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Ce fut pour les religieux de Grandmont que T. i,-P.9. ] Pierre de Tournay écrivit sa belle épître adressée à Pierre, alors prieur, et depuis abbé de Pontigny , qui commence ainsi : « A Pierre, moine de Pontigny , chéri de Dieu et des hommes, moins grand par sa naissance que par la régularité de sa vie. » Ce fut pour imiter cette grande ferveur des moines de Pontigny, que Drogon quitta l'abbaye de SaintNicaise de Rheims pour venir embrasser tout de nouveau la règle et les statuts de Pontigny. L'abbé Hugues de Macon , l'ayant reçu sans la permission de son abbé, en fut fortement repris par saint Bernard, qui cependant avait une haute idée de la sainteté de Drogon, car il lui écrivit une lettre admirable, dans laquelle il loue son courage à se soumettre à une nouvelle observance. « Le bruit de vos vertus religieuses, et même de votre sainteté, lui dit-il, remplissait toute la ville; on ne croyait pas qu'il fût possible d'arriver plus haut dans la perfection chrétienne, et cependant vous quittez un monastère, seul, comme si vous abandonniez le siècle. Quoique vous soyez déjà épuisé par les œuvres de la pénitence, vous ne rougissez point de vous soumettre tout de nouveau à une observance plus rigoureuse. Nous voyons maintenant en vous, mon cher frère, la vérité de cette parole de l'écriture: L'homme déjà consommé dans la vertu, commence tout de nouveau à travailler à sa sanctification (1). »

(1) Sanctum te ac religiosissimum tota cwitas personabat, ita ut nihil tibi addi posse crederetur ex omnibus bonis, et tu velut è secularibus unus monasterium tanguant sœculum deserens, jum attritum Christi sareinâ collum, novœ rur

Tels étaient les exemples de sainteté qui brillaient à Pontigny. T. ii .,. 93. Ce fut encore sur l'abbaye de Pontigny que l'évêque de Poitiers jeta les yeux pour mettre la réforme dans l'abbaye du Pin, que son extrême pauvreté avait pour ainsi dire dissoute. Après avoir pris l'avis de son chapitre et celui du pape Alexandre, qui lui avait écrit plusieurs fois à ce sujet, l'évêque de Poitiers remit cette maison à l'abbé de Pontigny, ne croyant pas pouvoir trouver en France un monastère plus capable de relever celui du Pin et d'y faire fleurir la piété. En effet, l'abbé de Pontigny envoya au Pin un prieur et des moines de son abbaye. Cette maison, qui touchait à sa ruine, reprit toute sa régularité, et devint un sujet d'édification pour la ville de Poitiers, dont elle était proche. C'était l'année 1163. • voyw.. piècei Le pape Alexandre III adressa deux bulles à Guérin et aux moines de Pontigny, pour les consoler en les prenant sous sa protection : car nos pays en étaient venus à un tel point de barbarie, que des religieux, qui n'avaient pour armes que la prière, qui élevaient sans cesse les mains au ciel pour la conversion de leurs persécuteurs, n'étaient pas sans craintes pour leurs fermes et pour la vie de ceux qui les cultivaient. « Il est juste, dit le pape, que le Saint-Siége couvre de sa protection ceux qui embrassent la vie religieuse, de peur que des conseils téméraires ne les détournent de leur résolution , ou que la vigueur de l'observance ( nous n'osons le penser) ne vienne à éprouver des atteintes considérables; c'est pourquoi, mes chers fils en Dieu, nous prêtant avec joie à vos justes réclamations, à l'exemple de notre père et prédécesseur de sainte mémoire, le pape Eugène, nous vous prenons aussi sous notre protection et sous celle do saint Pierre; nous voulons que l'ordre monastique établi, par la grâce de Dieu, sous la règle de saint Benoît et de l'ordre de Cîteaux, fleurisse à perpétuité au milieu de vous. Nous voulons, en outre, que tous les biens que vous possédez et que vous pourrez posséder dans la suite, selon les lois divines et humaines, soient votre propriété inviolable. » Alors le pape entre dans le détail des biens que possédait alors l'abbaye. Outre les onze terres déjà mentionnées, on trouve celle de Roncenay, le fief de Revisy , la forêt de Contest, les vignes, les terres et les prés de Chablis, l'île du Moulin-Neuf, l'usage des bois et des terres de ces parties de la forêt d'Othe qu'on appelait le bois de Saint-Loup, du Chasseur, du château Witon, provenant des donations d'Atton, évêque de Troyes, et d'autres biens.

sum observandis disciplina; submittere non erubescis! In te nunc, Jrater, veram probamus illam esse sententiam quâdicitur : cum consummatus fuerit homo lune incipit.

