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mains, et occupaient ainsi les bras des serfs qu'ils tiraient de la misère. Les seigneurs, au contraire, voulaient conserver les bois pour y prendre le plaisir de la chasse, passion dominante de la noblesse de ce siècle.

Cependant les moines trouvant quelque chose de T. H , p. ut. ] barbare à chasser les habitans de Sainte-Porcaire de leurs maisons pour en prendre possession , selon le don qui venait de leur en être fait, le comte Guillaume vint au secours de leur charité en dédommageant tous les habitans, de sorte qu'ils sortirent de leur plein gré, et furent remplacés par des frères convers, ou de simples métayers des religieux. Le village de Sainte-Porcaire fut ainsi détruit. ( 1 ). La

( i ) Sainte,Porcaire, Sancta Porcaria, Sancta Porcharia, est présentement une ferme entre les Baudières et Pontigny, sur le penchant d'un coteau. Elle tire son nom et son origine d'une vierge d'Italie, nommée Porcaire, qui vint jusqu'à Auxerre à la suite du corps de saint Germain, mort à Ravenne. Aussitôt qu'il fut déposé dans le tombeau, elle se retira dans un lieu solitaire au,delà du Serain, et y bâtit un hermitage, où elle passa ses jours dans l'exercice de toutes les vertus. Après sa mort, les fidèles du voisinage élevèrent une chapelle sur son tombeau. On croit encore en remarquer les ruines dans une grange. Sa fête se célèbre le 8 octobre. Héric écrivait au neuvième siècle que le ... ,

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corps de sainte Porcaire reposait à environ neuf milles d Auxerre apui ],),. t. l, dans une chapelle célèbre par les miracles dus à son intercession, p. 540, Ainsi le corps de cette sainte doit reposer encore sous les ruines de cette chapelle, dans un tombeau de pierre. Une charte de 1119 donne à cette chapelle le titre d'église. Ecclesia sanctee Porcariœ.

Au douzième siècle, un village s'était formé autour de la cha- cart. de Pont., pelle de sainte Porcaire. On y voyait une garenne, des vignes, t. il, p. 368 et des jardins et des terres labourables. En 1119, Geoffroy du Mou.186. lin , Jean et Milon, ses frères, donnèrent à l'abbaye de Pontigny T. m, p. 230 les terres qu'ils possédaient en alleu à Sainte-Porcaire, et emme. e' 50.

route qui passait près de l'abbaye, en côtoyant la rivière, fut aussi reportée plus haut où nous la voyons aujourd'hui. voyei pièces Le pape Adrien IV confirma les principales posju.tific.tiYM. sessions de l'abbaye par une bulle de 1156 : il cite les granges de Sainte-Porcaire, du Beugnon, de Crécy, de Chailley, deBurs, de Villers, d'Aigremont , de Champtrouvé , de Fouchère et d'Egri- selle. Il défend expressément de bâtir plus près d'une demi-lieue de ces granges sans la permission de l'abbé de Pontigny. Il leur confirme aussi la possession des plaines, des prés, des eaux dont ils jouissaient, ainsi que l'usage dans toute la forêt d'Oihe, dans les bois qui appartiennent à l'archevêque de Sens et à l'évêque de Troyes.

nèrent les habitons ailleurs. Le comte Guillaume en fit autant, de sorte que le village de Sainte-Porcaire ne fut plus qu'une grange de l'abbaye de Pontigny, dont le domaine de Revisy faisait partie. Eu 1288 , Marguerite, reine de Jérusalem et comtesse de Tonnerre, défendit aux moines de Pontigny de construire de nouveau une maison-forte dans leur vigne de Sainte-Porcaire , où elle avait une garenne et la haute justice. La même charte dit cependant que la terre relevait en premier lieu de l'évêque de Langre.

Les carrières de Sainte-Porcaire, aujourd'hui oubliées, étaient connues au treizième siècle : c'est près de là que l'on tira la belle pierre de grès dont on se servit pour bâtir le château de Seignelay. A six cents pas de Sainte-Porcaire, au levant, sur le même coteau et dans une pareille position, on voit la chapelle de sainte Radegonde. Jusqu'en 1789, cette chapelle était le but d'un pèlerinage renommé, surtout le jour de la fête ; les friches environnantes étaient pleines de voitures couvertes, dans lesquelles on avait amené des infirmes qui venaient demander leur guérison. Aujourd'hui cette chapelle sert de grange, et la fête passe inaperçue parmi les enfans de ceux qui accouraient pour implorer le secours de la sainte. On trouve cette chapelle pour la première C«rt. ie Pont, fois en 1843. Une ferme a été bâtie au-dessous; elle dépend de la commune de Pontigny, ainsi que Sainte-Porcaire. Le cimetière de Saint-Florentin renferme une chapelle de sainte Radegonde.

La vaste forêt d'Othe, dont il a déjà été parlé plusieurs fois, s'étendait depuis Joigny jusqu'à Troyes; elle rappelle ces époques où les Gaules, peu habitées, étaient couvertes de bois. Chaque contrée avait un nom particulier, comme Franquil ou Francœur, vers Sormery; Valgomer ou Vaugo- mer ( 1 ), du côté de Joigny; le bois du chasseur, du château Witton, de Saint-Etienne, de SaintPierre, de Saint-Loup. Elle prit aussi le nom des villages qui l'avoisinaient; plusieurs même se sont formés en reculant les limites de cette forêt, et en ont tiré leurs surnoms, comme : Aix-en-Othe, Bercenay, Bligny, Bussy, Nogent, Paroy et Séant-enOthe. L'archevêque de Sens, l'évêque de Troyes, les établissemens religieux de ces deux villes, les comtes, les seigneurs voisins, l'abbaye de Pontigny et celle de Dilo, possédaient cette forêt dans toute son étendue (2). Le peu de parti que l'on tirait de

( 1 ) Fallis Gomeri.

