elle arrive le 16 novembre. Son corps, que l'on voyait dans une chapelle ardente, attira une foule immense. On assure qu'il s'y trouva plus de dix mille personnes. Un orage inattendu vint bientôt mettre fin à cette réunion, qui rappelait les beaux temps de l'abbaye. Tout-à-coup, à quatre heures et demie du soir, le ciel s'obscurcit, le tonnerre gronde, une grande pluie commence à tomber et se prolonge jusque dans la nuit. Lorsque les auberges et les maisons des particuliers furent remplies, le reste de la foule s'écoula le long des chemins; les uns allèrent coucher dans les villages voisins, les autres marchèrent une partie de la nuit; car on y était accouru d'Auxerre, de Joigny, de Brienon, de Saint-Florentin, de Seignelay, de Ligny-le-Châtel, de Chablis, et des villages d'alentour.

L'abbaye de Pontigny fleurit six cent soixanteseize ans. Son histoire n'est pas sans nuages, parce que les abus sont inséparables de toutes les choses humaines. Cependant, quel tribut de reconnaissance ne mérite pas cette maison que la religion seule pouvait montrer à nos pays? Dès sa naissance, elle acquit cette prépondérance imposante que donnent l'indépendance temporelle, la noblesse des sentimens de la religion et la protection des rois. On l'a vue, investie de toute la confiance des grands, servir de pacificateur et d'arbitre entre eux et les peuples; on Va voe chargée des présens qu'elle recevait des rois,

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