Enfin le pape, désirant donner à l'abbaye toute la protection de son autorité apostolique, défend, sous les peines les plus graves, de pénétrer dans l'enceinte des granges qui lui appartiennent, d'y commettre des vols, d'y exercer des violences, d'y mettre le feu, d'enlever ou de tuer les serfs ( 1 ); et

(1 ) Pour exprimer le nom de serf, les bulles se servent toujours du mot latin homo, qui veut dire homme, et non serf. Le père commun des fidèles regardait tous les hommes comme

si jamais des ecclésiastiques ou des laïques se rendaient coupables de pareils crimes, et qu'après avoir été avertis deux ou trois fois, ils ne donnassent pas une satisfaction convenable, il veut qu'ils soient dégradés de leur rang , excommuniés, privés de la participation au corps et au sang de Jésus-Christ notre Rédempteur. Quant à ceux qui respecteront ce qui appartient à l'abbaye , il appelle sur eux les grâces de Dieu et la protection de saint Pierre et de saint PauL II termine en répétant trois fois amen. La bulle est datée du palais de Latran, le trois des ides de novembre de l'année 1166. Suivent les signatures de douze cardinaux. L'abbaye eut dèslors à se défendre de cet esprit de guerre, d'indépendance , de rapines, qui était comme l'esprit national de cette singulière époque.

On est étonné, avec nos lois et nos mœurs, qu'une abbaye aille chercher un appui temporel à trois cents lieues : c'est qu'alors les campagnes étaient entre les mains d'un petit nombre de seigneurs qui gouvernaient en despotes. S'emparer des biens de religieux sans défense, s'introduire dans leurs fermes, enlever le bétail, maltraiter les serfs, étaient des crimes sur lesquels les lois féodales étaient muettes ou impuissantes, surtout lorsque le malfaiteur était assez fort pour imposer au comte, ou pour faire valoir les détours de la chicane. Comme la foi était grande, le pape, chef de l'Eglise, en appelait à la conscience; s'il n'était pas toujours écouté , au moins est-il certain que sa voix puissante était entendue, et qu'elle arrêtait bien des maux.

égaux devant Dieu. Sans approuver l'esclavage, il le tole'rait tomme un désordre que la religion devait détruire avec le temps.

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La faiblesse des lois était telle, que si un père faisait un don à une église ou à un monastère, son fils, son petit-fils ou tout autre héritier, reprenait impunément ce don. C'est pourquoi on faisait ratifier les donations par le pape , par le roi, par les évêques ou par les plus puissans seigneurs de la contrée. Les donateurs mêmes en appelaient à l'épée des chevaliers voisins pour maintenir leurs dernières volontés, ou bien ils invoquaient sur eux les malédictions du ciel. '< Par Dieu, en Dieu et tous ses saints, disait Guillaume, fondateur de l'abbaye de ciànj. P. »." Cluny , et sous la menace redoutable du jugement dernier, je prie, je supplie que ni prince séculier, ni comte, ni évêque, n'envahisse les possessions que je donne aux serviteurs de Dieu. » Guillaume III, comte d'Auxerre, ayant fait une donation importante à l'abbaye de Pontigny, en 1156, et craignant T- "'p' ***qu'après sa mort on ne renversât ses intentions, pria l'évêque d'Auxerre d'apposer le sceau de ses armes à côté du sien, sur l'acte de donation, et il prie ses successeurs de maintenir la bonne œuvre qu'il a faite, contre toutes les attaques de l'ambition ou de la mauvaise foi. Je veux, dit-il, que ce don passe à la postérité dans toute son intégrité; si quelqu'un voulait l'enlever aux moines, moi-même, ou mes héritiers après moi, nous prendrons leur défense et nous le leur conserverons envers et contre tous les ravisseurs de bien d'autrui. Toutes ces précautions'indiquent le peu de fond qu'il y avait à faire sur la bonne foi publique.

Voici un exemple de ces spoliations si communes Ti MI, p 57j alors: En 1139 , le chevalier Gaufridc de Bouilly

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