(2) Léothéric, archevêque de Sens, donna la partie vers Arces à l'abbaye de Saint-Pierre de Sens en 1006. Hugues-leChasseur permit, en 1140, aux habitans de Bœurs, de mettre en culture ce qu'ils voudraient de la forêt d'Othe, les tenant quittes de toute rétribution. Henri, dit le Sanglier , archevêque de Sens, avait accordé la même permission à l'abbaye de Dilo en 1127. Erard de Brene vendit deux mille arpens de cette forêt à Gaulthier Cornut, archevêque de Sens (1241 ); celui-ci, en mourant, en laissa les trois^quarts aux archevêques ses successeurs, et le reste aux chanoines de sa cathédrale. Seguin de Saint-Florentin et Reine, son épouse,Jpossédaient dans cette

Legendre, Hut. ces grandes propriétés, a fait dire à un de nos historiens que les grands de ce temps-là fondaient des abbayes sans qu'il leur en coûtât beaucoup : ils cédaient à des moines autant de terres incultes qu'ils pouvaient en mettre en valeur. Ces troupes pénitentes ne s'étant point données à Dieu pour mener une vie oisive, travaillaient de toutes leurs forces a dessécher, à défricher, à bâtir, à planter, moins pour être plus à leur aise que pour soulager les Vo a i4cei pauvres, car ils vivaient dans une grande frugalité, justificatives.

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forêt, vers Chailley, du fer, c'est-à-dire des forges, des abeilles, du bois et des plaines. Ils accordèrent à l'abbaye dePontigny la permission d'arracher le bois et de mettre en culture tout ce qui lui conviendrait. Alpace, mèrede Seguin, et Garmon son frère, avaient déjà accordé de semblables permissions. Thibault V, comte de Champagne, seigneur suserain d'une vaste contrée de la forêt d'Othe, permit aux moines de Pontigny, pour le salut de son âme et pour le salut de celles de ses prédécesseurs, de disposer à leur volonté de ce qui lui appartenait dans cette forêt; de couper du bois, d'en vendre ou d'en donner à qui ils voudraient; de mettre du terrain en culture, d'y bâtir, d'y faire des cendres et d'y prendre de l'écorce pour faire du tan. Si les chiens de ceux qui gardent le bétail des religieux, dit le comte, prennent du gibier, ou s'il s'en trouve que personne ne réclame, ils pourront l'emporter pour ceux des frères qui seront malades (1199 et 1220).

A la suite de tant de concessions, cette immense forêt se trouva réduite insensiblement et resserrée entre les villages qui se formèrent autour d'elle. En 1789, les chapitres et les couvens la possédaient presque en entier par suite d'achats, d'échange et de donations. L'abbaye de Pontigny y possédait peu de bois. Ces établissemens ayant alors été supprimés, la forêt passa dans le domaine de l'état.

Plusieurs de nos historiens ont fait mention de la forêt d'Othe: Froissard, t. 1; Loup de Ferrière, éplt. 28; Nitard, liv. n; Camusat, Prompt., p. 38; les Cartulaires de Pont, en vingt endroits diiférens, et le Gall. chr., t. xu, p. 35. Quelques antiquaires en ont fait une retraite de Druides, en leur assignant Aix-en-Othe pour château-fort, avec un vaste domaine. On en fait aussi un canton appelé Pagus Uttensis. Cette forêt est appelée dans les chartes latines Otta, Ota, Hota, Horta, Utta, Otha.

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En 1159, l'abbé Guichard écrivit au pape Alexandre III, pour le supplier de prendre soûs sa protection l'abbaye de Pontigny, dont les biens temporels commençaient à exciter l'envie des seigneurs voisins. Il le pria, en même temps, d'employer son autorité pour arrêter la légèreté de certains moines, qui ne pouvaient se fixer nulle part. Le pape lui répondit qu'il se faisait une joie d'accéder à toutes les demandes qui lui étaient adressées pour le bien de la religion, et que, se rendant à ses désirs, il prenait sous sa protection et sous celle de saint Pierre le monastère de Pontigny, en souhaitant que l'ordre qui y a été établi, fleurisse à perpétuité dans la crainte de Dieu et l'observance de la règle de saint Benoît.

Le pape approuve ensuite les possessions de l'abbaye; il cite en particulier les granges dont il a déjà été parlé; il défend à qui que ce soit d'exiger des dîmes des biens que les moines cultivent de leurs propres mains , ou qu'ils font cultiver, ainsi que du bétail qu'ils nourrissent. Il termine en disant qu'aucun religieux ne se permette de sortir du monastère par légèreté ou sans en avoir auparavant obtenu la permission du prieur ou de l'abbé. Si cependant il quitte l'abbaye, il défend à toute autre maison religieuse de le recevoir, à moins qu'il ne soit muni de certificats en bonne forme. Dans le nombre de ceux qui accouraient à Pontigny pour se ranger sous la bannière des moines, il s'en trouvait dont la

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